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Afin de bien analyser ce premier effort solo de Jerry Cantrell, le guitariste et la seconde voix (à l'époque, donc, en 1998) d'Alice In Chains, il est nécessaire de rappeler les faits.
Cela fait désormais trois ans que le meilleur groupe grunge est en stand-by, après un album éponyme absolument glauque et sublime. Le chanteur d'Alice In Chains, Layne Staley, s'enfonce de plus en plus dans la drogue, l'isolement et la dépression.

Pourtant, les fans du groupe espèrent toujours un nouvel album sous l'ère Staley. Pour faire patienter les fans, Jerry Cantrell sort donc un premier disque solo, intitulé Boggy Depot.
Que les choses soient claires: le fait de comparer cette première livraison à une sorte de nouvel album d'Alice In Chains, a le don d'agacer Jerry Cantrell.
D'ailleurs, dans certaines interviews, le musicien et chanteur ne se prive pas de dire qu'aucun morceau de Boggy Depot ne pourrait être présent sur un album d'Alice In Chains.

En un sens, ce n'est pas faux. Il est vrai que Jerry Cantrell tente de se détacher clairement du son torturé du groupe de Seattle. Preuve en est dès l'introduction du disque avec le très rock Dickeye.
On le savait déjà: Jerry Cantrell sait chanter et il a bien l'intention de nous faire découvrir l'étendue de sa voix et de sa palette musicale. Pourtant, les sonorités et les thématiques d'Alice In Chains finissent par le rattraper. Ce qui est plutôt logique en fin de compte puisque Cantrell est le principal compositeur du groupe.

Dans Boggy Depot, le chanteur évoque ses blessures, ses peines, sa souffrance, la drogue et ses deuils, qu'il tente d'exorciser dans ce disque inégal mais injustement méconnu.
Je dois l'avouer: pendant longtemps, ce premier album solo ne m'a inspiré qu'un ennui poli. Je n'ai jamais été fan de Cut You In par exemple.
Pourtant, au fil des écoutes, Boggy Depot s'avère agréable, sincère et attachant, à défaut d'être véritablement surprenant.

Et encore une fois, on sent que Jerry Cantrell teste d'autres sonorités et mélodies, notamment avec l'utilisation du piano. Mais l'ensemble est beaucoup trop long, le disque s'étalant sur une durée de plus de 70 minutes. Toutefois, malgré une durée excessive, Boggy Depot contient de très bons moments. Au hasard, on citera Setting Down, Devil by his side, Hurt a long time, ou encore Between.
Malheureusement, d'autres compos viennnent plomber le disque. J'ai évoqué le cas de Cut You In, mais d'autres morceaux sont franchement quelconques, notamment Jesus Hands et Satisfy.

Au final, on sent que Jerry Cantrell n'est pas entièrement convaincu par le fait de vouloir à tout prix se détacher des sonorités et des thématiques d'Alice In Chains.
D'ailleurs, le musicien ne s'y trompera pas. Son deuxième effort solo, Degradation Trip sera dédié à la mort de Layne Staley et révélera toute la facette grunge d'un homme à la dérive: dépression, fatigue, dégoût... Le sursaut Alice In Chains aura bien lieu.
Ce n'est pas un hasard si Jerry Cantrell a décidé de reprendre le groupe récemment. Jerry Cantrell a décidé qu'Alice In Chains ne se tairait plus...

Eelsoliver