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Mort en 1975 d'une overdose, le papounet de Jeff Buckley, j'ai nommé Tim, n'aura pas eu une carrière comme les autres. Et pas la carrière qu'il méritait. Non pas que ses albums soient ratés, oh que non... mais aucun n'a connu le succès, il faut dire que certains d'entre eux sont assez peu commerciaux, ceci explique cela (de plus, en France, il faudra attendre plusieurs années pour que ses albums soient correctement distribués). Si on met de côté son ultime album Look At The Fool (1974), qui est bien raté comme il faut, les albums de Buckley, il en a fait neuf, tous des albums studio (Dream Letter, immense album live, ne sortira que bien des années après, de manière posthume et archivale), sont hautement recommandés, certains sont même absolument essentiels : Goodbye And Hello (1967), Happy/Sad (1968), Blue Afternoon et Starsailor (1969). Le reste est d'un niveau exemplaire quand même (son premier opus éponyme, de 1966, n'est pas parfait, mais déjà, on y sent sa patte bien particulière - une voix ahurissante, des textes sublimes), même s'il faut s'accrocher pour Lorca (1969) et Starsailor. En 1972, échaudé par l'échec commercial de Lorca et Starsailor, et déjà bien miné par une addiction à l'héroïne, Buckley Sr va virer de bord. Finie la folk un peu expérimentale et avant-gardiste, place à de la folk sexuelle et rock, funky et soul, avec Greetings From L.A., un excellent album (Sweet Surrender est inoubliable) sorti sous une pochette proposant, en prédécoupage, une vraie carte postale avec les crédits de l'album au dos. L'album se vendra plutôt bien, sans pour autant péter les scores. L'année suivante, Buckley récidive avec ce que l'on peut considérer comme le second volet de sa trilogie funky, sa trilogie finale car il s'agit effectivement de ses trois derniers opus. Ce deuxième volet, que je réaborde aujourd'hui pour célébrer le fait que je me le suis chopé en vinyle d'époque (pressage ricain de chez Discreet Records, label appartenant à Zappa), c'est Sefronia.

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Verso de pochette, pas une photo perso même si j'ai le même pressage

Sefronia est un disque souvent mal-aimé, des fans de Tim Buckley comme des amateurs en folk-rock. Oui, soyons clair, ce n'est pas un grand album, et certainement pas un grand cru de Buckley. Mais ce n'est pas un disque raté comme le sera Look At The Fool. Celui-là, pardon, mais il pue de la gueule, vraiment. On sentait vraiment un Buckley en fin de ligne (d'héroïne) dessus, vocalement en-dessous de tout, musicalement encore plus crasseux qu'une fosse septique qui déborde (si vous mangez en lisant ça, vu l'heure de publication de l'article, bon appétit). Même sur la pochette dessinée qui le représentait devant une étendue d'eau, il semblait perdu. La pochette de Sefronia, elle, m'a toujours fait marrer, rapport à l'expression style j'accepte qu'on me fasse chier parfois, mais en tout cas pas aujourd'hui qu'il affiche sur sa bouille de junkie. Le tout dans un cadre ouvragé sur fond rouge (au dos, il est nettement plus affable, bras ouverts sur une chemise outrancièrement moche, et sourire sur la tronche, l'air de dire aujourd'hui, par contre, tu peux me faire chier sans problème). Le contenu de l'album, morceaux originaux et reprises, fonctionne selon le même principe que les 7 titres de Greetings From L.A., c'est de la folk teintée de soul et de funk (attention, c'est pas du Funkadelic non plus, hein), avec un Tim qui, vocalement, va encore à peu près bien, même si on sent une possible fin de parcours. On ne peut pas se dauber à l'héroïne comme le premier Keith Richards venu et continuer de bien chanter, hein. Ici, clairement, la voix de Buckley n'est plus le moteur principal. Les arrangements sont franchement pas mal, parfois un peu lourds ou sirupeux, mais rien de grave.

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Les chansons sont la plupart du temps excellentes. On a des reprises : Martha (de Tom Waits), Dolphins (de Fred Neil), Sally Go 'Round The Roses (des Jaynetts, un girl group des années 60) et des morceaux originaux, écrits par Buckley et son acolyte de toujours Larry Beckett : Honey Man, Stone In Love, lesquelles ne sont pas les meilleures de l'opus, Quicksand qui n'a évidemment rien à voir avec la chanson de Bowie plus vieille de deux ans, et les deux parties du morceau-titre : Sefronia : After Asklepiades, After Kafka et Sefronia : The King's Chain. Rien, ici, si on met de côté un mémorable Dolphins, n'est du niveau du meilleur de Buckley, rien n'égalise I Must Have Been Blind, Morning Glory, Dream Letter ou Song To The Siren. Difficile à trouver en CD au même titre que Blue Afternoon, Starsailor et Look At The Fool (essentiellement pour des histoires de droits, les albums ayant été distribués sur des labels qui n'existent plus, et ne peuvent donc être réédités en CD comme les albums Elektra ou Warner de Buckley ; Buckley a passé sa carrière à jongler entre divers labels), et bien évidemment non réédité en vinyle ou alors à très peu d'exemplaires, Sefronia est un opus mineur du folkeux californien, c'est clair. On ne saurait le hausser au niveau des meilleurs albums du genre, et s'il est infiniment supérieur au suivant et dernier de Buckley, il n'en demeure pas moins son deuxième album le moins réussi, loin derrière le premier opus éponyme. Buckley commençait sérieusement à dériver au moment d'enregistrer (aux studios Paramount Recordings de Los Angeles et au Record Plant de New York, essentiellement) cet album, lequel, de plus est d'un style musical qui n'est pas vraiment la spécialité de Buckley et des musiciens (Lee Underwood...) qui l'accompagnent. Un album curieux, plaisant mais mineur, qu'on ne peut comparer qu'avec les deux qui le sandwichent dans la discographie de Tim Buckley. 

FACE A

Dolphins

Honey Man

Because Of You

Peanut Man

Martha

FACE B

Quicksand

I Know I'd Recognize Your Face

Stone In Love

Sefronia : After Asklepiades, After Kafka

Sefronia : The King's Chain

Sally, Go 'Round The Roses