APP1

Cet album, je l'avais classé, autrefois (cet j'avais déjà abordé ce disque en 2010, la chronique était vraiment pourrie, je la refais donc) dans les ratages musicaux. Non pas que je détestais ce disque, mais sincèrement, je ne l'aimais pas trop, non, je le trouvais extrêmement moyen. Médiocre, même. Je refais la chronique car, avec le temps, j'ai fini par apprécier, de plus en plus, cet album qui n'est clairement pas le meilleur du groupe, mais pas un ratage ni leur moins réussi (ce qu'ils ont fait à partir de 1984 est vraiment pas glop du tout). Ce groupe, fondé en 1976, c'est le Alan Parsons Project, groupe de rock progressif (et de pop/rock aussi, selon les albums) britannique fondé par Eric Woolfson et Alan Parsons donc, lequel est un ingénieur du son à la base (il a notamment bossé sur des albums de Pink Floyd tels que The Dark Side Of The Moon). The Alan Parsons Project, ou APP, ou le Project (c'est comme vous voulez, comme le chantait la Souche), a donc sorti son premier album en 1976 : Tales Of Mystery And Imagination, inspiré par les histoires d'Edgar Allan Poe. Un disque remarquable (sans doute leur meilleur, enfin, un des meilleurs du groupe) sur lequel on entendait, ça sera une constante dans ce groupe d'inviter des guests, des chanteurs tels que Arthur Brown, John Miles, Terry Silvester (des Hollies de Graham Nash). On y entendait aussi, mais pas sur le vinyle original mais sur la version remixée de 1987 existant en CD, un certain Orson Welles dans le rôle du narrateur. Je pense que Welles avait dû enregistrer sa voix en 1976, ou alors le Project l'a pris sur un enregistrement déjà existant, car Welles est mort deux ans avant la version remixée de l'album. Bref. Après ce disque, le Project sort I, Robot en 1977 et le nettement moins bon Pyramid en 1978.

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Verso de pochette

En 1979, il sort son quatrième opus, Eve. Cet album-ci, donc. Tout comme les trois précédents opus, et tout comme les suivants, il s'agit d'un album-concept. A la base, Parsons (production, ingé-son, mais il ne joue de rien, et ne chante pas) et Woolfson (production exécutive, claviers) avaient l'intention de faire un album sur les femmes importantes dans l'Histoire. Mais au final, l'album obliquera vers un concept plus large : la Femme, tout court. Constitué d'une face féministe et d'une face misogyne, l'album, long de 39 minutes, est sorti sous une pochette comptant parmi les plus glauques que je connaisse. Et avant que vous ne me répondiez mais on ne voit que trois belles jeunes femmes sous des voiles noirs, certes vraiment pas souriantes du tout, mais charmantes, en quoi est-ce glauque ?, je vous répondrai de jeter un regard plus approfondi à ces femmes, à ce qu'elles cachent sous leurs voiles. Pustules, cicatrices diverses et variées, traces d'herpès. La beauté et la laideur réunies. Selon une rumeur, ces femmes auraient été des prostituées, marquées par les risques de leur métier. Il se peut aussi que ça soit des modèles à qui ont a appliqué de fausses traces et cicatrices. Peu importe, cette photo de pochette, signée des fameux Hipgnosis, est marquante, un peu troublante aussi. L'album, le premier du groupe avec le chanteur Chris Rainbow, sera un succès, grâce notamment à deux morceaux : Damned If I Do, qui se classera, aux USA, 27ème dans les charts (pas glorieux, certes, mais en 1979, la concurrence était rude), et surtout l'instrumental Lucifer, qui ouvre efficacement le disque, et qui cartonnera en Europe. C'est un des morceaux les plus connus du Project avec Eye In The Sky (1982), et les instrumentaux Mammagamma (1982 aussi) et The Gold Bug (1980). 

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Woolfson et Parsons

L'album ne vaut pas que pour ces deux très très réussis morceaux (Lucifer, de plus, avec son ambiance oppressante et vaguement orientalisante, constitue une intro prodigieuse pour un album ; ce morceau n'aurait pas dépareillé, arrangé de façon moins moderne, sur le 666 des Aphrodite's Child, rien que pour son atmosphère). On peut aussi bien citer Secret Garden (interprété par Chris Rainbow), You Lie Down With Dogs (interprété par Lenny Zapatek, ce morceau est éminemment biblique, 'tu ramperas avec les chiens' étant ce que Dieu a dit au Serpent tentateur de la Genèse, Serpent qui avait des membres alors, et qui fut transformé en rampant par punition divine), Don't Hold Back interprété par la choriste Clare Torry... Le reste est moins éblouissant, mais rien n'est mauvais non plus. L'album a été enregistré avec les musiciens habituels du Project : Stuart Elliott à la batterie, Ian Bairnson aux guitares, Woolfson aux claviers, et divers chanteurs, je les ai quasiment tous cités, mais il y à aussi Lesley Duncan, Dave Townsend et le bassiste David Paton. Eve, dans l'ensemble, est un disque un peu secondaire, sans doute, dans la discographie de l'Alan Parsons Project, mais ce n'est pas leur moins réussi, loin de là, et il offre de très très bonnes choses. Je sais que ce n'est pas immense, mais je ne peux m'empêcher de vraiment bien l'aimer, ce qui n'était pas le cas autrefois. J'avais juste envie de le réhabiliter, et ce d'autant plus que ce groupe, souvent, est très mal considéré. 

FACE A

Lucifer

You Lie Down With Dogs

I'd Rather Be A Man

You Won't Be There

Winding Me Up

FACE B

Damned If I Do

Don't Hold Back

Secret Garden

If I Could Change Your Mind