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 Dans la discographie de John Lennon, ce disque a tout de l'OVNI, ou plutôt, de l'OMNI (Objet Musical Non Identifié). Pensez-donc, un disque de reprises, que de reprises. Excercice périlleux et bien souvent apparenté, dans l'esprit collectif, à une baisse de niveau, à une preuve de fainéantise et de perte d'inspiration ; et généralement, les albums de reprise (à quelques exceptions près comme Twelve de Patti Smith) ne sont pas super bien accueillis par la presse à leur sortie. On leur reproche justement ce que je viens de dire : perte d'inspiration probable de l'artiste ou du groupe ayant livré le disque, bla-bla-bla, gna-gna-gna. Bowie en a pris plein la gueule avec son Pin Ups en 1973, les Guns'n'Roses ne se sont sans doute jamais remis des critiques dûes à leur The Spaghetti Incident ? en 1993, Et l'une des principales raisons des critiques concernant le premier album solo de Ringo Starr (Sentimental Journey, 1970, premier opus solo d'un ex-Beatles en cette année où tous en ont fait un et où les Beatles se sont séparés) est que l'album est un disque de reprises, justement (bon, OK, c'est aussi parce qu'il est moyen, d'accord). Alors quand un mec aussi populaire (plus que le Christ, comme il le pensait autrefois de son groupe ?) et important, musicalement parlant, que John Lennon sort un disque de reprises de chansons de rock'n'roll, les critiques pleuvent : perte de niveau, un grand pas en arrière, gna-gna-gna, bla-bla-bla. L'album, sorti en 1975, s'appelle connement Rock'n'Roll, et si on excepte la compilation Shaved Fish sorti un peu plus tard dans l'année, ça sera le dernier album de Lennon pour une période de 5 ans, 5 ans pendant lesquels ils passera le plus clair de son temps à vivre en paix, dans son appartement du Dakota Building de New York, avec Yoko et leur gosse Sean. Avant qu'en 1980, l'envie lui reprenne de refaire un disque, en l'occurrence Double Fantasy (en duo avec Yoko), et que, quelques semaines après la sortie du disque, un enculé malade mental du nom de Mark Chap-trucmuche (mérite pas qu'on donne son nom en entier, ce mec) ne décide que le temps terrestre de Lennon était fini.

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Rock'n'Roll a eu une gestation totalement étonnante, et, aussi con que ça puisse paraître vu qu'il s'agit d'un album de reprises, longue (je dis ça, parce qu'un disque de reprise est bien souvent rapide à faire, normal : les chanson existent déjà, suffit juste de les enregistrer). Il a été enregistré pendant la fameuse et, pour John, douloureuse période du lost weekend, 18 mois (fin 1973, tout 1974) pendant lesquels Lennon, temporairement séparé de Yoko, est parti s'exiler à Los Angeles (avec May Pang, assistante du couple, et petite amie temporaire d'un Lennon totalement paumé), où, entre beuveries diverses avec des gugusses tels que Keith Moon ou Harry Nilsson, il accouchera de deux albums : Walls & Bridges (1974) et Rock'n'Roll, dont la gestation a démarré avant celle de Walls & Bridges. A la base, Lennon voulait, pour Rock'n'Roll, mettre en pochette de vieux dessins qu'il avait faits gosse, mais il changera d'avis, et les dessins orneront la pochette de l'autre album. Pour Rock'n'Roll, il décidera au finish de mettre une photo de lui, au début des années 60, prise devant l'entrée d'un club de Hambourg, en Allemagne (les personnes floues sont notamment Paul McCartney, George Harrison et Stuart Sutcliffe, et l'album, au départ, devait s'appeler Oldies But Mouldies, avant que Lennon ne voie le design en forme de néon qu'un artiste avait fait pour lui, et disant John Lennon Rock'n'Roll. Trouvant le néon superbe, Lennon changera le titre de l'album pour l'occasion. Lennon a commencé à travailler sur le disque en 1973, époque où, en plus du lost weekend qui s'annonçait, il était déjà dans une impasse musicale : Some Time In New York City, en 1972 a bidé quelque chose de grave, et Mind Games, sorti en 1973, juste avant qu'il ne s'exile sur son île d'Elbe personnelle que sera L.A., ne marchera pas fort. Il a besoin de succès commercial. Il a besoin de se renflouer. Un incident juridique consécutif à Come Together (il y plaigiait ouvertement le You Can't Catch Me de Chuck Berry : Here comes old flattop...) l'entraînera quasiment, pour se faire pardonner, à enregistrer Rock'n'Roll. Un disque de commande, quasiment obligé par voie de justice, dans un sens ! Enfin, c'est tellement tordu, complexe, que mieux vaut ne pas entrer dans les détails...

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Album non officiel proposant les mêmes titres, non mixés, sorti en 1975 aussi. Un collector absolu...

Ce disque, sincèrement, ne m'a jamais paru extraordinaire. Ma première chronique de Rock'n'Roll était même franchement négative, j'avais classé le disque dans les ratages musicaux. J'avais sans aucun doute été trop sévère, le disque n'étant pas mauvais, mais voilà, je ne l'aimais pas du tout. La vieille copie K7 (je n'ai acheté l'album en CD, édition remastérisée 2010, qu'en 2012 ; avant ça, c'était une vieille copie K7 d'un CD emprunté en bibliothèque) ne passait pas beaucoup, je n'arrivais pas à apprécier le disque, à comprendre pourquoi Lennon en était arrivé à faire ça, un an après avoir pondu, sur Walls & Bridges, des chansons aussi mémorables que Scared, #9 Dream ou Steel & Glass. Ca pouvait pas être le même mec, ¡ no es posible ! Mais si. Si si. Après avoir appris toute l'histoire (dans les grandes largeurs...) de l'album, et après l'avoir acheté en remastérisé, avec un meilleur son, j'ai finalement appris à apprécier le disque. Attention, je ne l'adore pas non plus, hein, je ne vais pas me marier avec lui. Mais je ne classe plus le disque dans les ratages, juste dans le rock, et s'il ne sera jamais mon préféré de Lennon ni mon album de reprises préféré, c'est vrai que l'album est quand même pas mal dansson genre. Certaines des reprises (Stand By Me, You Can't Catch Me, Ain't That A Shame, Bony Moronie, Just Because) sont vraiment bonnes. A noter que Walls & Bridges aussi proposait une reprise de Ya Ya (de Lee Dorsey), mais pas la même, elle était plus courte (1 minute) et jouée par Lennon et Julian (son fils) à la percussion, un petit délire entre papa et fiston. Dans l'ensemble, ce disque court (13 titres, 40 minutes) est pas mal, pas extraordinaire, pas essentiel, mais pas mal. A noter (voir illustration ci-dessus) qu'un album tout sauf officiel est sorti en 1975, peu avant le vrai album, proposant les mêmes titres, non mixés (et dans un autre ordre), un disque à la pochette jaune et hideuse devenu, depuis, un collector absolu beatlesien : John Lennon Sings The Great Rock'n'Roll Hits - Roots. Quelques mois plus tard sortait le vrai Rock'n'Roll. J'imagine qu'on reconnaît un vrai fan absolu et complétiste acharné des Beatles à la possession d'un pareil trésor, même douteux...

FACE A

Be-Bop-A-Lula

Stand By Me

Medley : Rip It Up/Readdy Teddy

You Can't Catch Me

Ain't That A Shame

Do You Wanna Dance ?

Sweet Little Sixteen

FACE B

Slippin' And Slidin'

Peggy Sue

Medley : Bring It On Home/Send Me Some Lovin'

Bony Moronie

Ya Ya

Just Because