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La tragédie a souvent frappé le rock, on ne compte plus les groupes qui ont perdu un, ou plusieurs membres, soit dans des accidents, maladies, overdoses, ou bien évidemment morts naturelles. Les Rolling Stones, les Beatles, les Bee Gees, AC/DC, Metallica, Can dont je vais reparler bientôt, les Beach Boys, Fleetwood Mac, Pantera, Led Zeppelin, Pink Floyd, Lynyrd Skynyrd, Big Star, les Ramones (ces trois derniers ont fait fort : sont tous morts ! Enfin, sauf un, peut-être, notamment pour Big Star), je ne vais pas tous les citer sinon cet article a) serait le plus long du blog, de très loin, et b) ne serait qu'une interminable litanie de noms. Parmi les groupes concernés, parmi ceux, très nombreux, que je n'ai pas cités, il y à le Allman Brothers Band. Ceux-là ont fait fort, eux aussi. Ce groupe, originaire de Georgie, un des Etats du sud de la Mason-Dixon Line, était, on s'en doute vu son nom, en partie constitué de frangins. Deux. Qui s'appelaient Allman. Les deux. Gregg et Duane, respectivement chanteur/claviériste et guitariste. Gregg Allman est mort en mai de l'année dernière (quelques mois plus tôt, en 2017 aussi, leur batteur d'origine Butch Trucks défuntera). Duane, lui, ce fut en 1971. Parmi les nombreux musiciens ayant joué au sein du groupe, pas moins de 8 (en comptant les deux frangins fondateurs) sont morts. Duane, fameux guitariste ayant joué sur le Layla And Other Assorted Love Songs de Derek & The Dominoes en 1970 (album studio unique d'un supergroupe fondé par Clapton), est mort en 1971 dans un accident de moto, il croise un camion à une intersection. Le 29 octobre. Le 11 novembre 1972, à quelques centaines de mètres des lieux de cet accident, un autre membre du groupe, leur bassiste, Berry Oakley, meurt lui aussi dans un accident de moto (non, les six autres membres du groupe qui y passeront ensuite jusqu'à Gregg en 2017 ne sont pas, eux, morts dans des accidents de moto). On peut parler d'une sacrée coïncidence qui fait froid dans le dos (et qui réduit le groupe en miettes à un an d'intervalle, ils ont perdu leur guitariste fondateur, un des frères donc, et une autre force motrice du groupe, en un an).

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Le groupe, qui avait démarré sa carrière avec deux albums studio franchement super bons (The Allman Brothers Band en 1970, Idlewild South en 1971), n'atteindra vraiment la postérité qu'avec son troisième album, un double live sorti en juillet 1971 (et enregistré les 12 et 13 mars), At Fillmore East, qui a été enregistré, devinez où ?, c'est pas dur, oui, bravo, au Fillmore East (New York). Un live qui reste encore aujourd'hui totalement légendaire, c'est probablement le plus grand live de tous les temps (pour moi, en tout cas), en rivalité avec Made In Japan de Deep Purple cependant. A partir de septembre 1971, soit un mois avant l'accident mortel de Duane, le groupe entre en studio (à Miami, le studio Criteria ; là où fut fait le disque des Dominoes que j'ai cité plus haut, d'ailleurs, entre autres) afin de faire son troisième album, Eat A Peach, sorti en février 1972 sous une pochette qui n'est pas une allusion à son accident de moto - on a  certes un camion sur la pochette recto, mais le visuel fut finalisé du vivant de Duane - mais avec un titre qui, lui, en est un : un extrait d'une citation de Duane, Every time I'm in Georgia, I eat a peach for peace. Duane aura le temps de jouer sur trois morceaux enregistrés : Stand Back, Blue Sky et Martha, avant de mourir. Le groupe, dévasté, décide de continuer. Trois autres morceaux (tous sur la face A) seront faits, et afin de rendre le meilleur hommage possible au défunt guitariste, le groupe et leur producteur Tom Dowd (qui avait produit et mixé le double live anthologique de 1971) décideront de rajouter des titres live issus des concerts du Fillmore East, qui ne furent pas mis sur l'album live à l'époque par manque de place, et sur lesquels, évidemment, joue Duane : One Way Out, Trouble No More et surtout, Mountain Jam, instrumental basé sur un morceau de Donovan du nom de There Is A Mountain. Au cours du dernier des quatre concerts du Fillmore East, cet instrumental suivait, sans aucune pause, les 23 minutes de Whipping Post (celles placées sur l'album de 1971). Mountain Jam dure, lui, 33 minutes, et est, en vinyle, découpé en deux faces, la B et la D (pour le CD, tout a été réuni en une seule plage audio située au centre de l'album). 

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Eat A Peach, double album (assez court, comme double album : 69 minutes), sort donc en février 1972. En novembre, alors que le groupe commence tout juste à enregistrer leur album suivant, Brothers And Sisters (qui sortira en 1973), c'est au tour du bassiste Berry Oakley, qui joue un peu sur le disque, de mourir. Eat A Peach a été construit autour d'un deuil, et il sera suivi d'un autre. C'est un album certes hybride, à la fois live et studio, et notons que les trois titres live du Fillmore East ont depuis été rajoutés sur les versions collector (la version Deluxe double CD, et la version intégrale The 1971 Fillmore East Recordings de 6 CD) du double live At Fillmore East. Si vous possédez la version Deluxe double CD du live de 1971, vous possédez donc déjà les titres live de Eat A Peach, soit environ 42 minutes sur les 69 de l'album. Bonjour les doublons. Mais les titres studio sont absolument sublimes (Les Brers In A Minor, Melissa, Blue Sky, Ain't Wastin' Time No More), et l'alternance studio/live (surtout en vinyle, où Mountain Jam est sur une face sur deux, en alternance, ce qui le rend plus facile d'écoute que 33 minutes d'un bloc ; un instrumental remarquable ceci dit) est des plus rafraîchissantes. Ce double album en hommage à Duane est un des meilleurs du groupe, et un de leurs derniers grands disques. Si Brothers And Sisters (1973) est excellent, la suite, mis à part un très bon double live en 1976 (Wipe The Windows, Check The Oil, Dollar Gas) et un beau retour en grâce vers la fin de la carrière (Seven Turns en 1990, Hittin' The Note en 2003), sera en effet assez décevante, le groupe ayant par ailleurs passé le plus clair de son temps à livrer des albums live certes compétents, mais un peu trop centrés sur le mode c'était mieux avant, nostalgie à fond les manettes. En même temps, non seulement ils ont toujours déchiré en live, mais leur première époque, achevée avec Eat A Peach par la force des choses, c'était vraiment magistral !

FACE A

Ain't Wastin' Time No More

Les Brers In A Minor

Melissa

FACE B

Mountain Jam (Part 1)

FACE C

One Way Out

Trouble No More

Stand Back

Blue Sky

Little Martha

FACE D

Mountain Jam (Part 2)