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Aujourd'hui, c'est le 1er mai, on ne fout rien à part acheter de petits brins de muguets vendus trop cher au coin des rues. On ne bosse pas, on passe sa journée à glander devant la TV, où bien on va dans de la famille, ou bien on va faire les magasins si ceux-ci sont ouverts en ce jour si particulier...enfin, en temps normal, parce qu'e ce moment...

Hubert-Félix Thiéfaine, lui, via son deuxième album sorti en 1979, vous donne une Autorisation De Délirer. Ce qui, vu ce qui nous attend sur cet album à la pochette si particulière (jugez plutôt...entre la jack du casque audio dans un aquarium et un Thiéfaine grotesque maquillé comme une sorte de tigre psychédélique, ça va loin), est vraiment bienvenu. Si le premier album du Franc-Comtois était assez inégal, un peu secondaire, il offrait tout de même quelques classiques, déjà, comme Le Chant Du Fou ou La Fille Du Coupeur De Joints. Et dans l'ensemble, bien que totalement chabraque, il était vraiment drôle. Autorisation De Délirer, lui, enregistré avec les musiciens du groupe Machin encore une fois, poursuit ce travail de dinguerie, va parfois même encore plus loin, et se paie le luxe d'être encore totalement audible plus de 40 ans après sa sortie. On y trouve, encore une fois, des classiques. Enfin, plus précisément, il y en à deux, ce qui ne fait pas beaucoup, et il s'agit respectivement du premier et du dernier titre de l'album (qui en contient 11). Mais comme classiques thiéfainiens, on fera rarement mieux que ces deux morceaux, sauf durant la future période 1981/82 !

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Je vais être honnête : j'ai découvert Thiéfaine, il y à longtemps, via trois albums achetés le même jour : celui-ci et les deux suivants. Et si on met de côté le plus récent des trois (celui de 1981, Dernières Balises (Avant Mutation), que je réaborderai après-demain), je n'ai pas aimé. En fait, je ne m'attendais pas à ça, concernant Autorisation De Délirer (et le suivant, qui s'appelle De L'Amour, De L'Art Ou Du Cochon ? et dont la pochette, comment dire...mais attendez demain, que j'en reparle !), je ne m'attendais pas à ce que ça soit aussi dingue, aussi comique, aussi...je ne sais pas, presque parodique. En plus, des trois albums achetés ce même jour (en CD), j'ai d'abord écouté le plus récent des trois, celui de 1981 (je précise que quand j'ai acheté ces albums, c'était vers 1998, j'avais entendu, je ne sais plus où, la chanson La Ballade D'Abdallah Geronimo Cohen, issue de son album le plus récent d'alors, Le Bonheur De La Tentation, et j'avais adoré). Aussi, quand j'ai ensuite mis Autorisation De Délirer, j'ai déchanté, sévère. Il m'en aura fallu, du temps, pour apprécier ce disque, le suivant aussi, mais j'imagine que pour quelqu'un qui a acheté ce disque à sa sortie, ce fut peut-être plus facile. Ou pas. Parce que si le précédent album (vendu très très mal à l'époque) était dingue, celui-ci est du même acabit. Il s'ouvre sur La Vierge Au Dodge 51, morceau qui me fait hurler de rire comme un taré à chaque écoute et qui est un des sommets de l'album. Imaginez le truc : HFT chante avec un accent franc-comtois (qui fait penser à un accent québécois parfois), puis sans accent (mais avec un accompagnement musical d'abord très folk, acoustique puis, dans la deuxième partie, chantée sans accent, très speedé, presque punk), des paroles d'une dinguerie, d'une absurdité qui confine au cosmique. Ce matin, le marchand d'coco n'est pas passé, et au lieu de se rendre à l'école, tous les vieillards se sont amusés à casser des huîtres sur le rebord du trottoir avec des démonte-pneus (le tout avec un accent, donc, qui fait traîner et déformer les mots à outrance)... Court (moins de 3 minutes), ce morceau est cultissime, hilarant, indescriptible. 

