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De mémoire d'homo sapiens sapiens, d'Européen, de Français, de Valdoisien, de tout-ce-que-vous-voulez-et-même-ce-que-vous-ne-voulez-pas, on aura rarement trouvé un nom de groupe aussi mal assorti au groupe en question. Pour quiconque ne connait pas les Zombies, et ne sait donc pas dans quel genre musical on les classe ni à quelle époque ils ont brillé, un tel nom de groupe ne peut que mener à du heavy-metal, du black-metal même, si ce n'est du punk hardcore. Que nenni : on a ici affaire à un pur groupe de pop psychédélique british des années 60. Avouer que pour un groupe pop psyché de l'ère Beatles, s'appeler Zombies équivaudrait, pour un groupe de black-metal scandinave crameur d'églises, à se faire appeler The Little Yellow Birds Of Sunshine And Peace ! Ce disque est important, autant le dire tout de suite, comme ça, on en est débarrassé. Non pas que ça me gêne de le dire, oh non : étant actuellement en train de le réécouter tout en écrivant cette nouvelle chronique à son sujet, je le certifie : je ne me lasserai jamais de crier sur tous les toits et dans toutes les langues et patois du monde (et même en ch'ti, s'il le fallait ; oui, je serais prêt à aller jusque là ! Te dire !) que cet album sorti en 1968 est un authentique sommet, un chef d'oeuvre du genre et en général, et bien entendu, le meilleur opus des, brrrrr ce nom de groupe, Zombies.

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Ce disque a été fait par un groupe qui n'en était quasiment plus un. En 1968, peu avant de faire ce disque, les Zombies ont quasiment splitté, certains des membres du groupe ont commencé une nouvelle vie, cherchant ou commençant un travail. Un vrai boulot. Notamment le chanteur, Colin Blunstone, reconverti en jeune agent d'assurance ou employé de banque, je ne sais plus, mais l'un des deux. Pourquoi le split des Zombies ? Malgré le succès du single She's Not There, le groupe de Blunstone et Rod Argent n'a jamais vraiment réussi à décoller. Trop de concurrence, notamment dans son propre pays : Kinks, Beatles, évidemment... Mais ils parviendront à se laisser convaincre de tenter une dernière fois l'aventure, via ce disque enregistré selon le même procédé que le Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band des Bitteuls : utiliser le plus de pistes possible, augmenter le prisme sonore, se lâcher un peu, et parler, manger, boire, respirer, péter et roter psychédélique par tous les pores. Même la pochette est dans le ton (et elle est d'ailleurs assez ratée, faut l'avouer) : collage d'idées diverses, plein de couleurs vives et de lettres distordues, de personnages variés, certains semblant être des statues antiques, un autre est barbu, deux autres  à deux doigts de se kisser... Psychédélique, à fond, mais on a connu mieux ! Dans le genre, six ans plus tard, Gene Clark semblera s'en inspirer pour son No Other pas du tout psyché par ailleurs. L'album s'appelle Odessey And Oracle, titre un peu étrange compte tenu de l'orthographe du premier mot. L'album devait s'appeler Odyssey And Oracle, mais le graphiste ayant planté la pochette (une faute d'orthographe conne comme un film de Philippe Clair), l'album a été rebaptisé en conséquence... Court (34 minutes, 12 titres), l'album est une pure perfection qui, à sa sortie, se vendra aussi bien que des barbecues en Enfer. Mais la présence d'une chanson totalement anthologique va renverser la donne : Time Of The Season. Marchant très fort, la chanson va faire que l'album se vendra mieux, et deviendra assez rapidement culte. Faut dire qu'elle est bonne, cette chanson au rythme vaguement rhythm'n'blues. Située en final (ce qui fait que l'album se termine en apothéose), elle détonne dans le reste de l'album.

