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La création du hard-rock ? Oula, difficile. Beaucoup citeront le premier Led Zeppelin, en 1969, mais le hard-rock est plus ancien que ça. Pour certains, le premier album de hard-rock (le terme heavy metal, par la même occasion, semble avoir été inventé via les paroles d'une de ses chansons, j'y reviens plus bas à la prochaine sortie d'autoroute) serait en fait cet album, sorti en janvier 1968 et donc, forcément, enregistré en 1967. Cet album n'est autre que le premier du groupe Steppenwolf, groupe américain mythique fondé en 1967 sur la base d'un ancien groupe du nom de The Sparrows (trois des cinq membres d'origine de Steppenwolf en faisaient partie). Steppenwolf, baptisé ainsi en allusion au roman Le Loup Des Steppes de Hermann Hesse, roman écrit en 1927 et qui fut interdit sous l'Allemagne nazie et sera, par la suite, un roman culte pour plusieurs générations contre-culturelles. Steppenwolf, dont le chanteur, John Kay, Joachim Kraudelat de son vrai nom, est né en Allemagne de l'Est, à vécu à Berlin-Est, et a, avec sa famille, réussi à passer le Mur pour gagner l'Ouest, et le Canada. Steppenwolf, groupe de teigneux qui foutaient souvent des crânes sur les pochettes de leurs albums, dont le chanteur possède une voix encore plus hargneuse que celle de Fogerty de CCR, et dont la musique était si teigneuse, si brutale, que le patron de la maison de disques les ayant signé (ABC/Dunhill Records) hésitera avant de les commercialiser, se demandant si ce n'était pas too much pour son époque. Il a, sur conseil de ses gosses à qui il a fait écouter les bandes, décidé de donner leur chance au groupe, et comme il a bien fait !

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Aujourd'hui, et en fait depuis 1969, le groupe n'est connu, du très grand public, que pour une chanson, Born To Be Wild, issue de cet album sans titre (Steppenwolf, donc), chanson écrite par Mars Bonfire, alias Dennis Edmonton, frangin de Jerry, le batteur du groupe (mais Bonfire, lui, n'en faisait pas partie). Chanson parlant de heavy metal thunder, elle est, depuis 1969, absolument et définitivement indissociable du film Easy Rider de Dennis Hopper, dont elle est la musique de générique (une autre chanson du groupe, aussi présente sur ce premier album, et parlant de drogue et de dealers, The Pusher, reprise de Hoyt Axton, est dans le film), et reste un des plus grands hymnes de hard-rock de tous les temps. On ne s'en lasse pas. Des chansons de ce calibre, le premier opus du groupe en contient quelques unes : Your Wall's Too High (écrite par Kay, elle parle de quel Mur, à votre avis ?), la reprise du Sookie Sookie de Don Covay, la reprise du Hoochie Coochie Man de Willie Dixon, The Ostrich (signé Kay)... son Desperation, aussi, est remarquable. L'album offre cependant son lot de chansons, disons, accessoires, un peu secondaires (mais pas ratées pour autant), des chansons qui pour certaines (Take What You Need, Berry Rides Again), ne semblent pas s'imposer ; notons que l'album dure 46 minutes, durée pas mal pour un album de 1968, sans doute est-il un petit peu trop long, justement : retirez ces deux chansons que je viens de citer, clairement les deux moins bonnes de l'album, vous aurez environ 6 minutes de moins, autrement dit un album de durée classique et acceptable, et bien plus réussi.

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Mais bon, je chipote vraiment : Steppenwolf premier du nom est sans doute le meilleur album studio du groupe (pour ce qui est de leur meilleur album tout court, je pense que leur Live de 1970, avec ce loup grondant sur la pochette, est le summum), ce ne sont pas deux petites chansons au demeurant fort appréciables et écoutables (c'est juste que si on compare avec The Pusher...) qui vont tuer le disque. Et des chansons comme Everybody's Next One ou A Girl I Knew (petite roucoulade sympathique, même si on sent que le Loup des Steppes n'est pas à l'aise avec les chansons 'calmes') sont certes un peu secondaires, mais bien foutues. La production, signée Gabriel Mekler, est très bonne, dans le ton de l'époque. Il vaut mieux écouter ce disque en vinyle qu'en CD, l'édition CD la plus facilement dénichable est un authentique foutage de gueule (aussi bien graphiquement que pour le son, sans relief). La pochette de l'album, très psychédélique (on dirait une photo de Pink Floyd de la même époque, entre ces tenues, les poses, les couleurs...), ne laisse pas présager du boucan infernal (pour 1968) qu'allait être cet album. En terme de boucan, en cette même année 1968, et à la même époque, sortira aussi le premier opus de Blue Cheer, Vincebus Eruptum. Entre ce disque très brut de pomme et ce Steppenwolf, déjà, on a deux facettes du même hard-rock : le proto-metal pour Blue Cheer, et un hard plus mélodique (mais hard quand même) pour Steppenwolf. Ca commençait bien, putain !

FACE A

Sookie Sookie

Everybody's Next One

Berry Rides Again

Hoochie Coochie Man

Born To Be Wild

Your Wall's Too High

FACE B

Desperation

The Pusher

A Girl I Knew

Take What You Need

The Ostrich