TR1

Todd Rundgren est un artiste que j'adore, mais au sujet duquel j'ai toujours eu un peu de mal à parler ici. En même temps, allez chroniquer un album tel que A Wizard/ A True Star ou cet album-ci, vous...  Sorte de Frank Zappa glam, sorte de Prince avant l'heure, le mec a presque tout fait : il a joué dans un groupe garage (The Nazz), a fait des albums à la Elton John, s'est lancé à corps perdu dans le glam, a livré des albums totalement spatiards tellement ils vont loin, a crée un groupe de rock progressif (Utopia), a sorti, dans les années 90, un album conçu pour être réagencé à l'envi (des tas de plages audio qui, selon que l'on programme le disque ou pas, offre des variations) No World Order... Il a aussi produit pas mal d'artistes différents : New York Dolls (premier album), Meat Loaf (Bat Out Of Hell), Patti Smith (Wave), Grand Funk Railroad, XTC (Skylarking)... Il a fait des albums totalement dingues. Dont quelques uns doubles. Ou qui auraient dû l'être. A Wizard/A True Star, en 1973, dure 56 minutes, offre presque 20 titres, c'est compressé au point que le son de l'album est assez mince (écouter ce disque en voiture est un supplice, on a l'impression d'avoir foutu l'enceinte de l'autoradio dans un autocuiseur fermé). En 1974, il sort le premier Utopia (Todd Rundgren's Utopia), qui, en 58 minutes, n'offre que 4 titres, dont un de 30 minutes occupant toute une face, The Ikon. L'année suivante, son Initiation solo offre un morceau de 35 minutes occupant à lui seul toute une face, et l'album en entier dure 67 minutes, et il n'est pas double. Le posséder en vinyle implique de ne pas l'écouter, sous peine de risquer soit de flinguer le disque, soit de flinguer le saphir de sa platine, si jamais l'un des deux n'est pas en état exceptionnel. Todd s'excuse même de la qualité du son et donne des conseils (enregistrez-le sur une cassette à la première écoute, puis passez la cassette) sur la pochette de l'album. 

TR2

En 1974, un an avant Initiation donc, Todd Rundgren sort Todd, son cinquième opus studio solo, qui fait suite à A Wizard/A True Star (qui avait un peu fait sensation). L'album est long de 67 minutes, soit autant que le futur Initiation (son album solo suivant, mais entre les deux, il y aura le premier Utopia), mais Todd, en revanche, est bel et bien double (tout tient, évidemment, sur un seul CD). En conséquence, le son de l'album n'est pas aussi compressé que pour le précédent et les suivants. Comme à son habitude, Todd (qui produit le bouzin tout seul) joue de la totalité des instruments sur une bonne partie de l'album (on a cependant, quand même, des musiciens : Ralph 'Moogy' Klingman aux claviers, John Siegler et John Miller à la basse, Kevin Ellman à la batterie, Ralph Schuckett aux claviers, les frangins Brecker au saxophone et trompette...toutes les guitares sont de Todd). L'album ne sera pas un succès monumental, il se classera au mieux en 54ème position. Un seul single, A Dream Goes On Forever, très jolie chanson, mais pas spécialement représentatrice de l'album, qui est, dans l'ensemble, un gros trip. Ce disque est tellement dingue que sur Wikipedia (anglophone), aucun genre musical n'est précisé, dans l'encart technique ! Beaucoup de claviers (synthés), de grosses guitares aussi : Heavy Metal Kids, que le Todd interprètera souvent live (notamment avec Utopia) est un pur morceau de hard-rock, tandis que I Think You Know et The Last Ride sont des merveilles aériennes de glam pop qui n'auraient pas été de trop sur Something/Anything ? (son magistral double album de 1972, parfait condensé de grande pop glam de l'époque).

TR3

L'insert des paroles

Et ne parlons pas de morceaux tels que Lord Chancellor's Nightmare Song, Everybody's Going To Heaven/King Kong Reggae, In And Out The Chakras We Go (Formerly : Shaft Goes Outer Space) et The Spark Of Life. Là, on est ailleurs, littéralement. Et ce ne sont pas de petits morceaux tels que An Elpee's Worth Of Toons ou Izzat Love ? qui vont standardiser cet album bien barré, apparemment enregistré sous abondance de LSD ou de cocaïne. A sa sortie, l'album aura de bonnes critiques (enfin, dans l'ensemble), même s'il faut reconnaître qu'il est suffisamment cintré pour entraîner des avis un peu circonspects. Ce n'est pas au bout de deux écoutes qu'on en vient à bout (notons qu'en vinyle, il semble plus digeste qu'en CD, le changement de face et de disque pouvant occasionner une petite pause, au lieu du CD qui enchaîne les 17 titres d'une traite). Glissé dans l'album se trouvait un poster des paroles. Il y en avait un autre (ou alors c'était une sous-pochette) représentant le visage de Todd, similaire à celui de la pochette, assemblé à partir des noms de toutes les personnes qui avaient joué le jeu que Todd avait proposé sur son album précédent, A Wizard/A True Star : il avait glissé une carte postale adressée à son label, Bearsville Records, en disant que toute personne qui la renverrait au label en indiquant son nom verrait son nom marqué sur la pochette de l'album suivant. Ce qui fut fait : on a placé les noms serrés les uns près des autres, en jouant sur les contrastes, afin de former, avec eux, le visage de Todd, visible en s'éloignant de la pochette ! Une chose, j'imagine, unique dans les annales de l'industrie musicale. Une raison de plus de placer Todd vraiment à part du reste de ses confrères. 

FACE A

How About A Little Fanfare ?

I Think You Know

The Spark Of Life

An Elpee's Worth Of Toons

A Dream Goes On Forever

Lord Chancellor's Nightmare Song

FACE B

Drunken Blue Rooster

The Last Ride

Everybody's Going To Heaven/King Kong Reggae

FACE C

Number 1 Lowest Common Denominator

Useless Begging

Sidewalk Cafe

Izzat Love ?

Heavy Metal Kids

FACE D

In And Out The Chakras We Go (formerly : Shaft Goes To Outer Space)

Don't You Ever Learn ?

Sons Of 1984