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Un peu de Jeff Beck, les gars ? Très bien, alors, vous aurez droit à une double ration. Deux albums assez différents, un studio et un live, un déjà abordé (celui-ci) dont je refais la chronique et un (le suivant, dans quelques jours) que j'aborderai ici pour la première fois. Jeff Beck, j'en ai reparlé il y à quelques mois, est un brillant, très brillant même, guitariste britannique ayant fait partie des Yardbirds, il y à remplacé  Eric Clapton. Beck est un des fondateurs du hard-rock et du style guitar-hero, on peut le dire. Le mec est musicalement assez génial, mais son caractère un peu difficile et des choix de carrière malheureux l'ont, au final, empêché (malgré que certains de ses albums se soient bien vendus) de devenir aussi hype, aussi cartonneur que Clapton, pour ne citer que lui. Beck a quitté les Yardbirds en 1968, l'arrivée de  Jimmy Page dans le groupe a entraîné une gué-guerre d'égo, entre autres soucis. Il a fondé son propre groupe, le Jeff Beck Group, en 1968, avec un certain Ron Wood à la basse, un certain Rod Stewart au chant (et un batteur du nom de Micky Waller). Un premier album remarquable, Truth (John Paul Jones, futur Led Zeppelin, joue de l'orgue Hammod sur deux morceaux). Peu de temps après, Led Zeppelin se forme, on connait l'histoire. En 1969, pour essayer de concurrencer ce groupe, Beck et son Group enregistrent Beck-Ola, un disque monstrueux, immense, incendiaire...qui ne se vendra pas trop. Ils devaient participer à Woodstock, des bizarres concours de circonstances le en empêcheront. Rod et Ron partent, vers les Faces (Ron, de bassiste, passe à la guitare). Le JBG explose. Beck est carbonisé.

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En 1971, il sort Rough And Ready, troisième album du Jeff Beck Group, mais une nouvelle mouture, avec Clive Chaman à la basse, Cozy Powell à la batterie, Bobby Tench au chant et Max Middleton aux claviers (Beck à la guitare, évidemment, mais pourquoi je le précise ?). L'album, assez imprégné de jazz-rock parfois, ne se vendra pas des masses, et sera moyennement accueilli par la presse. Qui semble se dire que Jeff ne parviendra sans doute jamais à se placer au niveau de Led Zeppelin, qui en  cette même année devient intouchable via leur quatrième album. Un an plus tard, cette nouvelle version du JBG, inchangée, sort un album sans titre, Jeff Beck Group donc. Pochette blanche avec plusieurs fois (en teintes différentes) la même série de photos individuelles du groupe (dans l'ordre, Tench, Middleton, Beck, Chaman, Powell) et, au centre d'une série de cadres en haut, une orange (allusion à la pochette de Beck-Ola, et son tableau d'une pomme de Magritte ?). Produit par Steve Cropper (guitariste du label de soul/blues Stax Records, membre de Booker T. & The M.G.'s, une pointure du genre), l'album offre une petite quarantaine de minutes de blues-rock serti par, il faut le dire, une excellente production. Sur les 9 titres, Beck en a signé trois à lui seul, et un autre (Sugar Cane) avec Cropper, le reste est constitué de reprises. 

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De très bonnes reprises, d'ailleurs : Tonight I'll Be Staying Here With You est une chanson de Dylan (issue de Nashville Skyline), ici transformée en modèle de blues-rock teinté de soul (le chant, vraiment excellent, de Tench), I Got To Have A Song est une chanson de Stevie Wonder, Glad All Over est un vieux standard revampé par Beck, qui est crédité parmi les auteurs...Et il y à Going Down, morceau de Don Nix, renversant, qui sera par la suite repris, en live seulement, par Deep Purple en 1975/76. Dans des versions un peu plus musclées, mais celle-ci, déjà, est un petit tour de force. Le reste de l'album est franchement pas mal du tout (Ice Cream Cakes, Definitely Maybe, Highways...). On ne peut pas dire de ce disque éponyme du Jeff Beck Group bis, le dernier sous cet intitulé (peu de temps après, Beck plaque tout, et fonde avec Tim Bogert et Carmine Appice, de Vanilla Fudge et Cactus, le supergroupe Beck Bogert & Appice, qui ne fera qu'un seul album ; enfin, deux, mais le second ne sortira jamais... ; un excellent album au passage), qu'il soit, cependant, un chef d'oeuvre de rock. C'est un honnête petit disque méconnu, un peu oublié, qui ne sera pas, encore une fois (décidément...), très bien reçu par la presse, et qui ne sera pas une vente exceptionnelle. Mais, franchement, c'est du bon boulot ; pas de l'exceptionnel, mais absolument pas honteux !

FACE A

Ice Cream Cakes

Glad All Over

Tonight I'll Be Staying Here With You

Sugar Cane

I Can't Give Back The Love I Feel For You

FACE B

Going Down

I Got To Have A Song

Highways

Definitely Maybe