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Qui aurait gagé sur le succès et surtout sur la prévalence de Grandaddy ? A priori, personne n’aurait misé la moindre pécune sur ces barbus bûcherons et skateurs (à leurs heures perdues), affublés de casquettes et de tee-shirts aux couleurs irisées. Encore plus curieux, notre quintette revendique plusieurs influences prédominantes, renâclant à la fois chez Neil Young, les Beach Boys et Pink Floyd. Pourtant, le combo originaire de Modesto en Californie l’a fait. Au fil des années et surtout tout au long d’une discographie voluptuaire, le groupe est parvenu à supplanter Radiohead, un autre quatuor auquel Grandaddy fait également vœu d’obédience.
Mieux, la presse et le public, unanimement panégyristes, se sont entichés de ces mélodies glabres, mirifiques et ineffables… Un peu comme si, Grandaddy nageait (boxait…) dans une autre galaxie et vers d’autres empyrées terrestres.

En première instance (le superbe Under The Western Freeway, 1997), le groupe a navigué vers des contrées fuligineuses et alambiquées, non sans renier une influence pop. Un oxymore… Surtout pour un quintette qui a longtemps harangué son allégeance au punk et à ses dissonances. Mais, déjà, avec ce premier essai, Grandaddy démontrait toute l’étendue de sa verve avec cette mélancolie indicible et surtout la voix enchanteresse de son leader iconique, Jason Lytle. Depuis les tous premiers ânonnements de Grandaddy, le chanteur a longtemps louvoyé, chinoisé et même ergoté. Jason Lytle est à la fois un autodidacte et un iconoclaste, voguant parfois vers des contrées obscures.
Grandaddy se devait de pourvoir à sa contrition et à sa solitude. Hélas, l’artiste déchu se noie subrepticement dans l’éthylisme chronique. 
Les tournées récurrentes de Grandaddy n’arrangent par vraiment cet état de sénescence.

Contre toute attente, l’expérience Grandaddy se révèle frustrante. Certes, la sortie de The Sophtware Slump (2000) sera accueillie sous les vivats et les satisfécits de la presse spécialisée. Mieux, l’album devient cette nouvelle éminence musicale. Les thuriféraires adoubent et déifient ce qu’ils considèrent être comme le « chef d’œuvre » du rock indépendant, tout du moins concernant la décennie 2000 ; ce qui n’est pas une mince performance, surtout à l’aune d’une concurrence apoplectique. Curieusement, Jason Lytle n’a cure de toutes ces dithyrambes et continue de vaquer à ses occupations (le skate, mais aussi la poésie et la littérature). En catimini, le compositeur aspire à des jours plus pérennes.
C’est dans ce syllogisme qu’il supervise le troisième album de la bande, Sumday (2003). Derechef, le disque, lui aussi faramineux, est courtisé par les thuriféraires originels. La lumière sera hélas éphémère.

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Jason Lytle souhaite embrasser de nouveaux desseins personnels et professionnels. Il est donc temps de boucler Grandaddy, de refermer la porte et d’épouser de nouvelles aspérités. De facto, le quatrième effort de Grandaddy, Just Like The Fambly Cat (2006) est conçu, pensé et ratiociné comme le chant du cygne. En résumé, Just Like The Fambly Cat sera l’ultime épitaphe. A raison, les laudateurs du groupe fulminent. Les critiques ne cachent pas non plus leur désappointement. Contrairement à ses trois augustes antécesseurs, Just Like The Fambly Cat se solde par quelques pointes de pondération. Pour certains contempteurs, cette quatrième livraison ferait davantage songer à une aventure solo avant l’heure. Sur la forme, Just Like The Fambly Cat ne serait que la subséquence de morceaux composés par Jason Lytle en parangon autocratique. Pourtant, on aurait tort de faire la grise mine sur cet album épars et hétéromorphe. What Happened, Jeez Louise et Summer... It's Gone forment une triade mélodique et infernale, réactivant par ailleurs les meilleurs moments de Grandaddy.

Toutefois, rien de neuf sous le soleil si ce n’est que Jason Lytle (enfin… Grandaddy…) continue d’essaimer de nouveaux classiques. Just Like The Fambly Cat se démarque réellement lorsqu’il vogue vers d’autres expériences sensitives, notamment Rear View Mirror, The Animal World, Skateboarding Saves Me Twice, ou encore Where I'm Anymore. C’est tout le paradoxe de Grandaddy. On ressent à la fois de l’allégresse et de l’amertume au vu du potentiel dégagé par le quintette de Californie. Impression corroborée par un final en apothéose. Disconnecty, This Is How It Always Starts et Shangri-La (en guise de piste cachée) parachèvent un album en parfaite symbiose. Seul bémol, en dépit de ses sublimes apparats, Just Like The Fambly Cat ne réitère pas les fulgurances harmoniques de The Sophtware Slump. Cette fois-ci, la porte est définitivement close, scellée, circonscrite et éclusée… L’aventure Grandaddy est bel et bien terminée… Tout du moins, pas vraiment… Pas tout à fait…
Versatile, Jason Lytle changera de fusil d’épaule et entendra les instigations de ses musiciens pour revenir, avec un nouvel album (Last Place), en 2017. Une excellente nouvelle…

 

118566306 Alice In Oliver