Supertramp___Supertramp__1970_

Nous sommes en 1970, l'an passé King Crimson sortait un album qui allait faire date dans l'histoire de la musique, In The Court Of The Crimson King, malgré des faiblesses évidentes, l'innovation est tellement forte qu'elle prend le pas. Évidemment, King Crimson a ouvert de nombreuses voies, le chemin est là, les jeunes de l'époque n'avaient plus qu'à s'y engouffrer. Supertramp fait partie de ceux-là. Notre jeune quatuor allait rentrer dans la cour des grands avec cet album mais ils ne le savaient pas encore.
Leur éponyme était de qualité, beau, touchant et poétique, malheureusement sa relative difficulté d'accès et soyons honnête, son manque d'innovations et d'idées fortes l'empêcha d'atteindre les cîmes du succès. L'album fut aussi un échec, ils tentèrent par la suite de mettre de l'eau dans leur vin et cela aboutira au génial Crime Of The Century en 1974 (soit 4 ans plus tard).
Avant de commencer à parler du contenu musical, n'oublions pas de parler de Monsieur Richard Palmer-James, fin guitariste et accessoirement parolier de génie, rejoindra le Crimso' en tant que, comme vous le devinez, parolier des albums Larks' Tongues In Aspic (1973) à Red (1974).
Autre petite anecdote sympa, le groupe, tout comme Traffic a enregistré l'album exclusivement de nuit et l'a aussi auto-produit.

Supertramp délivre ici une musique pop teinté de rock progressif, ma foi pas dégueulasse. La musique est charmante, poétique et romantique. On ressent aussi quelques petites teintes jazz par ci, par là.
Notamment sur la génial et chaloupé It's A Long Road. Morceau réellement beau, au rythme jazzy et à l'ambiance de douce folie.
Niveau poésie et beauté lunaire, je pourrai aussi parler de la superbe Shadow Song. On s'imagine ces ombres en train de danser et de rigoler autour d'un feu de bois devant l'océan. Où la lune est pleine chaque soir et que l'océan murmure à nos oreilles de courtes paroles d'écumes...
Oui, un morceau d'une rare beauté porté par un piano qui se fait d'une rare sagesse.
Oui ce morceau est un peu comme un vieux sage s'asseyant sous un chêne centenaire en divulguant son savoir séculaire. Que j'aime cette ambiance, le plus fort c'est que l'on la retrouve sur des titres comme Aubade And I Am Not Like Other Birds Of Prey. Une ambiance intimiste et champêtre. On sentirait presque l'odeur des conifères et le vent nous caressant les joues.
Sans oublier la progressive et longue Try Again, l'ambiance champêtre est toujours marqué mais moins que sur un Shadow Song. La nature est d'ores et déjà moins accueillante, de nombreux silences parcourent ce titre, le groupe veut nous endormir rien que pour mieux nous réveiller ensuite et la musique redevient accueillantes, les oiseaux volent, les lapins courent. Décidément, j'adore.

Si Supertramp n'a pas sorti un album de prog' novateur et parfait, je pense notamment à certaines longueurs qui parsèment l'album notamment sur des un titre comme Maybe I'm A Beggar.
Il n'en reste pas moins un album à l'ambiance divine et unique. L'album est effectivement plus pop que prog', plus rock que prog' et plus pop que rock mais ce n'est pas un réel problème, en fait.
Bien sûr, je n'en ai pas parlé mais l'album recèle d'autres perles comme le rock et limite dansant Nothing To Show ou les courtes pièces de Surely (la première d'une moins d'une minute et l'autre un peu plus de 3 minutes), courtes mais belles et poétique, deux titres matures en fin de compte.
Car l'album est mature et c'est sa grande force.
Cela dit, on peut déjà apercevoir les tendances commerciales futures sur un titre comme Words Unspoken mais bon, supertramp l'a toujours dit et ne l'a pas conséquent, jamais cacher, ils ont toujours recherché le succès et ça se verra sur leur prochain album, Indelibly Stamped à la pochette furieusement moche représentant la poitrine d'une femme...tatouée (beurk).
Petit mot, pour finir, sur la pochette qui ait la plus belle que le groupe n'ait jamais faite devant celle de Crime Of The Century. Mais vous l'avez déjà vue...

Supertramp___Supertramp_Original_back

Critique complémentaire de ClashDoherty :

Supertramp, sorti en 1970, est donc le premier album de Supertramp, groupe de rock vaguement progressif (dès 1975, ils cesseront vraiment de proposer des ambiances progueuses, mis à part, éventuellement, Fool's Overture sur Even In The Quietest Moments... en 1977), mais surtout groupe de pop/rock. A l'époque, le groupe est constitué de Rick Davies (claviers, harmonica, chant, écriture), Roger Hogdson (guitare, basse, chant, écriture), Bob Millar (batterie) et Richard Palmer-James (guitare, balalaïka, chant, écriture). Comme KingStalker, dans sa chronique plus haut, l'a dit, Palmer-James, par la suite, de 1973 à 1974, sera le parolier de King Crimson alors que le groupe de rock progressif de Robert Fripp sera en pleine période metal progressif (Starless And Bible Black, etc). Millar, dès l'album suivant Indelibly Stamped, sera remplacé par un autre batteur, puis par un autre (Bob C. Benberg, dès le troisième album, Crime Of The Century), et Palmer-James ne joue sur aucun autre album de Supertramp.

Ce premier cru de Supertramp sent bon la fraîcheur par moment, on sent que le groupe débutait, ne savait pas encore dans quelle direction aller, et, là aussi ça a été dit plus haut dans la première chronique, l'album a été autoproduit. Sous une pochette que, personnellement, je trouve hideuse, se cachent 10 titres, dont 9 morceaux de taille correcte (le premier, Surely dans sa première version, ne dure que 30 secondes ; la dernière version de Surely, qui achève le disque, fait 3,10 minutes), pour un total de presque 48 minutes, durée étonnante pour un premier disque, surtout à l'époque. Il faut dire que Maybe I'm A Beggar atteint presque les 7 minutes, que It's A Long Road en fait 5,35, et que Try Again, surtout, en fait 12, de minutes ! Avec la version complète de Surely, ces morceaux sont les meilleurs d'un disque dans l'ensemble assez inégal.

Car je n'ai jamais trouvé Aubade And I'm Not Like The Other Birds Of Prey, Shadow Song, Home Again (encore un très court titre, 1,15 minute) et Nothing To Show convaincants, je dois le dire. Oui, je trouve ce Supertramp premier du nom assez moyen, dans l'ensemble. Le chant, partagé entre Davies, Palmer-James et Hogdson (parfois en duo : Nothing To Show : Davies/Hogdson, Maybe I'm A Beggar : Palmer-James/Hogdson), est très correct, la production est très bonne (mais il y aura mieux). Mais dans l'ensemble, l'album suivant sera largement plus convaincant et fort (et les suivants aussi). Ce premier cru, pour moi, est inférieur à Even In The Quietest Moments..., un album que je n'aime pas trop, et c'est pour ça que je dis ça. Mais bon, le groupe débutait...   

FACE A

Surely

It's A Long Road

Aubade And I'm Not Like Other Birds Of Prey

Words Unspoken

Maybe I'm A Beggar

Home Again

FACE B

Nothing To Show

Shadow Song

Try Again

Surely