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D'abord, désolé pour la piètre qualité de l'image ci-dessus, mais je n'ai pas réussi à en trouver une de valable pour la pochette de cet album. Lequel est sorti en 1975 et est un album de Jacques Higelin, mais ça, vous le saviez déjà, bande de petits canaillous. Higelin, on en reparlera bientôt, et on en a déjà parlé. Qu'est-ce qu'il manque, le Grand Jacques (enfin, l'autre Grand Jacques, vu que Brel aussi est surnommé, très justement, ainsi). Ayant d'abord démarré sa carrière musicale (il a aussi fait l'acteur) au sein du label Saravah de Pierre Barouh, via des albums de folk déglinguée et des collaborations avec Brigitte Fontaine et Areski Belkacem (mari de cette dernière), Higelin a, en 1974, marqué un grand coup en sortant BBH 75 (appelé ainsi parce que l'album est sorti en fin d'année 1974), un disque court (34 minutes) mais fulgurant enregistré en trio : Simon Boissezon (guitare, basse), Charles Benarroch (batterie, membre de Zoo) et lui-même au chant. On comprend le titre de l'album, c'est pas une immatriculation de bagnole, mais les initiales des noms de famille des musiciens. La pochette le montrait, blafard sous une lumière de néon rouge et blanc, cheveux courts, punk avant l'heure. On peut dire que BBH 75 est, malgré quelques chansons plus calmes (Cigarette), le premier album punk français. Peu de temps après ce manifeste, Higelin recrute divers musiciens (Patrick Giani à la batterie, Louis Bertignac à la guitare, oui c'est bien le même que celui qui téléphonera ensuite de 1977 à 1986) et conserve Boissezon (guitare, basse sauf sur un titre), uant à lui, il joue du banjo et des claviers. Il fonde un groupe qui ne durera que le temps d'un album enregistré au Château d'Hérouville (Higelin y posera carrément ses valises, avec sa petite famille, à l'époque) et sorti en 1975, Irradié. Le groupe s'appelle les Super Goujats. 

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En 43 minutes bien tassées, Irradié est un disque de transition, et rien que pour ça, il est souvent, trop souvent, assez mal considéré dans la discographie higelinesque. Il faut dire qu'il a un peu le cul entre deux chaises, aussi. D'un côté, on a du rock bien dur, à la Stones, à la Lou Reed (de l'époque Rock'n'Roll Animal), à la Who...et de l'autre, on a des chansons plus douces, des ballades, ou bien des morceaux un peu ternaires, proches de ce qu'Higelin fera dès son album suivant, le grandiosissime Alertez Les Bébés ! de 1976. Irradié semble perpétuellement hésiter entre du rock nerveux et radical à la BBH 75 et quelque chose proche, en plus rock cependant, de ce que le chanteur avait fait chez Saravah. Rien que pour ça, c'est un disque intéressant, mais rien que pour ça, c'est un disque un peu foutraque que je ne range pas parmi mes préférés de lui. Pourtant, on y trouve des classiques, des merveilles. Et en fait, la moitié de l'album compte parmi mes chansons préférées du chanteur, donc vous voyez, je suis un petit peu emmerdé, avec cet album. Je n'ai jamais réussi à accrocher à Ballade Pour Un Matin que je trouve un peu trop longue (ce genre de chansons, le groupe accompagnateur, notamment Boissezon et Bertignac, n'appréciaient pas trop de les jouer, les trouvant trop molles, n'appréciant pas des masses ; de fait, aucun musicien d'Irradié ne sera sur l'album suivant), et O Fais-Moi L'Amour (stonien en diable) est un peu répétitif. Mais d'un autre côté, cet album offre, je l'ai dit, du lourd : Rock In Chair est un rock très swamp, pas furieux mais franchement génial, Un Oeil Sur La Bagarre aurait pu se trouver sur BBH 75, Le Courage De Vivre (à la musique signée Bertignac) est un excellent morceau au riff imparable...

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Et je ne saurais parler de l'album sans parler de trois morceaux absolument parfaits. On a La Fille Au Coeur D'Acier, chanson un peu countrysante, folkisante (en tout cas, pas aussi teigneuse, musicalement parlant, que la majeure partie de l'album !) sur la drogue, une des chansons les plus géniales et efficaces sur la came qui existe dans la chanson et le rock français ; on a L'Ange Et Le Salaud, morceau époustouflant et ô combien méconnu, qui ouvre efficacement la face B sur une guitare funky signée Boissezon (c'est à lui que l'on doit la mélodie), chanson sur un règlement de comptes entre loubards dans un bar, Higelin la chante comme s'il avait personnellement vécu la scène, il sonne froid comme un glaçon, menaçant, ce qui renforce le sordide des paroles (Il bavait sur son sort quand l'Angel's à la machine, d'un r'gard lui a fait savoir que son âme allait changer d'bord). Et cette guitare... Et enfin, Irradié, le morceau-titre, mélodie signée Giani, morceau achevant la face A (notons que les trois titres dont je parle se suivent, dans l'ordre inverse dans lequel j'en parle, sur le disque ; on n'a pas un ventre mou, ici, mais un noyau dur !) sur une féérie dinguissime et ternaire, paroles cintrées sur un idiot du village, Higelin braille le texte, dont certains passages sont emplis d'une poésie absurde (Je suis la dame en noir, l'elfe tout blanc, je suis, je suis le placide éléphant [ici, Higelin barrit] qui, balançant sa trompe à travers la fûtaie, bouffe, en rêvant, les enfants du chardonneret). Ce morceau est légendaire, Higelin en fera des versions live à tomber (1981, A Mogador, notamment). C'est un des grands sommets d'un album parfois mal-aimé, assez peu connu au final, un peu imparfait, un peu hésitant entre divers styles, mais très bien produit et offrant de grandes chansons. Du Higelin 70's, quoi, mais le meilleur reste, chez lui, à venir ! Je ne réaborderai pas Alertez Les Bébés !, l'ayant réabordé il y à deux ans environ, mais No Man's Land, de 1978, sera en ligne, à nouveau, d'ici quelques jours et il se peut que je refasse son mythique triple live A Mogador aussi... 

FACE A

Rock In Chair

Oh Fais-Moi L'Amour

Mon Portrait Dans La Glace

Un Oeil Sur La Bagarre

Irradié

FACE B

L'Ange Et Le Salaud

La Fille Au Coeur D'Acier

L'Hymne Aux Paumés

Le Courage De Vivre

Ballade Pour Un Matin