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 Quand Steve Harris (basse, leadership du groupe) annonça, un jour (dans les années 2000), qu'il envisageait, pour Iron Maiden, de faire 15 albums studio et puis s'en va, les fans se sont mis, subitement, à les recompter, ces albums studio. En 2006, Iron Maiden publiait son quatorzième opus studio, le remarquablissime A Matter Of Life And Death, et là, les fans ont du se dire (du moins, parmi ceux qui pensaient qu'Harris était sincère dans sa déclaration) OK, plus qu'un et Maiden cessera son activité, si l'on en croit son chef. Six ans plus tard, soit un laps de temps nettement plus long que d'ordinaire (même le laps de temps entre Fear Of The Dark, dernier opus avec le chanteur Bruce Dickinson - d'avant son retour en 1999, je veux dire - et The X Factor, premier des deux avec le chanteur l'ayant succédé, Blaze Bayley, ne fut pas si long, il ne fut même pas long, d'ailleurs, trois ans), le groupe sort son quinzième album studio. Et les fans de se dire putain, si ça se trouve, c'est le dernier, on vient de voir sortir le dernier album studio de Maiden, ça fait quelque chose. Direct, on avait envie de voir des tas de choses dans ce nouvel album, baptisé The Final Frontier et sorti en fin d'été 2010. Un chant de départ, un adieu du groupe à ses fans, un baroud d'honneur... Par la suite, plusieurs membres d'Iron Maiden affirmeront que, non, The Final Frontier ne sera pas le dernier Maiden, il y aura au moins un autre album (le "au moins" signifie que, qui sait, il y en aura peut-être plus d'un par la suite). Quand ce seizième album sortira ? Personne ne le sait, d'autant plus qu'à l'heure actuelle, janvier 2014, Maiden n'est pas rentré en studio (ou si c'est le cas, c'est dans le secret le plus total, rien n'a filtré ; mais comme à peu près tout filtre sur le Net, ça me semble improbable que Maiden soit actuellement en enregistrement).

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Bon, reparlons un peu de ce quinzième album, point final provisoire de la discographie studio du groupe. The Final Frontier est un disque, autant le dire, remarquable. Dès sa sortie, cet album sorti sous une pochette assez glauque et bien dans le style SF horrifique à la Alien m'a marqué. L'album est long, ce n'est pas un exploit, les précédents opus du groupe, depuis 2000 et Brave New World (plus The X Factor de 1995) l'étaient aussi, faisant tous entre 67 et 71 minutes. Mais avec ses 10 titres avoisinant pour la plupart les 7/8 minutes, The Final Frontier est le plus long, de loin, des opus studio de la bande à Harris et Dickinson, car il dure la bagatelle de 76 minutes. 3 ou 4 minutes de plus (soit même pas la durée du titre le plus court, The Alchemist, qui dure un peu plus de 4 minutes), et il était double ! Certains diront oui, mais Maiden aurait pu essayer de raccourcir un peu les chansons, le disque, faire plus sobre, bla bla bla, mais au final, le fait est là : le titre le moins bon de l'album se trouve justement être le plus court d'entre tous, et dans l'ensemble, les 76 minutes, quasiment 77, de l'album s'écoutent comme si l'album n'était qu'un single des 60's. La production est juste butante, et encore une fois, l'alchimie entre les trois guitares est totale, chacun est à sa place, à son moment de gloire, les duels guitaristiques et autres envolées sont bien présent(e)s et rien, si on excepte The Alchemist (et encore, j'ai l'impression d'être vraiment salopard avec cette chanson qui n'est pourtant pas mauvaise), n'est d'un niveau à faire baisser la note de l'album.

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Très progressif dans l'âme (le plus progressif depuis 1988 et Seventh Son Of A Seventh Son), The Final Frontier possède des ambiances spatiardes (le premier morceau, en deux parties, long de plus de 8 minutes, est à ce titre éloquent), une pochette spatiarde (Eddie reconverti en monstre alien se repaîssant d'astronautes malheureux) mais n'est pas un concept-album pour autant. Boosté par un single ultra efficace (El Dorado), l'album s'ouvre donc sur un morceau en deux temps, rien que son titre le prouve (sur le double live En Vivo ! sorti l'année suivante, ce morceau sera divisé en deux plages audio, pour le prouver encore plus) : Satellite 15...The Final Frontier. Tuerie absolue, ce morceau démarre de manière très psychédélique et sombre, guitares en pagaille, claviers sublimes, et la voix de Bruce qui surgit comme l'aigle noir de la fameuse chanson (ah ah ah), de nulle part. La voix est légèrement en écho, Dickinson semble comme en apesanteur... Au bout de 4 minutes, un riff répété de guitare, puis un court silence d'une seconde et, ensuite... BANG, la seconde partie démarre (du Maiden pur jus), et il est impossible de ne rien ressentir à ce moment-là. Un album qui démarre de la sorte, et qui, ensuite, passe à El Dorado, on se dit que c'est bon signe. Si Mother Of Mercy et son refrain un peu poussif vient légèrement (mais ultra légèrement, infiniment, en fait !) rabaisser le niveau en apparence (c'est quand même un sacré morceau), Coming Home, qui suit, nous met à genoux. Le refrain est beau à chier dans sa couche, ou à chialer dans sa bière, ou l'inverse, faisez comme vous le sentez, je ne suis pas sectaire, et c'est votre bière, après tout. The Alchemist arrive ensuite, la première partie de l'album se termine donc sur son morceau le moins bon, comme je l'ai dit plus haut.

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Oui mais voilà : Isle Of Avalon, qui déboule ensuite, remet à genoux, et inutile de vous relever, car les morceaux qui suivent sont du même acabit. Si Starblind peut sembler longuet au départ (ce n'est pourtant pas la plus longue !), elle assure au bout de quelques écoutes, et la triplette finale, The Talisman, The Man Who Would Be King (titre en allusion à une nouvelle de Rudyard Kipling qui sera adaptée au cinéma par John Huston en 1975) et When The Wild Wind Blows (cette dernière dure 11 minutes tout rond, la troisième chanson la plus longue du groupe derrière Rime Of The Ancient Mariner et Sign Of The Cross), chanson parlant du péril nucléaire et achevant le disque en beauté, la triplette finale, donc, est juste grandiose. Au final, The Final Frontier (qui marchera très bien, commercialement parlant, et récoltera, dans l'ensemble, de bonnes critiques) est une réussite de plus pour le groupe, sans doute le meilleur album de Maiden depuis un certain Seventh Son Of A Seventh Son en 1988. Pas meilleur que lui, mais au moins du même niveau, ce qui, déjà, est non négligeable. Pour fans d'Iron Maiden, ce disque que l'on espère un jour suivi d'un autre est à écouter absolument.

Satellite 15...The Final Frontier

El Dorado

Mother Of Mercy

Coming Home

The Alchemist

Isle Of Avalon

Starblind

The Talisman

The Man Who Would Be King

When The Wild Wind Blows