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Alors que j'aborde beaucoup (certains diront peut-être trop) de Dylan ces derniers jours, et essentiellement, voir exclusivement depuis quelques temps, des nouveautés sur le blog, il y à quand même des disques de lui que j'ai réabordé. Pas forcément de grandes choses (Shot Of Love), d'ailleurs. Pour aujourd'hui, c'est une réécriture d'un article que j'avais fait ici il y à 10 ans, ce qui remonte. Autrefois, j'avais classé ce disque dans les ratages. Tout en ayant conservé le tag quand même, j'ai décidé de le faire basculer dans la catégorie "folk/folk-rock", parce que je dois dire une chose : avec le temps, j'apprécie bien mieux ce disque sorti en 1989, mais enregistré en 1987. De quoi s'agit-il ? D'un live. Un live qui entre, sans forcer, dans la catégorie des albums les plus étonnants et curieux que Bob Dylan ait fait dans sa carrière, aux côtés de la trilogie "Great American Songbook" de 2015/2017, de la bande-originale de Pat Garrett & Billy The Kid et de son album de chansons de Noël de 2009. En 1987, Bob Dylan, alors dans une assez mauvaise passe (son Knocked Out Loaded de 1986 a foiré et est nul, une chanson mis à part, Brownsville Girl ; il a entrepris une tournée conjointe avec Tom Petty & The Heartbreakers - qui jouent sur Knocked Out Loaded - qui, dans l'ensemble, n'est pas extraordinaire), organise une tournée des stades, aux USA. Tournée qu'il va faire conjointement avec un groupe des plus mythiques de la scène psychédélique et folk-rock américaine des années 60/70, le Grateful Dead, lequel, à l'époque, est pour le moins dans le creux de la vague, aussi. Le groupe de Jerry Garcia (mort en 1995) s'acoquine donc avec le Barde, ils ont au moins un ami en commun, le parolier Robert Hunter (qui dès lors, collaborera avec Dylan, en 1988, mais aussi par la suite, dans les années 2000). 

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Cette tournée des stades, Dylan et le Grateful Dead (jouant ensemble, mais aussi des sets séparés), se fait donc en 1987. L'album, produit par Jerry Garcia et John Cutler, ne sortira qu'en 1989. Entre temps, Dylan s'est refait une petite santé en participant à la réjouissante aventure des Traveling Wilburys, le supergroupe de George Harrison (constitué aussi de Roy Orbison, Jeff Lynne et Tom Petty). Et s'il a sorti un très mauvais album en 1988 (Down In The Groove), sur lequel jouent Garcia et Bob Weir du Dead, il a, en 1989, réussi l'exploit de sortir un album sublime, Oh Mercy (qui, en fait, sortira après Dylan & The Dead). Bon, revenons à nos moutons : ce live. Sorti donc en 1989, un an et demi après les enregistrements (en juillet 1987, en quatre endroits : Anaheim et Oakland en Californie, Eugene dans l'Oregon et Foxborough dans le Massachusetts), Dylan & The Dead est un live très court : 43 minutes. Pour 7 titres, ceci dit. La pochette, représentant un train fonçant vers l'acquéreur de l'album, avec deux illustrations en macaron, Dylan époque Blonde On Blonde et une tête de mort à fleurs issue de la pochette du live Skullfuck du Dead de 1971, est correcte, sans plus. La qualité sonore est, pour l'époque, très très bonne. Le tracklisting est à la fois conventionnel et étonnant. Conventionnel parce que I Want You, All Along The Watchtower, Knockin' On Heaven's Door. Etonnant parce que Joey (morceau de Desire, 1976, sur un mafioso abattu par des rivaux ; un morceau très long à la base, 11 minutes, qui enjolive un peu trop la réalité, mais est très bien, musicalement), et parce que Queen Jane Approximately, morceau de 1965 (Highway 61 Revisited) qui, avant cette tournée Dylan/Dead, ne fut jamais interprétée live. Quand à Slow Train et Gotta Serve Somebody (1979), ils furent joués en 1979/1981 durant la période born again de Dylan, notamment. 

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Bon, que dire ? Si j'ai retiré le disque de la catégorie infâmante des ratages, j'ai toutefois conservé le tag, ce qui en dit long : j'arrive à ne plus détester Dylan & The Dead, mais je ne vais tout de même pas crier au disque sous-estimé, ça reste, dans l'ensemble, un live vraiment moyen, voire médiocre. Peut-être pas aussi tas de boue que ce que j'en pensais il y à 10 ans, mais le moins que l'on puisse dire, c'est que la rencontre Dylan/Dead ne fonctionne pas trop. Dylan a mieux chanté par le passé, il n'était pas dans une de ses meilleures périodes en 1987 ; le Dead, dont je n'ai jamais été fan (j'aime beaucoup leurs lives Live/Dead et Skullfuck, alias Grateful Dead, et leurs deux albums folk/country, Workingman's Dead et American Beauty, sont excellents, mais ça s'arrête là), et qui n'interprète ici aucun morceau vu que si c'est une tournée conjointe c'est un album de Dylan, ne semble pas super au point et à l'aise. La rencontre n'était pas vraiment une bonne idée, ce qu'à peu près tout le monde a dû admettre en 1989 au moment de la sortie de ce live qui sera assassiné par la presse spécialisée (mais se vendra bien). On dira notamment, sur le site Amazon.com, que si ce live représente le meilleur des concerts, plaignons ceux qui ont assisté à un concert lambda de la tournée. Mais je dois quand même dire qu'à trois moments, ce live n'est pas mauvais : Slow Train, Queen Jane Approximately et Joey (plus courte que la version studio, mais faisant quand même 9 minutes). Ces trois morceaux, qui totalisent 20 minutes, soit presque la moitié de l'album, font que je ne peux me résoudre à détester Dylan & The Dead. Mais ce n'est quand même pas un album que je recommande, sauf aux fans du Barde que ne le connaissent pas, et encore, uniquement en leur disant que ne rien en attendre, ce n'est pas un bon disque. Les autres morceaux, et notamment Knockin' On Heaven's Door et I Want You, sont saccagés. Marrant qu'il ait fallu attendre un an et demi entre les concerts et l'album, et que l'album soit si court, mais quand on entend le disque, on n'est, au final, pas si étonné que ça. 

FACE A

Slow Train

I Want You

Gotta Serve Somebody

Queen Jane Approximately

FACE B

Joey

All Along The Watchtower

Knockin' On Heaven's Door