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Hier, j'ai refait le cas du Metal Machine Music de Lou Reed. Avouez que ça vous a bien fait vous marrer, hein ? Surtout qu'on était le 1er avril, c'était trop tentant. Mais en revanche, là, on est le 2 avril, c'est plus le jour des blagues, donc prière de prendre à la lettre cette chronique, elle aussi une refonte (l'ancienne, qui était classée dans les ratages, datait de 2010 ou 2011). Oui, je sais, il s'agit de Yoko Ono. Mais franchement, si vous pensez que Yoko, une des personnalités les plus viscéralement détestées et méprisées du rock, n'a fait que de la merde, vous pouvez vous carrer le doigt dans votre oeil, et ce jusqu'au trou du Q de votre voisin de gauche. Car entre 1973 et 1981 (avec une période, longue, de silence radio entre 1974 et 1980), Yoko a sorti trois albums exemplaires en solo (et contribué au Double Fantasy de son Lennon de mari en 1980, et sa contribution, la moitié de l'album, est loin d'être mauvaise, et même souvent remarquable), qui sont Approximately Infinite Universe (double album, 1973), Feeling The Space (1973) et Season Of Glass (1981, sorti donc après la mort de son mari, et rempli de deuil). En l'occurrence ses troisième, quatrième et cinquième albums solo. Et ses deux premiers ? Le second qu'elle a fait, en 1971, c'est le double Fly, qui est très difficile d'accès, on y trouve de très bonnes choses, mais aussi des trucs difficiles et peu écoutables (23 minutes d'insupportables miauleries sur le morceau-titre). Et le premier album, sorti en 1970 en même temps que le premier opus solo de Lennon, c'est celui-ci, Yoko Ono/Plastic Ono Band. Le titre est, hormis son nom à elle, le même que celui de Lennon. La pochette est quasiment la même, hormis la position du couple (ici, c'est Yoko dans les bras de Lennon ; sur son album à lui, c'est inversé), et au verso, on a une photo d'elle enfant, au lieu de lui enfant (notons que sa photo à elle est moins agrandie, plus nette que celle de baby John ; celle de Lennon, on ne la voit bien qu'en s'écartant un peu de la pochette). Les deux albums sont sortis en même temps, le même jour. On imagine la confusion dans les bacs de disques, il fallait retourner le disque et voir la photo de verso pour comprendre de quel disque il s'agissait !

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Le premier Lennon solo était considéré à l'époque comme trop abrasif pour être vraiment apprécié (une collection de chansons sobres, intimistes, sombres souvent, peu arrangées par un Spector étonnamment sobre). Celui de Yoko ferait passer le Lennon accompagnateur pour du Keen'V sous ecstasy. Environ aussi long que lui (40 minutes), il n'offre que 6 titres (3 par face) et a été enregistré début octobre 1970, en une seule journée, à Abbey Road, durant les sessions du Lennon, avec les musiciens de l'album (Lennon à la guitare, Ringo à la batterie, Klaus Voormann à la basse). C'est le couple qui produit. Un titre, cependant, AOS, qui ouvre la face B, a été enregistré en 1968, en février, avant que Lennon et Yoko ne se mette en couple (mais ils se connaissaient déjà). Ce morceau particulier a été enregistré en répétitions scéniques au Royal Albert Hall avec, excusez du peu, le clarinettiste Ornette Coleman, le contrebassiste Charlie Haden (David Izendon, au même instrument, aussi) et le batteur Ed Blackwell, des musiciens de jazz. De jazz assez free, expérimental. L'album est, comme je l'ai dit, expérimental, difficile d'accès. Je l'avais autrefois classé dans les ratages car c'était le seul que je connaissais d'elle et, comment dire, je l'avais découvert assez jeune (bien avant de l'aborder), et je n'étais pas mûr, sans doute, pour ce genre de musique. Et puis, Yoko...et puis, c'était trop tentant de la classer dans les ratages. Si ce premier cru n'est pas son meilleur album (ce n'est pas son moins bon ; j'aime bien Fly malgré ses défauts, mais sa longueur de 90 minutes et le fait que la moitié de l'album soit constitué de trucs vraiment pas écoutables font que je le considère comme, de ceux que je connais, le moins réussi), il est tout de même intéressant.

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Sous-pochette vinyle

Abrasif, difficile, très expérimental, vraiment pas commercial et accessible, mais pas merdique du tout. Sauf à la rigueur Paper Shoes, le dernier titre. Là, je suis d'accord avec vous (y compris avec toi, là-bas, au fond de la salle), c'est vraiment pas bon du tout. Mais le reste, l'avez-vous écouté ? Greenfield Morning I Pushed An Empty Baby Carriage All Over The City, avec son titre à rallonge (le morceau, quant à lui, avec son sample d'une bande d'enregistrement un peu 'voilée' de George Harrison jouant du sitar, dure 5,38 minutes), parle d'une fausse couche. Yoko en a, hélas pour elle, fait une, en 1969, son premier enfant avec John. Elle en avait fait un témoignage glaçant (5 minutes de bruit d'échographie captant le coeur du béné in utero, et 2 minutes de total silence endeuillé) sur Unfinished Music #2 : Life With The Lions. C'est encore douloureux pour elle, dans cette chanson qui parle d'une femme promenant un landau vide à travers la ville... Why (qui dure aussi longtemps) est sorti en face B de single (celui du Mother de Lennon, une des chansons-phares de son album à lui), est un peu la version Yoko de Mother, justement, un morceau qui entremêle (et c'est aussi le cas de Why Not, qui suit, et dure quasiment 10 minutes) chant hurlé à la cri primal et chant hetai (un style vocal japonais issu du théâtre kabuki), avec un accompagnement musical des plus agressifs et violents (contrairement, là, au morceau de Lennon). C'est radical. Dans l'ensemble, ce premier album solo de Yoko Ono, difficile d'accès, abrasif comme du papier de verre, violent pour les sens, n'est pas recommandé pour découvrir son oeuvre (prenez Approximately Infinite Universe), mais à condition d'aimer les expériences un peu radicales, il faut écouter ça. C'est meilleur que le suivant, Fly, parce qu'ici, ça ne dure que 40 minutes. C'est un album séminal qui inspirera des artistes tels que Courtney Love, les L7, Björk. A noter, anecdote finale, que la photo de pochette de l'album (et de celui de Lennon) a été prise, dans le jardin de la propriété du couple à Tittenhurst Park, par l'acteur Daniel Richter (qui était à l'époque assistant du couple LennOno), qui joua, dans 2001 : L'Odyssée De L'Espace de Kubrick, le rôle du Moonwatcher, c'est à dire le singe qui, dans le prologue, apprend à se servir d'un os comme d'une arme et prend la tête du groupe de singes. Je sais, vous vous en foutez sans doute, mais c'est tout de même sympa à savoir, non ?

FACE A

Why

Why Not

Greenfield Morning I Pushed An Empty Baby Carriage All Over The City

FACE B

AOS

Touch Me

Paper Shoes