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Van Der Graaf Generator est un des meilleurs groupes de rock progressif, sans aucun doute. Le groupe, comme pas mal d'autres de ce genre musical si clivant, a eu plusieurs périodes assez distinctes. La première, fin des années 60, et jusqu'à 1971, est assez proche du Genesis de la même époque, en plus sombre et expérimental (Pawn Hearts). La seconde démarre en 1975, jusqu'à 1977/78 et est proche du King Crimson de la période 1973/74, assez rock, métallique, sombre, expérimental. Dans l'intervalle entre les deux périodes, rien, le groupe se met en shunt pendant quatre ans, le temps pour son leader, Peter Hammill (chant, guitare, claviers de temps en temps) de se lancer en solo. Comme les musiciens de son groupe jouent, souvent, sur ses albums solo (parmi lesquels trois tueries absolues, The Silent Corner And The Empty Stage et In Camera en 1974, Nadir's Big Chance en 1975, tous trois essentiels), la distinction entre VDGG et Hammill est assez mince. Surtout que quand le groupe se reformera, ils joueront des morceaux de Hammill solo en live, et Hammill jouera des titres de son groupe durant sa carrière solo... Van Der Graaf Generator, un des plus radicaux (avec King Crimson) groupes de progressif, un des rares à ne jamais avoir eu le moindre hit commercial (vous imaginez Man-Erg ou Scorched Earth passer à la radio, vous ?), se reforme en 1975, donc. Avec un disque presque aussi radical que le Red de King Crimson : Godbluff. Pochette noire, minimaliste. Seulement quatre morceaux, deux par face. Pas des ballades. Arrow, tuant comme une flêche en plein front. Hammill, le Hendrix vocal comme on le surnommait, est en état de grâce tout du long de l'album, assez proche, parfois, de ses oeuvres solo de l'époque (le proto-punk Nadir's Big Chance).

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Le groupe, super populaire en Italie et chez nous, plus que dans son propre pays (Royaume-Uni), sort, en 1976, le successeur de Godbluff : Still Life. En 45 minutes, cet album, leur sixième, n'offre que cinq titres que l'on imagine, encore une fois, loin d'être courts (aucun ne prend une face entière ceci dit). La pochette représente une figure de Lichtenberg (une captation d'une décharge électrique faite par un générateur Van de Graaff) passée à l'acrylique. Au passage, au cas où vous ne le sauriez pas déjà, vous savez donc d'où vient le nom du groupe, qui a changé le nom de l'inventeur de l'appareil pour éviter, sans doute, des soucis. Still Life reprend les hostilités là où Godbluff les avait laissées. C'est un album aussi radical (même si les mélodies auraient tendance à être un peu plus poussées), qui ne plaira pas aux amateurs de rock progressif paisible à la Genesis ou Yes. Si vous aimez King Crimson, en revanche, et que vous ne connaîtriez pas encore, vous pouvez foncer encore plus vite que dans un go-fast. Dès le premier morceau, Pilgrims (7 minutes de pur bonheur), on est happé dans l'univers si particulier, assez sombre et même glacial (les saxophones de David Jackson qui parfois en jouait de deux en même temps (ou d'un double saxo, je ne sais plus trop), sont tétanisants), de Van Der Graaf Generator. Même si My Room (Waiting For Wonderland), qui ouvre la face B (8 minutes), est d'une douceur quasi irréelle, la voix de Hammill peut être vraiment violente, éraillée, brutale (voir Gog sur son album In Camera, terrifiant), mais quand il chante calmement, doucement, elle est aussi apaisante que celle de Nick Drake. Ce morceau filerait presque les larmes aux yeux.

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A côté, La Rossa, Childlike Faith In Childhood's End et le morceau-titre sont, eux, bien plus nerveux. Tous, sans aucune exception, sont des réussites, faisant de Still Life, probablement (avec le précédent, ceci dit, qui est du même niveau, mais plus brut), le sommet du groupe. Qui va, avec son album suivant, World Record, s'effondrer un peu, même si ça sera temporaire. Au final, la discographie de ce groupe culte (qui, en 1977 ou 1978, se mettra en longue pause jusqu'à...2005) est assez globalement exceptionnelle, et cet opus de 1976 en est pour moi le magnum opus, le disque le plus essentiel et recommandé. Une pure merveille assez exigeante, ce n'est pas exactement le genre de musique à écouter en fond sonore d'un repas en famille ou en voiture sur le trajet du boulot ou des vacances, mais si vous aimez ce genre de musique, n'hésitez pas une seule seconde !

FACE A

Pilgrims

Still Life

La Rossa

FACE B

My Room (Waiting For Wonderland)

Childlike Faith In Childhood's End