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Les Nouveaux Beatles Américains (toutes proportions gardées), c'est ainsi que Crosby, Stills & Nash fut qualifié, en son temps, au moment de la sortie de leur premier album, éponyme, en 1969 (année de la 'mort' des Beatles et de la sortie de ce qui restera leur dernier enregistrement, Abbey Road - rappelons que si Let It Be est sorti l'année d'après, il a été enregistré avant Abbey Road). C'est, avant toutes choses, un supergroupe. Un super groupe aussi, mais c'est mon avis, que je partage cependant avec plein de gens. Supergroupe, comme Blind Faith, Emerson, Lake & Palmer ou Them Crooked Vultures (ou les Travelling Wilburys), c'est à dire un groupe constitué de pointures, que des musiciens talentueux et déjà connus, parfois issus d'horizons musicaux divers et variés, et qui se réunissent le temps d'un album ou de plusieurs. Ici, David Crosby vient des Byrds (groupe de folk-rock) qu'il venait de quitter (ou alors, on l'a viré du groupe, les deux versions existent) pour divergence d'opinion ; Stephen Stills vient de Buffalo Springfield, groupe de rock à tendance folk psychédélique ayant également accueilli Neil Young, qui rejoindra Crosby, Stills & Nash à Woodstock, ainsi que pour leur deuxième album et cet album-ci, live ; enfin, Graham Nash, le seul Anglais du lot, vient des moins connus Hollies, groupe de pop sous influence Beatles. Les trois se réunissent, forment le groupe, chacun compose de son côté tout en collaborant avec l'un ou l'autre. Le résultat donne, en 1969, un monumental premier album riche en chefs d'oeuvre : Wooden Ships, Guinnevere, You Don't Have To Cry, Long Time Gone, Pre-Road Downs, 49 Bye-Byes et le sublime Suite : Judy Blue Eyes de 7 minutes. On a aussi Marrakesh Express, de Nash, un tube, mais je trouve que c'est la chanson la moins bonne du lot, personnellement. 7 grandes chansons (ou 8, si on rajoute Marrakesh Express) sur 10 chansons ! Et le reste, les deux chansons restantes, valent le coup quand même. Bref, l'album au canapé (la pochette) est essentiel. Le groupe, fort de son succès, passe à Woodstock, et Neil Young, le Canadien, les rejoint sur scène, transformant un trio alchimique en un quatuor alchimique, Crosby, Stills, Nash & Young (on connaît limite mieux le groupe sous cette appellation que sous son appellation initiale !). Performance remarquable, on commence à se dire que si Neil joue sur l'album suivant, ça sera immense.

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Partie droite de l'intérieur de pochette ouvrante

Et en effet : Déjà-Vu, sous sa pochette rustique, sort en 1970. 36 minutes (et 10 titres) de bonheur, un album par-fait, rien à jeter, le genre d'album qui, comme le Otis Blue d'Otis Redding ou le Band On The Run des Wings, sonne plus comme un best-of que comme un album ! La tournée sera immortalisée, un an plus tard, 1971 donc, par un double live disponible, en CD, dans une version d'environ 100 minutes (il est toujours double, donc) avec rajouts de titres, tandis que le vinyle faisait moins de 80 minutes. Bien que le vinyle se suffise à lui-même (c'est déjà grandiose sous ce format), le CD est encore plus conseillé, car les rajouts (Laughing issu du grandiosissime If I Could Only Remember My Name de Crosby, 1971, Black Queen, King Midas In Reverse et un Medley de Neil Young) sont franchement ahurissants, tous placés en final du CD 1 (le CD 2 propose tout le second vinyle initial, les tracklistings distincts sont en bas d'article). Ce double live, à la fois démocratique et égotique (j'y reviendrai dans un instant), s'appelle 4 Way Street, et après lui, Crosby, Stills, Nash & Young se sépareront, et ne se reformeront, sous l'intitulé Crosby, Stills & Nash, qu'en 1977 pour un CSN franchement excellent. 16 titres dans la version d'époque, celle que j'aborderai principalement, et rien à jeter. Rien de négatif à dire ou presque : on notera des oublis dommageables, à savoir l'absence, ici, de Wooden Ships, Guinnevere, 4 + 20, Woodstock, Déjà-Vu et Country Girl. Ainsi que de Suite : Judy Blue Eyes, qui, pourtant, est sur l'album (non crédité sur le vinyle), mais dans une version de, tenez-vous bien (mieux que ça) : 25 secondes ! Tout ce qu'on a, c'est le final en harmonies vocales, en guise d'intro d'album. Preuve que le morceau fut joué le ou les soirs choisis pour l'album. Mais il aurait fallu un troisième vinyle pour faire tenir tout ce qui était joué, ou proposer tous ces rajouts... L'album est à la fois démocratique (chaque membre du groupe a son heure de gloire, par le biais de plusieurs chansons, parfois qui se suivent) et égotique : c'est à qui jouera le plus fort sur tel ou tel morceau, on sent bien que les égos des quatre membres étaient assez surdéveloppés, ce qui entraînera d'ailleurs la rupture, le split peu après ce live. Il faudra attendre des années pour que le quatuor se reforme, et ça sera pour le moins désastreux, en tout cas en studio (qualité musicale médiocre).

