VU1

Après le premier album (sorti en 1967 sous une très bananière pochette made by Warhol), la chanteuse et mannequin allemande Nico, imposée au groupe par Warhol justement, se barre du Velvet Underground. Le groupe enregistre un très abrasif deuxième opus, sorti en 1968, White Light/White Heat. Après ce disque, le bassiste et violoniste (et un peu chanteur) John Cale se barre. Le Velvet, dont la figure de proue désormais est le chanteur/guitariste/auteur-compositeur Lou Reed (Warhol, après le premier opus, se désintéressera de l'avenir du groupe qu'il a pourtant crée quasiment de toutes pièces), recrute le bassiste Doug Yule en remplaçant de Cale. Aussi chanteur, et d'une manière générale multi-instrumentiste, le Yule, physiquement proche de Lou Reed (sur la photo de l'album que je réaborde aujourd'hui, il est à l'extrême-gauche, quasiment invisible dans la pénombre), va totalement faire changer la donne au sein du Velvet. Leur troisième album sort en 1969 sous une pochette noir & blanc représentant, à la coule, le groupe, assis sur un canapé, de gauche à droite Yule, Maureen Tucker (batterie), Lou Reed et Sterling Morrison (guitare rythmique). L'album ne porte pas de nom, il s'appelle donc, sobrement, The Velvet Underground. Il offre un paquet de classiques du groupe, et je ne l'aimais pas du tout, avant. Mais ça, dit-il en chaussant des lunettes imaginaires, c'était avant. Ce troisième album ne saurait être plus éloigné des deux premiers, et surtout de White Light/White Heat. Finies les atmosphères lugubres, violentes et dissonnantes, les grands coups de violon strident, les guitares sonnant comme du papier de verre.

VU2

Le nouveau Velvet est un groupe de pop, tout simplement. De là ma consternation, autrefois. Comment ? Le groupe underground, décadent, violent mené par Lou Reed (lequel Reed ferait par la suite des albums décadents, violents parfois), se range des voitures et nous offre une quarantaine de minutes de chansons pop ? En fait, pas vraiment pop, pas vraiment. The Murder Mystery, long de 9 minutes qui plus est, est un morceau assez étrange, proche de The Gift ou de Venus In Furs, un morceau atmosphérique aux paroles saisissantes, au chant froid comme un glaçon, et aux arrangements lugubres (la mélodie guitare/basse, inoubliable, répétitive, virale). Le morceau à part de ce The Velvet Underground. La pochette verso, aussi, est étrange, cette demi-photo de Lou Reed, en train de fumer, regard dans le vague (sans doute est-ce un tarpé et pas une clope honnête que le bonhomme se tapait...il a pris bien pire dans sa vie !), disposée dans les deux sens comme une carte à jouer. Avec exactement les mêmes crédits (titres des morceaux, etc) indiqués des deux versants. Vous pouvez retourner la pochette dans votre main de la manière la plus normale ou la faire pivoter en la retournant, vous lirez le verso sans problème grâce à ce design. Même le numéro de série et le label (MGM à la base, Polydor par la suite) sont mis deux fois ! Bon, fini de parler du contenant, parlons un peu (et même plus qu'un peu !) du contenu. 10 titres sur cet album au divan, et pas des moindres. C'est bien simple, quasiment que des classiques ici, la moitié en tout cas de l'album (j'inclus The Murder Mystery dedans) est constituée de standards du groupe : Candy Says, What Goes On, Pale Blue Eyes, The Murder Mystery et cet After Hours court (2 minutes) et magnifique interprété ni par Lou, ni par Yule, mais par Maureen Tucker. Une chanson acoustique, douce, triste, qui pourrait bien parler de suicide, interprétée par une chanteuse non-professionnelle (c'est la première fois qu'elle chante au sein du groupe, la dernière aussi), son inexpérience vocale, ses hésitations, la mélodie même de la chanson en font quelque chose de touchant et beau. Une conclusion efficace pour un album majeur. A noter que tous les membres du groupe font entendre leurs voix sur The Murder Mystery, Tucker aussi, donc.

VU3

Oui, majeur. Tous les morceaux ne sont certes pas du niveau écrasant de Pale Blue Eyes et Candy Says (cette dernière, comme une partie de Jesus, est interprétée par Yule), par exemple That's The Story Of My Life et, justement, je viens de le citer, Jesus. Mais aucune chanson n'est mauvaise ou médiocre, faisant de ce disque éponyme de 1969 un des meilleurs du groupe, et une suite de carrière étonnante mais réussie après deux albums radicalement différents, surtout le deuxième. La suite sera magistrale avec Loaded en 1970, même si Lou Reed, agaçé par la prise de pouvoir de Yule au sein du groupe et l'orientation de la musique, se barrera pendant les sessions, et Yule réenregistrera avec sa voix quelques morceaux qui auraient du être chantés par Lou. Après Loaded, le groupe explosera. Morrison et Tucker se barrent (Tucker, enceinte, ne pouvait de toute façon plus jouer pendant sa grossesse), il ne reste que Yule, pas un membre fondateur donc. Leur producteur imposera à Yule de faire sortir, sous le nom Velvet Underground, la série de chansons qu'il a enregistrées avec le batteur de Deep Purple, Ian Paice (Yule jouant du reste des instruments), en 1973, Squeeze, un album extrêmement mal-aimé à sa sortie, méconnu et pendant des années non réédité (il existe en CD et a été repressé en vinyle depuis). J'aurai bientôt l'occasion de réaborder cet ultime album du Velvet, qui n'est en fait pas un album du Velvet mais un disque solo de Yule. Sachez juste qu'il ne faut pas croire tout ce qu'on lit à son sujet, l'album n'est pas nul. Il n'estp as un monument, certes, et est mal-aimé, il n'a pas eu de chance, mais il reste intéressant et à découvrir, ou redécouvrir. Pour en finir, sinon, avec The Velvet Underground cuvée 1969, c'est, lui, un grand album, et je me demande vraiment pourquoi je ne l'aimais pas du tout à l'époque. Ce n'est pas mon chouchou du groupe (ça reste Loaded), mais bon Dieu, quel album ! Si vous ne le connaissez pas, rattrapez cette erreur au plus vite !

FACE A

Candy Says

What Goes On

Some Kinda Love

Pale Blue Eyes

Jesus

FACE B

Beginning To See The Light

I'm Set Free

That's The Story Of My Life

The Murder Mystery

After Hours