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Nous sommes un dimanche matin, alors quel meilleur moment que le sunday morning pour aborder le cas du Velvet ? Albums studio officiels uniquement (je ne connais pas les lives tels celui au Max's Kansas City).

42572981_pThe Velvet Underground & Nico (1967) : C'est juste immense. Avouons, on a connu des premiers albums moins grandioses, mais rarement des aussi grandioses. 48 immenses minutes produites par celui qui a signé, aussi, la fameuse pochette de la banane qui pouvait, en vinyle, se peler (intérieur rose bite, et il paraîtrait que les premiers pressages U.S. avaient des buvards de LSD dans l'intérieur de la banane), j'ai nommé Drella, euh, Andy Warhol. Qui impose Nico au sein du groupe, comme, créditées tel quel et en français, chanteuse. Il aurait voulu qu'elle chante tout le disque, elle ne chante que 3 chansons sur les 11 (une tous les trois titres). Reed chante le reste. Violence (I'm Waiting For The Man, Run Run Run), folie (European Son, Heroin, The Black Angel's Death Song et les shhhhhhh terrifiants de Cale, et son violon tout aussi glaçant), décadence (All Tomorrow's Parties, chanson préférée de Warhol, Heroin encore, Venus In Furs inspiré par un roman de Sacher-Masoch), tendresse aussi (Sunday Morning, I'll Be Your Mirror, je vous défend de ne pas ressentir de la mélancolie face à ce titre), kitsch assumé (There She Goes Again), gothisme (Femme Fatale, gothique rien que pour la voix de Nico, qui fait grésiller les enceintes)...Ce disque a tout. Un authentique sommet.

42803346_pWhite Light/White Heat (1968) : Andy Warhol ne produit plus, Nico a quitté le groupe (imposée par Warhol, elle n'a jamais vraiment fait partie du Velvet de toute façon). John Cale est encore là, mais plus pour longtemps. N'empêche, il à la part du lion ici, avec son violon strident et dingue sur le long (17 minutes) Sister Ray, qui fera scandale et est encore aujourd'hui inécoutable pour environ la moitié des gens qui l'écoutent. Le reste de ce disque court (40 minutes, 6 titres) est moins extrémiste, mais quand même, White Light/White Heat, I Heard Her Call My Name sont bien timbrées. Lady Godiva's Operation, qui parle des électrochocs que Reed a subi adolescent pour qu'on le guérisse (comme si c'était une maladie...) de son homosexualité, est immense (curieusement, chantée par Cale, même si Lou y fait des apparitions vocales assez marquantes). The Gift, long délire signé Cale (sa voix morne, en spoken-word, sur une piste, et le groupe sur une autre, effet stéréo garanti) est également immense. Dans l'ensemble, ce deuxième Velvet, très sombre, brutal, violent et avant-gardiste, est immense. Pour en rajouter dans la case glauque, signalons que Sister Ray était le surnom que Lou, héroïnomane à l'époque, donnait à sa seringue fétiche...

53593328_pThe Velvet Underground (1969) : Allez savoir pourquoi (et ensuite, revenez, d'accord ?), mais je n'ai jamais aimé ce troisième disque du Velvet, sans titre, et officiellement surnommé l'album au divan (on se demande bien pourquoi, hein ? Ah ah ah !). Il y à de bonnes chansons ici (Candy Says, Pale Blue Eyes qui est immense, After Hours chantée par Maureen Tucker), mais il y à un je-ne-sais-quoi qui me gêne ici. Avant, je pensais que c'était à cause de l'absence de John Cale, vu que le ténébreux violoneux Gallois pensant que la peur est la meilleure amie de l'homme (allusion à une de ses chansons solo) a quitté le groupe avant l'enregistrement et a été remplacé par un certain Doug Yule (qui chante, aussi, sur le disque : Candy Says). Mais en fait, et même si, il est vrai, Cale apportait une touche supplémentaire au son du groupe, son absence n'est pas la seule raison qui fait que ce disque éponyme de 1969 est celui que j'aime le moins, et nettement. Il y à plus de chansons que je n'aime pas, ici, que sur les autres albums, réunis, du Velvet. Je trouve ce disque surestimé, et mis à part pour Pale Blue Eyes, je ne le réécoute plus. 

42927641_pLoaded (1970) : Doug Yule prend le pouvoir au sein du Velvet, Lou Reed, qui en était le leader incontesté depuis le début, en devient tout vénère. Il quitte le groupe alors que l'album n'est pas fini (Yule remplacera la voix de Reed par la sienne sur quelques titres, mais Reed chante sur Rock'N'Roll, Sweet Jane, Head Held High, Train Round The Bend. Mais c'est Yule qui a la part du lion, avec Oh ! Sweet Nuthin', Who Loves The Sun, New Age...Sterling Morrison (guitare rythmique) est encore dans le groupe (ledit groupe n'existera plus trop après la sortie du disque...), mais Maureen Tucker, enceinte, ne joue quasiment pas ici, remplacée par Billy Yule, frangin de Doug. Le son est assez correct, mais ce n'est pas la meilleure production qui soit, elle a vieilli. Loaded, mis à part sa production surannée et sa pochette un peu moche, est un immense album, et mon préféré (si si !) du Velvet. Certes, ce n'est plus le Velvet de Sister Ray ou de The Black Angel's Death Song. Certes, c'est pop (les papapapaaaaaaa de Yule sur Who Loves The Sun). Certes, Lou Reed n'est quasiment plus là, Tucker non plus, et si Cale a participé légèrement, amicalement, à l'enregistrement d'un ou deux titres (version collector "Fully Loaded Edition"), ces titres ne sont pas sur l'album final. Certes, enfin, Yule prend le pouvoir, ce qui témoigne d'un culot monstrueux et même scandaleux (après tout, il est arrivé un an plus tôt, et ne fait donc pas partie des membres fondateurs). Malgré ça, Loaded est un sommet du rock.

49881174_pSqueeze (1973) :  Le Velvet n'existe plus depuis la sortie de Loaded, Lou Reed, on le sait et je l'ai dit juste au-dessus, ayant quitté le groupe pendant l'enregistrement du disque. Trois ans plus tard, sous une pochette qui me semble avoir été faite par le mec mec tant le style est similaire, sort Squeeze, album court (33 minutes, 11 titres) enregistré par Doug Yule seul (avec, ceci dit, la participation de quelques musiciens tels le batteur de Deep Purple Ian Paice, et il me semble que Maureen Tucker, batteuse du Velvet, joue un peu aussi dessus), et sur lequel Yule a tout écrit, composé et interprété. Un disque solo de Yule, donc. Mais sorti sous les oripeaux du Velvet, et ça, personne ne le lui pardonnera (Yule n'était pas chaud pour sortir le disque sous le nom du groupe, qui n'existe plus, mais le producteur insistera fort). D'autant plus que le disque est un bide tel qu'à côté, n'importe quel échec commercial se transforme en succès. L'album ? Très correct, très pop, avec ce superbes petites chansons telles Friends ou Mean Old Man, mais c'est aussi et surtout un des disques les plus haïs de l'histoire, considéré comme une véritable merde inécoutable, ce qu'il n'est pas. Inutile de précier qu'aucune édition CD n'existe, dans aucun pays, de ce disque, et qu'il n'a pas été réédité en vinyle depuis 1978 ou 1980...Inutile de dire aussi que j'aimerais beaucoup, ne serait-ce que pour la forme, que ce disque sorte en CD, mais j'aimerais aussi voir un jour un bon film avec Steven Seagal, donc, je suis assez utopiste, au fond.