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Neil Young et Stephen Stills se connaissent depuis des décennies, depuis 1965/1966, période de formation de Buffalo Springfield, leur premier groupe important. Tous deux étaient à la guitare et au chant, selon les morceaux. Après le deuxième opus du groupe (le sublime Buffalo Springfield Again de 1967), Neil se barre, et se lance en solo en 1968 avec un album éponyme pas parfait, mais tout de même rempli de grands morceaux. Stills, lui, à la séparation du groupe, participera à diverses sessions en tant que musicien de studio, s'étant notamment illustré sur la face B de Super Session en 1968, avant de créer l'année suivante un supergroupe avec David Crosby (viré des Byrds) et le Britannique Graham Nash (parti des Hollies) : Crosby, Stills & Nash. Qui s'associeront à Neil Young le temps de quelques concerts majestueux en 1969/1970, et d'un album collectif (Déjà-Vu) lui aussi en 1970. Séparation du supergroupe quatuor en 1971. Reformation en 1974 pour une tournée qui sera la source de diverses engueulades épiques (Neil et Stills ayant, notamment, leurs petits caractères) et tuera dans l'oeuf un projet d'album studio collectif. Neil retourne à ses albums, les autres aussi (Crosby aura sorti un disque solo en 1971, un en collaboration avec Nash à peu près à la même époque, Stills aura sorti deux albums studio solo plus les deux de son projet Manassas, mais en 1974, sa carrière stagne). Mais, en 1976, coup de théâtre, Neil et Stills décident de faire un album entier à eux deux. L'album sortira sous le nom de The Stills-Young Band (un jeu de mots sur still young : 'toujours jeune' et leurs noms, évidemment) et une pochette montrant un dessin représentant un troupeau de bisons ('buffalo' en anglais) dans un stampede effrené. Le titre de l'album ? Long May You Run. Un album enregistré dans des condition probablement délicates (tensions entre les deux ex-Buffalo, drogue et alcool, problèmes d'égo, etc), ce qui se ressent peut-être un peu en l'écoutant. 

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Verso de pochette vinyle

39 minutes partagées à peu près équitablement entre Neil et Stephen. En fait, si Neil a droit à plus de chansons que Stills (qui n'en écrit et chante que quatre), on a le même timing pour les deux fortes têtes, à une minute près (et oui, Neil chante sur 20 minutes, et Stills, 19 minutes, au total). On a ausi une alternance Neil/Stills, alternance pas vraiment respectée car chaque face s'ouvre sur un titre du Loner. Le morceau-titre est le plus connu, de loin, c'est même le seul titre connu de l'album. Une ode sublime, aérienne et apaisante à la première...voiture de Neil Young une Buick Roadmaster de 1948 que Neil perdra (la voiture ayant rendu l'âme après des années de bons et loyaux services) en 1965 après que sa courroie de transmission ait pété (fin de la digression garagiste). Apparemment, le Loner y tenait grave à sa tuture, pour en avoir fait une ode en chanson ! Une bien belle chanson que le Loner chantera notamment en 2010 au cours  de la cérémonie de clôture des J.O. d'hiver de Vancouver (rappelons la nationalité canadienne de l'artiste). Qu'est-ce que je fais, je parle des autres chansons de Neil tout de suite, avant de parler de celles de Stills, ou je parle de l'album dans sa continuité ? J'attends. Bon, d'accord, je parle d'abord des chansons de Neil. Alors on a ensuite Midnight On The Bay, belle petite chanson au parfum doux-amer, sublimement chantée par un Neil tout en douceur. Ocean Girl, qui achève la face A, est selon moi la chanson la moins percutante de celles que Neil chante ici (et même de l'album entier, en fait), un chanson heureusement courte (un peu plus de 3 minutes) car je la trouve un peu lassante, mais bon, c'est pas mauvais non plus. Let It Shine, qui suit directement en tant qu'ouverture de la face B, est une chanson au rythme enlevé, country/folk, rien de révolutionnaire, mais elle aurait très bien pu se trouver sur Harvest ou le futur Comes A Time sans problème. Enfin, Fontainebleau (prononcez 'fauntainblu' pour le prononcer comme le fait Neil !) est une bien belle chanson qui peut ou ne peut pas parler du fameux domaine royal situé dans le double-sept, en tout cas c'est une superbe petite chanson méconnue.

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Stills, de son côté, n'a que 4 chansons, qui sont dans l'ensemble plus longues que celles de Neil (les deux plus longues de l'album, en tout cas, sont signées Stills), et pas moins intéressantes. D'abord, on a Make Love To You, une géniale chanson au climat californien, pop et un peu soul en même temps (notons que les musiciens ayant participé à l'album sont quasiment tous des musikos habitués des albums de Stills, plutôt que de ceux de Neil Young : le batteur Joe Vitale, le percussionniste Joe Lala, le bassiste George Perry, l'organiste Jerry Aiello), très similaire à ce que Stills faisait à son époque sur ses albums solo. Black Coral, elle, possède un climat latino/caribéen, avec ses percussions, son rythme syncopé, c'est une chanson étonnante même si on sait que l'univers musical de Stills est plus étendu, dans un sens, que celui du Loner (du moins à l'époque ; par la suite, Neil fera des albums très féroces, quasiment de grunge avant l'heure). J'adore ce morceau. 12/8 Blues (All The Same) est un blues-rock efficace mais probablement la chanson la moins percutante  de celles de Stills, elle est toujours meilleure que le Ocean Girl de Neil, ceci dit (mais différente). Enfin, en final de l'album, le long (5,40 minutes) Guardian Angel, qui possède, comme Black Coral, une ambiance assez exotique, c'est probablement un peu longuet, mais en guise de conclusion, c'est très bon et efficace. Long May You Run est un album hybride, donc, à mi-chemin entre la folk un peu countrysante du Loner et la pop/rock californienne teinté d'exotisme et de soul de Stills. Produit par les deux zigotos, mais aussi par Don Gehman et Tom Dowd, enregistré aux Criteria Sound Studios de Miami (là où fut notamment enregistré le mémorable Layla And Other Assorted Love Songs de Derek & The Dominoes en 1970, Hotel California des Eagles en 1976, Rumours de Fleetwood Mac en 1977, du moins en partie, pour les deux derniers cités), l'album possède donc deux sonorités différentes, qui s'entrecroisent, de morceau en morceau, ce qui pourrait le rendre bâtard et inégal. De fait, l'album est globalement mal considéré, vu comme mineur, secondaire, presque à oublier. Je ne pense franchement pas que ça soit le cas, et en tout cas, c'est un de mes albums préférés du Loner, oui oui, moi qui adore ce mec même s'il me déçoit souvent (et depuis quelques années, trop souvent) avec des albums soit mal foutus (Fork In The Road), soit trop chelous (le live Earth). Cet unique album de collaboration avec son frère ennemi Stills, avec qui il partage une relation amitié/haine, est vraiment à écouter, il recèle de très grands moments, même si seule sa chanson-titre reste connue de tous au final !

FACE A

Long May You Run

Make Love To You

Midnight On The Bay

Black Coral

Ocean Girl

FACE B

Let It Shine

12/8 Blues (All The Same)

Fontainebleau

Guardian Angel