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Sorti en 1972, Something/Anything? est indéniablement, avec A Wizard/A True Star, le grand chef d'oeuvre de Todd Rundgren, artiste/producteur de génie ayant commencé sa carrière avec le groupe Nazz à la fin des années 60 et ayant poursuivi sa carrière en solo, puis pendant un temps avec le groupe Utopia. Something/Anything? est son troisième album solo, son premier double-album (et dieu sait qu'il en fera, des doubles-albums!), et c'est également le disque qui va véritablement le faire décoller en flèche un peu partout. Ce disque va cartonner. Littéralement. Les synthés, ici, ont une place prépondérante, bien plus que dans les deux premiers albums, plus rustres (cependant très réussis), et la production s'améliore, d'où le succès de l'album. Rundgren entre dans une phase glam-rock des plus merveilleuses. Et ce disque, s'il n'est pas aussi taré que son successeur, est quand même déjà bien allumé tout en restant classieux. Pour ce qui est des classiques de l'album, citons évidemment le plus gros tube de Rundgren, Hello It's Me (numéro 5 aux USA! La plus belle place de Rundgren dans les charts), mais aussi I Saw The Light, Couldn't I Just Tell You ainsi que It Wouldn't Have Made Any Diffrence. Mais le reste n'est pas mal non plus. Il est même loin d'être mauvais. Il est même grandiose. Il est même colossal, naviguant entre purs délires musicaux (l'Intro de la face B, Breathless, Song Of The Viking) et douces merveilles (Cold Morning Light, The Night The Carousel Burnt Down, le sombre I Went To The Mirror, Black Maria, j'en passe...!)...

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Chaque face du disque se lit un peu comme un EP indépendant: si les faces A et C contiennent des chansons comme sur un disque tout à fait banal, la face B se démarque en proposant une Intro, un vrai délire parlé à la Rundgren, et est donc assez originale comparée aux deux faces entre lesquelles elle est prisonnière. Quant à la face D... eh bien... Ca commence par une sorte de bootleg enregistré dans le trou du cul du monde, à moins que ce ne soit qu'un pur bidouillage studio... En tout cas, cette petite intro enchaîne les reprises de deux classiques: Money (That's What I Want) et Messin' With The Kid. Et à partir de là, entre chaque chanson, on entend 30 secondes de bla-bla dans le studio d'enregistrement, et, niveau musical, ça varie entre ballades et vrai rock pur funkysé comme on l'aime. Cette face D se démarque donc complètement des autres en proposant quelque chose de fort original. Voici pour la construction de l'album. Maintenant, niveau musical... Je crois que j'ai déjà un peu tout dit: c'est titanesque. Pour les vrais chefs-d'oeuvre absolus tous chauds de l'album, citons I Saw The Light, The Night The Carousel Burnt Down, Black Maria (sûrement une des 5 plus grandes chansons de Rundgren, je ne déconne pas), Dust In The Wind, mais n'oublions pas Hello It's Me... Et ce serait un crime d'oublier Torch Song...Elles sont toutes géniales, putain!

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Vous l'aurez compris, je voue une affection toute particulière à ce disque, comme je voue une affection toute particulière au Rundgren des années 70 (parce qu'après, ça se gâte, comme pour Bowie, Lou Reed, Queen, bref, toute la scène glam-rock en général...), et, si je lui préfère quand même A Wizard/A True Star, sachez que Something/Anything? fait clairement partie des plus grands disques de l'artiste, c'est même son 2ème meilleur...

Une chose à rajouter? MO-NU-MEN-TAL!!!!!

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Chronique complémentaire de ClashDoherty :

 Koamae avait abordé ce disque vers  2010 ici, et j'avais rajouté ma chronique à la sienne (toujours ci-dessus, évidemment). N'ayant jamais été totalement satisfait d'elle (trop courte, peu détaillée, gnia gna gnia), je me suis dit, l'autre jour, refais-la. Compte tenu que j'étais en train de me réécouter l'album, justement, je me suis aussi dit que ça tombait bien. Obéissant toujours à ce que ma petite voix intérieure me dit de faire (non, j'exagère), c'est parti pour une nouvelle chronique complémentaire de ce chef d'oeuvre de Todd Rundgren portant le nom de Something/Anything ? et datant de 1972. J'ai dit chef d'oeuvre ? En même temps, il faut bien connaître son algèbre, les mecs : prenez l'équation a=(Todd Rundgren + double album) X années 70. Dans cette équation, le a, l'inconnue à trouver, c'est le mot chef d'oeuvre. Un double album de Toddy-O datant des années 70 (et en fait, un album tout court, pas seulement double), ne peut être qu'un chef d'oeuvre. Something/Anything ? dure la bagatelle de 86 minutes (pour 25 titres), ce qui fait qu'il est toujours double en CD (ce qui n'est pas le cas de l'autre double album de Todd des années 70, Todd de 1974). C'est le troisième opus solo du musicien multi-instrumentaliste et arrangeur de génie, ancien membre des Nazz et producteur, entre autres, de Meat Loaf, Patti Smith, Badfinger, XTC, New York Dolls, Grand Funk Railroad, The Band et Cheap Trick. L'album est sorti sous une pochette représentant de belles roses sur fond mauve foncé, avec une partie du titre (Something/) au recto, et, au verso, Todd assis, jambes jointes contre la poitrine, en tenue paillettée, sur fond noir, et l'autre partie du titre (Anything ?). La pochette est dépliante, et rien que pour ça, il aurait été plus convenable d'intervertir les deux parties du titre, ne serait-ce que pour les lire dans l'ordre du titre quand on déplie la pochette (parce que sinon, ça fait Anything?Something/, ahem, OK, on s'en fout, je sais, et j'arrête).

