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George Harrison ? Je ne sais pas pour vous, mais moi, j'avais vraiment envie d'en reparler, du quiet Beatle, et ça va sûrement en surprendre plus d'un que ce soit via cet album, parce que ce n'est pas son album le plus facile à chroniquer, ni un album très très bien vu en règle générale. Oui mais voilà, j'assume pleinement, Dark Horse est sans aucun doute mon préféré de tous les albums solo de l'ex Beatles.

Relisez bien cette phrase précédente, au besoin recopiez-la dans un carnet, ou prenez votre écran d'ordinateur en photo, parce que vous ne la lirez pas souvent ailleurs, que ce soit sur le Net ou dans un article de magazine ou un livre consacré au sujet. 

Dark Horse a tout du disque qui n'a pas eu de bol dans la vie, et quand je dis pas de bol, je veux dire pas de putain de putain de bol. Comment dire ? Hari cumule, sur cet album. ennuis personnels qui le minent et lui foutent le moral à zéro ; fatigue qui entraîne une légère perte d'inspiration ; problèmes de santé qui vont en partie ruiner le disque ; tournée américaine calamiteuse qui sera très mal accueillie (il n'en fera plus, dès lors, de concerts, jusqu'à 1990 ou 1991, mis à part quelques apparitions) ; prosélytisme qui devient gênant pour beaucoup de monde (converti à l'hindouïsme, il en parlait, alors, beaucoup) ; et pour couronner le tout, son précédent opus, Living In The Material World (1973), pour réussi qu'il est (mais un peu trop chargé en mysticisme religieux), fut certes un succès commercial, mais sera quasiment assassiné par la presse, qui avait encensé All Things Must Pass en 1970. Pas mal pour un seul homme, hein ? En fait, pour Harrison, en 1974, c'était trop. Pensez-donc : sa femme Patti le quitte pour aller vivre le grand amour avec son amant (qui était son amant depuis quelques années, d'ailleurs), Eric Clapton, lequel n'est autre qu'un des meilleurs amis d'Harrison. C'est en pensant à Patti que Clappy avait, dans un brouillard d'héroïne, en 1970, écrit Layla, basé sur un conte perse. C'est sur cet amour impossible qu'il avait basé une grande partie de son double album Layla And Other Assorted Love Songs, en fait. 

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On imagine bien que George n'a pas super bien pris la chose, et de fait, il y aura une brouille de quelques années. En 1979, Clapton fera son apparition sur l'album sans titre de Harrison, les deux seront réconciliés. Au passage, le couple que Patti et George ont formé durera plus longtemps que celui que Patti et Clapton ont par la suite formé, hin hin hin... Harrison replonge dans ses vieux démons (alccol, drogue), avant de retrouver l'amour, en 1974, en la personne d'Olivia Arias, une employée de son label discogaphique, Dark Horse Records (sur lequel, pour des histoires de contrat avec Apple, Hari n'enregistrera pas avant 1976, mais il sortira des disques d'autres groupes, comme Splinter). Olivia, qu'il épousera par la suite, qui lui fera un fils, qui sera sa veuve. Au moment de la sortie de l'album, c'est fait, il l'a rencontrée, son regard orne un des deux labels de face de l'album (celui de George sur l'autre). Au moment d'enregistrer le disque, Hari ne va pas encore super bien, il est miné par la contrariété (Bye Bye Love, version détournée du standard des Everly Brothers, se paie le costard de Clapton et Patti, les notes de pochette aussi). Il est miné, aussi et surtout, par un souci de santé : une laryngite bien sévère qui transforme minablement la voix du quiet Beatle. Une moitié de l'album est concernée par ce qui, en anglais, forme un jeu de mots sur le titre de l'album : dark hoarse ('sombre enrouement'). Alors en répétitions, à Los Angeles, pour sa tournée de novembre/décembre avec Ravi Shankar, Hari s'est niqué la voix, et la fatigue et les soucis ont dû aider. Il n'a pas refait les morceaux touchés, par faute de temps. Ou par manque de motivation. Ou par connerie, aussi.

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C'est ainsi que Simply Shady, le morceau-titre, Ding Dong, Ding Dong (et la face B de single I Don't Care Anymore, absente de l'album et c'est dommage) et Bye Bye Love sont ruinés par cette voix qui fait mal aux oreilles. C'est d'autant plus dommage que dans l'ensemble, ces morceaux sont très réussis (bon, OK, Ding Dong, Ding Dong, chanson de Noël qui floppera dans les charts, n'est pas transcendante, et Bye Bye Love ne vaut pas l'originale). Que dire face à Simply Shady ? Le reste de l'album est, vocalement, meilleur, on entend Hari chanter avec sa voix classique, si frêle et magique, sur Far East Man, morceau co-écrit avec Ron Wood, qui l'enregistrera la même année sur son premier opus solo, ou bien sur So Sad, sans doute la plus belle de l'album. Album qui s'ouvre sur un instrumental, Hari's On Tour (Express), enregistré avec le L.A. Express de Tom Scott, un groupe de jazz-rock qui accompagnera, la même année, Joni Mitchell. Etonnant, d'ouvrir un album sur un instrumental, c'est une des choses qui seront reprochées à Harrison, d'ailleurs (excellent instrumental qui ouvrira ses concerts de la tournée, par ailleurs). Parce que des reproches, bordel, il en a eu, Dark Horse. On qualifiera la pochette d'abominable, avec cette photo de classe modifiée sur fond de lotus hindouïste, avec un Babaji en surplomb, au recto, et cette photo d'un Hari bien chevelu, l'air morne, avachi sur un banc dans le jardin de sa propriété de Friar Park (Angleterre - là où il a enregistré une partie de l'album et où il fera les suivants, sauf le suivant direct) au verso, ou bien cette photo de l'intérieur de pochette le montrant se promenant, avec Peter Sellers, dans son jardin, photo encadrée d'indications sur comment bien entretenir ses espaces verts... L'album se fera aligner contre le mur pour cette pochette peu réussie (mais que je ne me résouds pas à détester), pour cette production américanisée un peu passe-partout, pour cette voix flinguée... Au final, la voix niquée mis à part, le seul défaut apparent, je trouve, de ce disque mal-aimé, c'est sa dernière chanson, It Is "He" (Jai Sri Krishna), chanson répétitive, niaise et peu réussie (c'est peu dire) sur Krishna, dernière tentative de prosélytisme d'un Hari qui, par la suite, comprendra qu'il vaut mieux éviter de trop parler de religion dans ses chansons (comme en plus, Ravi Shankar participait copieusement aux concerts de la tournée 74, et que tout le monde n'est pas réceptif au raga, ça faisait une raison de plus de critiquer Hari à l'époque)...

FACE A

Hari's On Tour (Express)

Simply Shady

So Sad

Bye Bye, Love

Maya Love

FACE B

Ding Dong, Ding Dong

Dark Horse

Far East Man

It Is "He" (Jai Sri Krishna)