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L'album aligne ensuite les merveilles, comme Court-Métrage, morceau bluesy comique au final génial ; L'Homme Politique, Le Roll-Mops Et La Cuve A Mazout, aussi étrange que son titre le laisse supposer, mais vraie splendeur ; Dernière Station Avant L'Autoroute, qui ne dure même pas une minute, est en mode repeat, mais est aussi culte que génial ; La Môme Kaléïdoscope, sur une prostituée à la retraite ; Enfermé Dans Les Cabinets (Avec La Fille Mineure Des 80 Chasseurs), indescriptible (ça va cartonner !!!)... Rock-Autopsie, caricatural, mais tellement fendard...et surtout, surtout, l'album offre, en final qui plus est, un morceau quintessentiel : Alligators 427. Ce morceau, je vais être clair, est un des sommets de la chanson française depuis, disons, Philippe Le Bel. Voire même depuis Clovis. C'est une pièce de collection, un joyau, un monstre sacré. Le morceau est envoûtant, hypnotique, il laisse un goût de sang dans la bouche et procure, tout du long de sa durée, d'irrépressibles frissons et un profond sentiment de malaise. Parce que le morceau, sous son titre cryptique (additionnez les trois chiffres 4, 2 et 7, ça fait 13, ce n'est pas un hasard), parle de la mort, et du nucléaire. HFT, à l'époque, était de retour chez lui après une période où il a vécu (survécu, pourrait-on dire) à Paris, en tentant de gagner sa vie. Mal nurri, sous-alimenté, il a commencé à souffrir de carences, ce qui a entraîné des ganglions, qu'il a cru être des tumeurs cancéreuses. Il a cru qu'il allait y passer, cette chanson a été une sorte de catharsis. Drôle mais aussi et surtout lugubre, sordide et terriblement froide, Alligators 427 parle de la Mort (avec une majuscule), du nucléaire qui, un jour, soit par l'explosion d'une centrale (Tchernobyl, ça sera en 1986, je le rappelle, et cet album date de 1979 ; mais la même année que l'album de Thiéfaine, il y aura Three Mile Island), soit par une guerre, nous tuera tous. HFT imagine le pire, avec une poésie digne des meilleures scènes de danse macabre du Moyen-Âge. Son chant de plus en plus narquois, l'accompagnement musical assez oppressant (batterie martiale et distante, claviers chelous, trompette du Jugement Dernier dans le final), et les paroles, évidemment (chaque couplet, il n'y à pas de refrain, s'achève sur Moi, je vous dis bravo, et vive la mort), parfois très imagées, parfois terriblement sèches, font que le morceau est inoubliable. Il fout les jetons. Ce qui est son but. Une fois entendu, il entrera dans votre inconscient et ne vous lâchera plus. La force des très grandes chansons, et clairement, ç'en est une. Le sommet d'un album vraiment réussi !

Chronique complémentaire de Koamae :

1979 est l’année de plusieurs disques dantesques en France. Déjà, Champagne Pour Tout Le Monde d’Higelin. Suivi de 1980’s No Sex d’Odeurs. Et enfin, le second HFT. Autorisation De Délirer est un album fantastique, à connaître absolument. Pas un seul truc à jeter dedans, et puis, un tube énorme : Alligators 427. C’est un album très intéressant, très fort musicalement, et au niveau des paroles, bon sang… Un grand disque, vous dis-je, excellentissime !

Ceci s’ouvre sur un classique que tout bon amateur de HFT connait : La Vierge Au Dodge 51. Parfois l’accent franc-comtois est gonflant, sans discrimination aucune, mais c’est vrai. Et là, on a les trucs bien à forte dose, oué ! Un morceau assez délirant, mais un de mes préférés reste Court-Métrage : il faut vraiment écouter les paroles, c’est en bas, comme vous pourrez le constater. Ecoutez ce délire, on se croirait…dans un film américain ! Quant à La Môme Kaléidoscope, ce titre est tout simplement dantesque : une prostituée à la retraite dans son appart' parisien, grandissime ! Enfin, le sommet de l’album au niveau de la durée : L’Homme Politique, Le Rollmops Et La Cuve A Mazout nous offre six minutes grandioses, dépressives, une ballade rock mélancolique et fantastique, vraiment rien à dire.

Variations Autour Du Complexe D’Icare est un délire, encore une fois, tandis que Enfermé Dans Les Cabinets est tout simplement démentiel, j’adore ce titre. Il en va de même pour La Queue, grandiose lui aussi, et tellement vrai, en plus… Et alors là arrive un moment cultissime. Absolument CULTISSIME. Il dure 40 secondes, certes, mais il est cultissime. On voit bien que le mec n’avait pas fumé que du tabac quand on entend Dernière Station Avant L’Autoroute. Forcément que vous avez déjà entendu ce truc ! On s’est aimés dans le maïs, t’en souviens tu mon Anaïs, le ciel était couleur de pomme et l’on mâchait le même chewing-gum !

Rock Autopsie est tout aussi incroyable, il n’y en a qu’un pour dire que Dieu est défoncé sur sa gratte ! En plus, nous sommes en 1979, et il a raison le HFT : le rock est mort ! Putain, le rock est mort ! Et tout ça c’est avant le magnifique, quoique très court, Autorisation De Délirer. Le morceau titre, qui donne envie de se shooter à l’Ajax WC, ha ! Enfin le dernier morceau est un chef d’œuvre, mythique dans l’histoire du rock français. Alligators 427 est tout simplement incroyable, oui, incroyable. Une hymne à la destruction nucléaire, et, serait-elle…prémonitoire ?

Haha, en tout cas, nous avons là un très grand disque, à ne pas louper. Démentiel. Le meilleur de la première période 1978-1980, car le suivant sera décevant, malgré quelques bons moments. Mais avec Autorisation De Délirer, Thiéfaine prouve qu’il est un grand, et qu’il va le rester pour longtemps !

FACE A

La Vierge Au Dodge. 51

Court-Métrage

La Môme Kaleidoscope

L'Homme Politique, Le Roll-Mops Et La Cuve A Mazout

Variations Autour Du Complexe D'Icare

FACE B

Enfermé Dans Les Cabinets (Avec La Fille Mineure Des 80 Chasseurs)

La Queue

Dernière Station Avant L'Autoroute

Rock-Autopsie

Autorisation De Délirer

Alligators 427