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Et le reste de l'album est également d'un niveau à faire péter la braguette à Rocco : de parfaites petites ritournelles pop et psyché, parfois sautillantes, parfois calmes et tristounettes, toujours interprétées à la perfection par un groupe qui assure totalement, comme s'il savait que c'était, pour eux, la dernière chance d'assurer, de briller, de prouver au reste du monde qu'ils existent. L'album s'ouvre sur une chanson merveilleuse aux arrangements vocaux dignes des Beach Boys et au sujet étonnant, Care Of Cell 44. L'histoire d'un homme écrivant à sa petite amie incarcérée, et n'attendant qu'une chose, qu'elle soit libérée et qu'ils puissent être réunis (ce n'est pas tant qu'on parle de zonz' qui rende le sujet étonnant, mais que ça soit une fille en prison et son mec qui l'attende dehors, et non l'inverse !). La suite, douce (A Rose For Emily, Beechwood Park, This Will Be Our Year) ou sautillante (Maybe After He's Gone, Friends Of Mine, I Want Her She Wants Me), est d'une perfection absolue, mention spéciale à Hung Up On A Dream et au sinistre (la seule chanson dans ce registre ici) Butcher's Tale (Western Front 1914), chanson parlant du désarroi d'un jeune boucher enrôlé dans l'armée, pendant la Grande Guerre, et flippant au combat. Mais tout est fantastique ici (Brief Candles) et dans l'ensemble, Odessey And Oracle est définitivement un des joyaux les plus bruts, absolus du genre. Ma première écoute fut sympa, mais sans plus (du style "oui, c'est bien, mais est-ce grandiose ?"), et les écoutes suivantes ont été de plus en plus révélatrices. Une fois l'album fini, j'ai encore la basse et le piano électrique de Time Of The Season en tête, mais aussi le refrain tragique (agrémenté d'un accordéon glauque, du moins, ça me semble un accordéon, ou un bandonéon) de Butcher's Tale (I want to go home, please let me go home, go home), l'intro magnifique de Care Of Cell 44, le piano de Hung Up On A Dream... Bref, tout. Et comme le dit Leslie Barsonsec (chroniqueur occasionnel et visiteur régulier du blog) dans un de ses commentaires sur cet article (l'ancienne version, j'en pensais, pour l'album, la même chose que maintenant), cet album est un achat indispensable, parce que c'est un chef d'oeuvre, et que les Zombies méritent bien qu'on s'intéresse encore à eux. Rien que pour avoir fait ce disque, ils méritent le respect le plus total et absolu. Amen !

Chronique complémentaire de Koamae:

Purée ! Depuis le temps que je cherchais le nom du groupe qui avait fait CA !! Time Of The Season !! J'adore ce morceau utilisé à plusieurs reprises dans les Simpson (Hippie Hip Hourra, notemment). Et grâce à ClashDo qui m'a envoyé via des mails ce disque des Zombies, je le sais enfin. Ca m'a fait tout bizarre quand j'ai entendu cette intro mythique. Ce morceau que je cherchais depuis si longtemps... Je suis vraiment content de l'avoir trouvé. Une rythmique imparable, assurément l'un des meilleurs morceaux de l'aire psychédélique. Bref, idéal pour résumer ce Odessey And Oracle des Zombies, une pure merveille de rock psychédélique, que je range directement troisième au classement personnel des meilleurs albums du genre, derrière Forever Changes de Love et Strange Days des Doors.

Bon, sinon... J'ai parlé de Time Of The Season, alors que dire des autres titres maintenant? Hé bien, que du bon. Ca va de belles ballades mélancoliques mais décontractées (A Rose For Emily, This Will Be Our Year) à des morceaux plus acidulés (I Want Her She Wants Me). Un album dans l'ensemble très mélancolique, un peu comme Forever Changes. On trouve pas mal de similitudes dans Odessey And Oracle au disque de Love. Et ce n'est que positif, imaginez un peu la beauté de morceaux comme le remarquable Brief Candles, le lyrique Changes, ou encore le très pop Maybe After He's Gone... Au rayon des bonnes surprises, on trouve également Butcher's Tale (Western Front 1914) et son orgue envoûtant, mais aussi Care Of Cell 44, qui donne directement le ton de l'album. Pour le reste, on plane toujours dans un esprit de pop psychédélique jamais longuette, dont on a du mal à sortir.

Voilà, Odessey And Oracle s'impose comme un tout puissant, 34 minutes infatiguables, toujours grandioses. Et dire qu'à la sortie de ce chef d'oeuvre absolu, les Zombies s'étaient déjà séparés... Peu importe, la musique résoud tout. Et il suffit d'écouter Time Of The Season pour en être convaincu.

Un joyau. 

FACE A

Care Of Cell 44

A Rose For Emily

Maybe After He's Gone

Beechwood Park

Brief Candles

Hung Up On A Dream

FACE B

Changes

I Want Her She Wants Me

This Will Be Our Year

Butcher's Tale (Western Front 1914)

Friends Of Mine

Time Of The Season