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Un des détails de la pochette intérieure

Sachant jouer à peu près très bien de tous les instruments (mais étant surtout guitariste et claviériste), Todd est crédité joueur de tous instruments sur l'album, à quelques exceptions : la face D. Sur cette dernière face, on note la participation de Mark Klingman (orgue), Randy et Michael Brecker (trompette et saxophone, respectivement), Barry Rogers (trombone), John Siomos (batterie), Rick Derringer (guitare), John Siegler (basse) sur Dust In The Wind, des mêmes musiciens (sauf Robbie Kogale à la place de Derringer et Stu Woods à la place de Siegler) sur Hello It's Me, d'Amos Garrett (guitare), Billy Mundi (batterie), Ben Keith (pedal steel guitar) et Jim Colgrove (basse) sur Piss Aaron, mais aussi, je ne vais pas continuer à détailler morceau par morceau pour cette dernière face sinon on y est encore demain et j'ai pas assez de café pour tout le monde, des frangins Hunt et Tony Sales, Jim Horn et John Kelson. Pour les trois autres faces, il joue de tout, le Toddy-O, et le moins que l'on puisse dire, c'est que ça ne se remarque pas (traduction : il joue super bien de tout, le mec). Todd est un habitué du fait (jouer de tout ou presque), de même qu'il est un habitué du remplissage d'albums : ce disque est double, et chacun de ses deux disques possède une durée somme toute banale (45 minutes maximum), mais A Wizard/A True Star, son album suivant (1973), possède 19 titres, dont un de 11 minutes, pour 56 minutes en tout ; on a aussi le premier album de son groupe de prog-rock Utopia (Todd Rundgren's Utopia, 1974) qui dure 58 minutes, pour 4 titres, dont un de 30 minutes (et le disque est simple !) et, encore plus fort, Initiation en 1975, disque simple aussi (j'insiste sur ce détail) avec une durée totale de 67 minutes (soit la durée de son double album Todd, et d'un double album vinyle assez court, mais double quand même : Exile On Main St. des Stones fait la même durée), pour 7 titres, avec 32 minutes pour la face A et, sur la face B, un seul et unique titre de 35 minutes ! A cause de ce remplissage, Todd était obligé de serrer les sillons, de compresser à donf' le son, ce qui occasionnait, forcément (et il s'en excusait sur les pochettes, et conseillait d'enregistrer l'album sur une cassette lors de la première écoute, afin de ne pas flinguer le disque et/ou la platine à force de l'écouter), une déperdition du son (ce qui a été remédié, souvent, avec les rééditions CD, mais pas toujours : si A Wizard/A True Star sonne super bien en CD, ce n'est pas le cas d'Initiation). Something/Anything ? n'est pas concerné par ça, comme je l'ai dit, car il est certes double, mais comparé aux albums suivants, ça reste très sobre et classique.

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J'aime bien l'accroche :"Allez-y, ignorez-moi - Aucun risque"

