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J'ai comme des envies de réaborder du Dylan qui me prennent par les couilles, en ce moment. Vous le savez, ces envies, il ne faut pas les repousser, il faut les laisser vous choper, attendre qu'elles se passent. Non pas que je n'aime pas Dylan et que le fait de réaborder des albums que j'avais chroniqués ici il y à longtemps (2010 pour celui-là, 2009 pour d'autres que je referai ici bientôt) m'emmerde, oh que non : j'adore Dylan, et j'avais envie, depuis longtemps, de réaborder certains de ses albums. Dont acte avec celui-ci, un de ses plus particuliers, Nashville Skyline, sorti en 1969. C'est probablement un de ses albums les plus atypiques avec Dylan (1973, son pire), Pat Garrett & Billy The Kid (1973, musique de film) et (Self Portrait (1970, terriblement décrié). Nashville Skyline est sorti sous une pochette montrant un Dylan souriant aimablement (rien que ça suffit à faire de cette pochette un truc totalement original, Dylan étant du genre je rigole quand je me blesse), pris en contre-plongée sous un ciel bleu hivernal, soulevant légèrement son chapeau et tenant fièrement une guitare acoustique. Au dos, on a une vue lointaine d'une grande ville, indéniablement Nashville compte tenu du titre de l'album. On a un long texte un peu poétique signé Johnny Cash, au sujet de Dylan. Johnny Cash, que Dylan rencontrera durant les sessions, en 1969, et l'Homme en Noir apparaît sur le premier titre, chanté en duo, une reprise d'un des standards de Dylan originellement présent sur The Freewheelin' Bob Dylan : Girl From The North Country.

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Cette version à deux voix est supérieure en tous points à l'originale chantée par le Barde seul. L'album, sinon, offre 10 chansons, ce qui n'est pas original. En revanche, ce qui est original, concernant Dylan, est la durée de l'album : 27 minutes. Oui, 27 ! Là où, généralement, les albums de Dylan atteignent et bien souvent dépassent les 40 minutes (certains, comme The Freewheelin', Another Side Of Bob Dylan, Highway 61 Revisited, Desire, Blood On The Tracks, Street-Legal, atteignent et dépassent même la cinquantaine de minutes, et je ne parle pas des plus récents, qui sont doubles dans leurs format vinyle bien qu'étant sortis directement en CD à la base), Nashville Skyline, lui, est encore plus court qu'un album des Byrds de la même époque. J'imagine que cet état de fait a du en heurter quelques uns, à l'époque ; moi, je sais que ça m'a royalement emmerdé, je me suis demandé, lorsque j'ai écouté ce disque pour la première fois, pourquoi Bob Dylan avait-il sorti un disque aussi peu généreux, aussi cheap, la durée complète de l'album est plus courte que celle de n'importe laquelle des deux faces de Desire (qui, il est vrai, est bien généreux, 55 minutes) ? Ca n'a sans doute rien à voir en fait, mais à l'époque, Dylan en avait marre de sa réputation, de son statut de Messie folk, de chanteur prophétique (A Hard Rain's A-Gonna Fall...) dont on suivait les paroles comme des versets. Le Barde en a claque, et il décide que ça doit changer. Après avoir enregistré un disque de folk quasiment mystique (John Wesley Harding, 1967) et après s'être livré, avec le Band, à des sessions endiablées et incroyablement fertiles dans un sous-sol (les fameuses Basement Tapes sorties, à l'époque, en pirate, avant de sortir officiellement en double album en 1975), Dylan prend le taureau par les cornes et décrète : il faut sortir un ou des albums tellement à part, tellement éloignés de son style, qu'ils en décourageront les fans, qui cesseront dès lors d'acheter les albums de Dylan et passeront à autre chose. Dylan ne veut plus de la gloire. Sur Nashville Skyline, tout du long, on l'entend chanter non seulement de la country, et des chansons idiotes (Country Pie), mais avec un nouveau timbre de voix. Adieu la voix nasillarde et prophétique, bienvenue au timbre crooner country un peu roucoulant. Il réutilisera cette manière de chanter, en la surmultipliant, pour son double Self Portrait qu'il publiera début 1970 et qui sera si mal accueilli (chose que Dylan espérait secrètement).

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Ici, on a quelques classiques : I Threw It All Away, la reprise de Girl From The North Country avec Cash, mais surtout, surtout, Lay, Lady, Lay. Ouvrant la face B, cette chanson au rythme roucoulant est une merveille que Dylan, par la suite, en live, s'évertuera souvent à dézinguer, la braillant plus qu'il ne la chantera (voir Hard Rain, Before The Flood). On se rendra d'ailleurs compte par la suite que les chansons de cet album, interprétées en live, ne fonctionnent pas vraiment, car elles seront chantées (il y en à deux sur le dévasté et dévastateur live Hard Rain, 1976) à la manière dylanienne usuelle, pas à la manière Nashville Skyline, la manière crooner de country. Mais ici, elles fonctionnent. Toutes ne sont pas réussies, ceci dit (Country Pie ne mène à rien, Tell Me That Isn't True est risible, Peggy Day n'est pas top), mais on ne va pas chipoter, l'album est déjà suffisamment court, s'il fallait en retirer les maillons faibles, Nashville Skyline ne durerait que 20 minutes, ça serait un EP plus qu'un album... Et puis, les passages à vide de l'album sont peu de chose à côté de To Be Alone With You, Tonight I'll Be Staying Here With You, Lay, Lady, Lay, I Threw It All Away et Girl From The North Country. La moitié de l'album est d'un niveau exceptionnel, et il faut rajouter One More Night et l'instrumental Nashville Skyline Rag, qui valent bien plusieurs écoutes. Au final, ce petit album, surtout petit par sa taille plus que par sa réputation, est un très bon cru de Dylan. Autrefois, il faisait partie de mes préférés, ce n'est peut-être plus le cas, mais je n'ai cependant jamais cessé de l'aimer, et puis, après tout, sa courte durée est peut-être dommage, mais elle permet aussi à l'album de s'écouter sans problème, en même pas une demi-heure l'affaire est faite. Je ne conseillerai pas ce disque pour découvrir Dylan, mais une fois que vous avez découvert le bonhomme, c'est un album qu'il vous faudra, tôt ou tard, écouter. En plus, comme bien souvent avec Dylan, on le trouve facilement (en vinyle aussi, d'ailleurs, il a été réédité, comme pas mal de ses albums), et souvent à un prix des plus sympathiques. Vu sa faible durée, ce n'est d'ailleurs pas un luxe !

FACE A

Girl From The North Country

Nashville Skyline Rag

To Be Alone With You

I Threw It All Away

Peggy Day

FACE B

Lay, Lady, Lay

One More Night

Tell Me That Isn't True

Country Pie

Tonight I'll Be Staying Here With You