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Verso de pochette

Tel qu'il est, 4 Way Street est immense. Si le live n'était constitué que de son second disque, il serait déjà intouchable : les versions de 13 minutes du Southern Man de Neil Young (carrière solo) et de Carry On (de l'album Déjà Vu) de Stills sont à tomber le cul nu en premier dans un buisson de sumac vénéneux et à en redemander en pleurant d'excitation. Surtout Carry On, quasi-final de l'album avant un Find The Cost Of Freedom acoustique magnifique comme toujours. Le final de Carry On est un déluge guitaristique à faire bander un anti-guitare primaire, un truc saignant, sensationnel qui à lui seul justifie l'achat de l'album, quel que soit le prix (faites gaffe quand même à ne pas l'acheter trop cher : ce n'est pas une rareté que ce live). Ohio (morceau grandiose), Long Time Gone, aussi sur ce second disque, sont des briques de plus dans le mur de puissance de 4 Way Street. Et le premier disque offre lui aussi des choses belles comme un cul de mannequin : Triad, de Crosby, chanson que les Byrds lui refuseront sur l'album The Notorious Byrd Brothers de 1968 (qui sera son dernier avec eux, il partira pendant les sessions), chanson sur un ménage à trois, est sublime ; On The Way Home, de Neil Young, The Lee Shore, de Crosby, 49 Bye-Byes de Stills, Chicago et Teach Your Children de Nash, aussi ; Cowgirl In The Sand, de Neil, écourtée (seulement 3,30 minutes, la chanson durait 10 minutes sur son album Everybody Knows This Is Nowhere et durait souvent plus que ça en live !), est belle quand même bien comme il faut, et son Don't Let It Bring You Down est un de ces morceaux peu connus au final, mais parfaits. Comme je l'ai dit, les rajouts CD (en plus de certains morceaux légèrement rallongés) sont géniaux, et ne gâchent en rien l'écoute, bien au contraire. Je suis fan des deux versions de l'album, vinyle et CD ; comme je l'ai dit plus haut, rien que la version vinyle suffit au bonheur, mais il faudrait être fou pour ignorer sa version amplifiée. Dans tous les cas (et je précise en final que la qualité sonore est juste excellente, rien à dire), 4 Way Street est un live absolument grandiose. En plus, il y à les paroles dans l'intérieur de la pochette !

FACE A

Suite : Judy Blue Eyes (coda)

On The Way Home

Teach Your Children

Triad

The Lee Shore

Chicago

FACE B

Right Between The Eyes

Cowgirl In The Sand

Don't Let It Bring You Down

49 Bye-Byes/For What It's Worth/America's Children

Love The One You're With

FACE C

Pre-Road Downs

Long Time Gone

Southern Man

FACE D

Ohio

Carry On

Find The Cost Of Freedom

Version CD

CD 1

Suite : Judy Blue Eyes (coda)

On The Way Home

Teach Your Children

Triad

The Lee Shore

Chicago

Right Between The Eyes

Cowgirl In The Sand

Don't Let It Bring You Down

49 Bye-Byes/For What It's Worth/America's Children

Love The One You're With

King Midas In Reverse

Laughing

Black Queen

Medley : The Loner/Cinnamon Girl/Down By The River

CD 2

Pre-Road Downs

Long Time Gone

Southern Man

Ohio

Carry On

Find The Cost Of Freedom