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Pas facile de passer après un chef d'oeuvre, à savoir le superbe Superunknown, soit l'un des meilleurs disques que la vague grunge nous ait offert. Deux ans plus tard, donc en 1996, Soundgarden revient aux affaires sérieuses avec un nouvel album, le cinquième, intitulé Down on the Upside.
Inutile de préciser que ce nouvel effort est particulièrement attendu au tournant. Pourtant, ce sera le dernier album de Soundgarden, avant que le groupe n'effectue un retour après une séparation et 15 ans d'absence.

En un sens, Down on the Upside annonce la fin de la vague grunge. En 1994, Kurt Cobain se suicide. Certains groupes de cette vague continuent tranquillement leur bonhomme de chemin. C'est par exemple le cas de Pearl Jam. Le cas d'Alice In Chains est assez particulier puisque le groupe est plus ou moins en stand-by à cause de l'état de santé de plus en plus précaire de son leader, Layne Staley.
La mode n'est donc plus au grunge, en tout cas, beaucoup moins depuis le décès de Kurt Cobain. Pearl Jam commence doucement à s'éloigner du grand succès commercial, en signant des albums un peu plus confidentiels (même si leurs disques se vendent toujours très bien, faut pas exagérer non plus).

Chris Cornell et les siens vont-ils survivre à la mort annoncée de cette vague ? La réponse est non. Preuve en est avec Down on the Upside qui, encore une fois, a la lourde tâche de passer après un disque absolument fabuleux. Certes, dans un premier temps, Down on the upside se vendra très bien. Hélas, très vite, les ventes s'affaiblissent.
Clairement, l'effet Superunknown n'est plus présent. Le coeur n'y est plus. Chris Cornell et Ben Shepherd signent la plupart des morceaux de ce nouveau disque.

Avec Down on the Upside, Soundgarden veut s'éloigner de l'ambiance très sombre de Superunknown. Vous pouvez donc oublier les morceaux noirs et parfois très rock du disque précédent. D'ailleurs, Kim Thayil et Matt Cameron critiqueront la tonalité de ce nouvel opus, un peu trop gentillet à leur goût. En résumé, ce n'est plus du Soundgarden mais plutôt un album de Chris Cornell.
La nouvelle direction prise par le groupe ne plaît pas à tout le monde. D'ailleurs, peu après la sortie du disque, Matt Cameron quittera Soundgarden pour devenir le batteur de Pearl Jam. Ambiance...

Le groupe se sépare. Down on the upside est-il la catastrophe annoncée ? Sincèrement, on en est vraiment pas loin. Au risque de me répéter, son plus gros défaut est de passer après Superunknown. Pourtant, le disque commence plutôt bien.
Pretty Noose ouvre les hostilités. Ce sera aussi le single choisi pour représenter l'album. Certes, Pretty Noose est une bonne chanson. Néanmoins, comparé aux singles présents sur Superunknown, il ne pèse pas grand chose. C'est un bon titre rock, assez efficace mais pas de quoi se relever la nuit non plus.

Le reste du disque est particulièrement inégal. On relève quelques bons moments, entre autres, Rhinosaur, qui se laisse écouter sans déplaisir, Ty Cobb, Zero Chance ou encore No Attention. Toutefois, ces morceaux sont assez quelconques.
A aucun moment, on ne retrouve l'énergie, le désespoir et le souffle de Superunknown. Certes, certains diront qu'il ne faut pas comparer Down on the Upside à son prédécesseur. C'est vrai que le groupe ne peut pas sortir un chef d'oeuvre à chaque fois.

Pourtant, le constat est là. Down on the Upside tourne lamentablement en rond. A cela, il faut aussi ajouter une ambiance étrange, à la limite du psychélique, avec des titres particulièrement longs et ennuyeux à écouter. La liste est longue: Never the machine forever (déjà le titre...), Over floater ou encore Blow up the outside world.
Ensuite, le second single choisi, à savoir Burden in my hand, est une sorte de balade sirupeuse, très représentative de ce qu'est Down on the Upside, à savoir un disque sans grand intérêt. Certes, encore une fois, le disque contient quelques bons moments, mais rien d'extraordinaire non plus. Ce n'est pas non plus un ratage musical, mais au mieux un album décevant, très décevant...