Album à la fois rock, pop et glam, parfois expérimental et parfois heavy, Something/Anything ? est un régal, même s'il n'est pas, et ne sera probablement jamais, mon chouchou de Rundgren. Mais c'est un disque qui offre de tout, et quelque part, on pourrait le comparer avec le Double Blanc des Beatles ou Songs In The Key Of Life (qui n'existait pas encore à l'époque) de Stevie Wonder, en cela qu'il est très varié, une sorte d'auberge espagnole, et aussi d'accomplissement. Une sorte de résumé de Rundgren à l'époque. Je ne sais pas combien de morceaux Rundgren a composé à l'époque, mais 25 se retrouvent ici (parmi eux, une Intro amusante et non musicale d'une minute, et un medley live à la qualité déplorable, proposant deux prestations de jeunesse de Todd avec d'anciens groupes). Au sujet ce cette Intro, elle ouvre la face B, et on y entend Todd nous parler, et nous faire découvrir, un à un, les différents bruits de nuisance que l'on peut entendre sur un disque, comme le sifflement, le bourdonnement, etc ; il nous dit ensuite que ces bruits sont cachés quelque part dans le disque, et que le jeu est de les retrouver ! Et en ce qui concerne le medley, il ouvre la face B, et s'appelle Overture - My Roots : Money (That's What I Want)/Messin' With The Kid, et propose donc deux extraits de chansons, captées live. Le son est absolument déplorable, surtout au début, on dirait que ça a été enregistré dans un autocuiseur enterré sous deux mètres de terre, avec une dalle en béton par-dessus, le tout dans une grotte mal insonorisée située à 30 mètres du concert, lequel concert aurait lieu dans un autre autocuiseur enterré dans les mêmes conditions, mais dans une autre grotte. Oui, ce n'est sûrement pas ainsi que ça a été enregistré en réalité, je l'avoue. Mais c'est pour dire que le son est vraiment pourrave ! Ce qui n'est heureusement pas le cas du reste. Et quel reste, putain ! Je ne vais pas détailler morceau par morceau, car 25 titres (13 sur le CD 1, 12 sur l'autre), c'est beaucoup ; je me souviens l'avoir fait pour les 30 titres du Double Blanc, ainsi que pour, il me semble, les deux Use Your Illusion des Guns'n'Roses (qui, ensemble, font aussi 30 titres), et ça avait pris du temps.

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Aaah, les tenues et maquillages de Todd à l'époque...glam powaaaaa !!

Mais comment parler de l'album, cependant, sans parler de ces chansons absolument quintessentielles que sont The Night The Carousel Burnt Down (et sa mélodie de limonaire, logique au vu du titre), It Wouldn't Have Made Any Difference qui ferait mouiller les culottes de toutes les teens, de Wolfman Jack qui rend hommage (il n'était cependant pas encore mort en 1972 !) au légendaire DJ du même nom (voir American Graffiti), de Black Maria et sa guitare incendiaire, du tubesque Hello It's Me qui restera à vie, probablement, la plus connue et mythique des chansons de Rundgren, ou de ce Slut final totalement jouissif (S, L , U ,T/She's maybe a slut, but she's look good to me : "S, A, L, O, P, E/C'est peut-être une salope, mais moi, je la trouve bien") ? Et il y à aussi Torch Song, Piss Aaron (sur un lycéen dégueulasse d'autrefois, qui pissait partout, chanson amusante), Dust In The Wind, I Saw The Light, I Went To The Mirror (au sujet de laquelle Todd, dans les crédits de pochette dit qu'elle est tellement cérébrale qu'elle en devient gênante !), l'instrumental Breathless... En revanche, désolé, mais je ne suis vraiment pas fan de One More Day (No Word), celle-ci m'insupporte au plus haut point, je ne sais pas pourquoi (le refrain, irritant et répétitif ? La mélodie ?), mais c'est bien la seule sur l'album. Something/Anything ? est le genre d'album sur lequel le temps n'a que peu de prise ; certes, le côté très glam/pop peut lasser, et si vous n'aimez pas le glam, d'ailleurs, assez peu de risques que l'album vous saute à la gorge et que vous lui criez toi, je t'aime, mais si vous aimez la pop bien luxuriante, bien produite, passe-partout (c'est son album le plus accessible, malgré sa longueur et quelques titres un peu expérimentaux), bien 70's, alors vous allez kiffer votre race encore plus qu'à Space Mountain quand vous l'avez fait pour la première fois. C'est un des meilleurs albums de 1972, et un des meilleurs albums de son auteur. Un des meilleurs albums de glam et de pop, aussi, même si je pense que l'album suivant, A Wizard/A True Star, va encore plus loin, plus haut, plus fort (mode [Olivier Minne] off - oui, je sais, désolé), un peu plus expérimental, mais quand même totalement glam et pop. Mais écouter du Rundgren, ou du glam, ou de la pop, sans écouter Something/Anything ? me semble difficile, voire improbable.

FACE A

I Saw The Light

It Wouldn't Have Made Any Difference

Wolfman Jack

Cold Morning Light

It Takes Two To Tango (This Is For The Girls)

Sweeter Memories

FACE B

Intro

Breathless

The Night The Carousel Burnt Down

Saving Grace

Marlene

Song Of The Viking

I Went To The Mirror

FACE C

Black Maria

One More Day (No Word)

Couldn't I Just Tell You

Torch Song

Little Red Lights

FACE D

Overture - My Roots: Money (That's What I Want) / Messin' With The Kid

Dust In The Wind

Piss Aaron

Hello It's Me

Some Folks Is Even Whiter Than Me

You Left Me Sore

Slut