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Il n'est vraiment pas exclu qu'on ne reparle pas, brièvement, du Velvet Underground d'ici quelques jours, mais en attendant, j'avais envie de reparler, brièvement là aussi, de Lou Reed. Ce n'est ni l'anniversaire de sa naissance (mars 1942) ni celle de sa mort (octobre 2013), mais est-ce qu'il faut une raison particulière pour parler de Lou Reed, aussi ? Non, hein ? Cet album-ci, j'en avais parlé ici il y à longtemps, avant la mort de Lou, bien avant, à une époque où tout le monde s'était à peu près mis d'accord sur le fait que comme Bowie, Dylan, Keith et Iggy, Lou est absolument immortel et qu'il ne mourra donc jamais. Bon, pour deux de cette énumération, on l'a un peu dans le cul, je vous l'accorde, et c'est dramatique. La mort de Lou Reed en 2013 fut dure, pour un fan comme moi (mais pas autant que celle de Bowie en 2017, vraiment pas autant). Lou n'a pas fait que des chef d'oeuvres, dans sa carrière solo (à deux exceptions près, et encore, en fait à une exception près - ce disque -, ses années 80 furent dramatiques), mais quandil le voulait, quand il se lâchait, il était incroyable. Cet album est, comme vous l'avez compris vu la précédente phrase, le miracle des années 80, le concernant. Pas mal des grands artistes ou groupes des années 60/70 qui étaient encore là dans les années 80 ont morflé durant cette décennie : Neil Young, Stones, Bowie, Dylan, Clapton, Who (pour eux, c'est bien fait dans la gueule, fallait pas continuer après la mort de leur dynamo de batteur), McCartney... Même Miles Davis ! Et Lou Reed, donc. Des albums minables enregistrés entre deux pubs ridicules pour Honda, des albums tels que Legendary Hearts, Mistrial, New Sensations... Mais, en 1989, c'est le miracle.

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New York. "Film pour les oreilles", comme précisé par Lou sur les notes de pochette, ce disque est généreux, 58 minutes (14 titres), et il raconte une histoire, histoire qui se passe à New York (saaaaans déconneeeeeeeer, Sherlock...), mais j'avoue ne pas l'avoir bien saisie. En fait d'histoire, ce sont plutôt 14 petites historiettes, dans cet album qui cite allègrement plusieurs personnalités bien connues aussi bien à l'époque que depuis toujours : ça va de la Vierge et Buddha à Donald Trump, Rudy Giuliani, Jesse Jackson, Jimi Hendrix et Jimmy Swaggart le télévangéliste controversé. Moyennement produit (disons que l'album, jusqu'à une réédition collector en 2020, nécessitait sérieusement d'être remastérisé, le son est un peu plat sur le vinyle original et les anciennes éditions CD de chez Sire Records...), l'album n'est, en revanche, absolument pas moyennement interprété par un Lou en très grande forme, aussi bien pour les textes et mélodies (il signe tout tout seul ici) que pour sa voix. Il est entouré de notamment Mike Rathke (guitare ; Lou en joue aussi, évidemment), Fred Maher (batterie, basse sur deux titres, producteur, avec Lou, de l'album), Rob Wasserman (basse) et de deux invités de choix : Dion Di Mucci, alias Dion, fameux chanteur des années 60/70, aux choeurs sur un titre (Dirty Blvd.) et Maureen "Moe" Tucker, batteuse du Velvet, aux percussions sur deux titres. 

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Considéré à sa sortie comme son meilleur album en 10 ans, et comme un de ses plus réussis, New York, qui sera suivi deux ans plus tard d'un Magic And Loss pour moi encore plus réussi (et entre les deux, Songs For Drella, fait avec John Cale, en hommage à Warhol), est en effet un grand album, rempli de chansons mémorables, Romeo Had Juliette, Dirty Blvd., Beginning Of A Great Adventure, Last Great American Whale, Strawman ou There Is No Time. Enonçant ses textes (généreux, et heureusement imprimés dans le livret) plus qu'il ne les chante, Lou, qui encourage l'auditeur à se plonger dans cet album, d'une traite, dans l'ordre, sans pause, comme on lirait un livre ou regarderait un film, est en état de grâce. Album que j'ai, autrefois, découvert de la plus curieuse des manières (en lisant une des nouvelles du recueil de Stephen King Rêves Et Cauchemars, "Un Groupe D'Enfer", dans laquelle l'album est nommé à deux-trois reprises !), New York ne m'a déçu qu'une fois, au cours de la première écoute. Je connaissais déjà Lou Reed, mais via ses albums 70 (le plus récent que je connaissais de lui était The Bells, 1979) et le Velvet. Je ne connaissais rien d'après 1979. Je ne m'attendais pas à un album aussi verbeux et quasi totalement en talk-over plus qu'en chant traditionnel, et puis, je trouvais le disque un peu long. Mais je suis finalement entré dedans assez facilement, et depuis, sans l'écouter très souvent, c'est un de mes préférés de lui. 

FACE A

Romeo Had Juliette

Halloween Parade

Dirty Blvd.

Endless Cycle

There Is No Time

Last Great American Whale

Beginnng Of A Great Adventure

FACE B

Busload Of Faith

Sick Of You

Hold On

Good Evening Mr Waldheim

Xmas In February

Strawman

Dime Store Mystery