Chronique complémentaire de ClashDoherty :

Après un quatrième album pour le moins puissant (Superunknown, 1994) mais cependant trop long (plus de 70 minutes, pour 16 titres, on peut parler d'album rempli jusqu'à l'os pour le coup), Soundgarden vit pleinement son succès. La bande à Chris Cornell (chant, quelques guitares) subit deplein fouet le carton de chansons telles que My Wave, Black Hole Sun, Fell On Black Days, Superunknown. On attendra de pied ferme la suite, qui viendra deux ans plus tard, en une année 1996 grosso modo plutôt décevante pour le rock, d'ailleurs. Ce cinquième album est légèrement plus sobre, en terme de durée, que Superunknown : pour autant de chansons, il ne dure, en effet, que 66 minutes. Bah alors, les mecs, une baisse de régime ? 66 minutes (environ), c'est tout de même assez long, même si la majorité des chansons ne sont pas extraordinairement longues (pas mal font moins de 4 minutes). Ce nouvel album, qui sera un beau succès à sa sortie sans pour autant égaler le précédent opus, s'appelle d'un titre très con : Down On The Upside. Soit 'en bas dans les hauteurs'. Tu parles d'un titre d'album à la con, mec !

On peut rapprocher cet album du Be Here Now d'Oasis (qui sortira un an plus tard) ou du The Great Escape de Blur (qui sortit l'année précédente), en cela qu'il suit un carton plein (Superunknown pour Soundgarden, donc, Parklife pour Blur, gnia gnia gnia) et, forcément, n'a pu s'empêcher de décevoir les foules et les critiques (notamment rétrospectivement) tout en marchant plutôt bien. Force est de constater, en effet, deux choses concernant Down On The Upside : il marque la fin de Soundgarden, le déclin ; mais, aussi, il n'y à pas grand chose de vraiment méchant et négatif à dire à son sujet, mis à part qu'il est trop long, contient des chansons un peu anodines (mais on peut aussi dire ça de Superunknown) et reprend la formule gagnante de Superunknown, justement. Sincèrement, j'ai à peu près autant aimé cet album que le précédent, il contient des chansons géniales comme Ty Cobb, Pretty Noose, Zero Chance, Applebite, Blow Up The Outside World, Over Floater ou No Attention. D'autres sont moins percutantes, comme Tighter & Tighter et An Unkind. Chris Cornell (futur perdant dans l'aventure ratée Audioslave) est encore une fois en forme vocalement parlant, j'adore sa voix, une des meilleures du son grunge avec celles de Layne Staley, Jerry Cantrell (Alice In Chains tous deux), Mark Lanegan (Screaming Trees) et Eddie Vedder (Pearl Jam).

Bien que trop long, bien qu'un peu inégal (et encore, je ne vois rien de vraiment mauvais ici, sincèrement), Down On The Upside est pour moi un successeur de qualité pour Superunknown, et même si je ne le préfèrerai sans doute jamais à ce dernier, je l'aime cependant beaucoup. Des chansons efficaces, une production à la hauteur, une interprétation idem, l'album est certes trop long, tout en étant plus court que le précédent (de quasiment 10 minutes, pour le même nombre de morceaux, soit 16), et il convient de ne pas l'écouter trop souvent. On est d'accord, il y à mieux, dans le grunge, dans les années 90, chez Soundgarden aussi. Mais il y à aussi et surtout pire. Un très honnête album qui résume bien son époque (fin de la période grunge, déclin de plusieurs des groupes de cette époque ; Alice In Chains ne fait déjà plus rien en 1996, Cobain de Nirvana est mort depuis 2 ans, Pearl Jam s'enfonce dans la daube...). Oui, j'ai vraiment bien aimé, et si vous aimez le grunge, je vous conseille Down On The Upside.

Pretty Noose
Rhinosaur
Zero Chance
Dusty
Ty Cobb
Blow Up The Outside World
Burden In My Hand
Never Named
Applebite
Never The Machine Forever
Tighter & Tighter
No Attention
Switch Opens
Over Floater
An Unkind
Boot Camp