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 Ce disque est souvent, voire même tout le temps, considéré comme le plus mauvais album de John Lennon. Il faut dire qu'il y à de quoi. J'avais autrefois classé ce disque dans la catégorie des 'ratages musicaux' lors de ma première chronique à son sujet, voilà de cela trois ans quasiment jour pour jour (à une vingtaine de jours près). J'avias au départ l'intention de le virer de cette catégorie infâmante afin de le recaser, pour cette nouvelle chronique remplaçant l'ancienne, dans la catégorie 'rock classique', mais en le réécoutant, je me suis dit que non, pas possible, il ne peut pas être classé ailleurs qu'en 'ratage'. Car, oui, et c'est un fan de Lennon et, d'une manière générale, des Beatles et ex-Beatles qui le dit, Some Time In New York City est un ratage. J'essaie d'être gentil avec ce disque, de sauver ce qui peut l'être dessus (car, je vous assure, tout n'est pas mauvais ici), mais dans sa globalité, l'album est vraiment médiocre, mauvais même. Ca me fait chier de le dire, mais c'est le cas, on tient ici le pire album studio de Lennon, ses trois merdes avant-gardistes de 1968/1969 exceptées. Et il y à trois raisons à ce que le disque soit le plus mauvais de Lennon : d'abord, il partage le chant avec Yoko, et Yoko, hein, c'est pas la joie dans les chaumières (même si, ici, elle fait des efforts, pas autant que sur Double Fantasy de 1980 où elle est vraiment bonne, mais tout de même). Ensuite, c'est un double album, et si le premier disque est studio, le second (appelé Live Jam) est live, et on y trouve notamment un Don't Worry Kyoko (Mummy's Only Looking For Her Hands In The Snow) de 16...fuckin'...minutes. Insoutenable. Plus , qui achève le tout, où Yoko glapit aussi comme un chiot qu'on tente de noyer dans une fosse septique débordante. Le reste du live est parfois moyen (à noter qu'on y entend Zappa et ses Mothers, une partie a été enregistrée au cours du même show que le live Fillmore East, June 1971 de Zappa, sur lequel John et Yoko, bien que sur scène ce soir-là, brillent par leur absence) et parfois très bon (Cold Turkey de 8,30 minutes), mais la partie Yoko suffit à foutre tout en l'air comme un château de cartes dans une soufflerie géante.

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Dernière raison : l'essentiel, voire la totalité, du disque studio, est constitué de chansons d'actualité. Or, rien ne vieillit aussi mal que ce genre de chansons engagées surfant sur un fait d'actualité brûlant de l'époque, mais qui devient par la force des choses (l'actualité bougeant, évoluant sans cesse) totalement révolu à peine quelques semaines ou mois après son enregistrement. Ces chansons, le couple Lennon/Ono (ou Lennono, comme le nom de leur label de droits d'auteurs) les a voulu cinglantes, capables de faire réagir les gens, en bien ou en mal, sur des faits divers et actualités marquantes de 1971/72. Las, le fait est que Some Time In New York City a totalement foiré, ainsi que son unique single Woman Is The Nigger Of The World, un double bide lamentable qui a fait s'effondrer comme un soufflé mal surveillé le proet du couple. Alors bien dans la mouvance activisme de gauche, cotoyant les Black Panthers et les White Panthers (et très vraisemblablement sous surveillance discrète mais insistante du gouvernement U.S. qui ne voyait pas d'un bon oeil leur arrivée aux USA), Lennon et Yoko gueulent, dans une chanson (John Sinclair), qu'il faut libérer John Sinclair, leader des White Panthers incarcéré pour usage de came (Sinclair fut le 'gourou' du groupe de rock MC5) ; dans un autre, Lennon s'insurge contre le massacre des émeutiers carcéraux de la prison d'Attica State (chanson du même nom), des taulards qui se révoltèrent et furent réprimés dans la violence par la police. Dans une autre (Angela), Yoko et John demandent la libération d'Angela Davis, une activiste du mouvement Black Power qui fut incarcérée pour ses faits d'armes ; dans une autre, qui partage son titre et son sujet avec la fameuse chanson Sunday Bloody Sunday de U2 qui sera faite 11 ans plus tard, Lennon (et Yoko dans un insupportable refrain) parle du massacre, par la police britannique, des manifestants pacifistes nord-irlandais à Londonderry, le fameux Bloody Sunday, manifestation réprimée dans la violence, aussi. Le single issu de l'album parle des mauvais traitements infligés aux femmes dans le monde, We're All Water (de Yoko) explique que nous sommes tous pareils malgré certains puissants tels que Mao ou Nixon, clairement des ordures (la photo truquée de la pochette montrant les deux hommes nus en train de danser d'une manière tribale sera source d'un tel scandale que les pochettes seront, sur cette photo, obstruées par un sticker inamovible, parfois)...

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Verso de pochette

Ces chansons ne sont pas toutes à jeter (c'est le cas de We're All Water, insupportable ; de John Sinclair, énervante ; de Sunday Bloody Sunday à cause de son refrain à fuir - la voix de Yoko, putain... ; de Sisters, O Sisters, assez saoûlante, et signée Yoko), mais entre la production over the top de Phil Spector, les interventions de Yoko (qui chante cependant bien sur Angela et Born In A Prison, et n'intervient pas sur toutes les chansons de la partie Lennon, heureusement) et le côté terriblement daté des textes (qui a envie, aujourd'hui, d'entendre quelqu'un glapir qu'il faut libérer des gens libérés de taule depuis déjà pas mal d'années, ou d'entendre quelqu'un gueuler sur une émeute carcérale violemment réprimée, et dont pas mal de monde ignore sans doute l'existence 30 ans après les faits ?), plus ce disque live insupportable dans sa grande majorité, Some Time In New York City ne vaut pas grand chose. On peut et doit sauver Woman Is The Nigger Of The World, New York City, Angela (très belle), à la rigueur The Luck Of The Irish (et encore), et la pochette en forme de journal, avec les paroles, toutes illustrées, en guise d'articles (et deux-trois détails piquants et rigolos disséminés dans les crédits). Enregistré avec un groupe méconnu (et gagnant à le rester...) du nom d'Elephant's Memory, et avec aussi le batteur Jim Keltner, cet album, dans ses premières versions CD, ne contenait pas le dernier titre du live, , qui a été depuis rajouté pour la version remastérisée de 2010, j'ignore pourquoi il avait été retiré des précédentes éditions. La seule chose positive à dire au sujet de ce rajout tardif est qu'il fait enfin profiter les gens, en CD, de l'ensemble de l'album sorti en 1972, mais le moins que l'on puisse dire, c'est que ça n'améliore pas l'ensemble. Bref, pour finir, bide monstrueux à sa sortie, album incompris de la presse et des fans, et bide aussi pour le single (qui est pourtant une excellente chanson), Some Time In New York City n'est à conseiller qu'aux fans de Lennon, afin qu'ils complètent leur collection, mais à part ça, c'est vraiment très, très mineur. Dommage, d'ailleurs, qu'il ne soit pas un disque simple avec juste l'album studio ; l'album serait toujours médiocre, mais moins que la version existante. Je n'écoute pour ainsi dire jamais le disque live, et quant au disque studio, je l'écoute déjà rarement, pour vous dire...

FACE A

Woman Is The Nigger Of The World

Sisters, O Sisters

Attica State

Born In A Prison

New York City

FACE B

Sunday Bloody Sunday

The Luck Of The Irish

John Sinclair

Angela

We're All Water

FACE C

Cold Turkey

Don't Worry Kyoko

FACE D

Well (Baby Please Don't Go)

Jamrag

Scumbag