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Quel nom de groupe à la con : Le Groupe (traduit en français, hein). Alias The Band. C'est vraiment un des noms de groupes les plus idiots que je connaisse avec The The (oui, ça a existé !), !!! (se prononce 'tchick tchick tchick') et ? And The Mysterians (le '?' se prononce 'question mark'). Mais heureusement, la musique du Band était tout sauf idiote. Vous connaissez The Band, hein ? Quiconque a vu le film musical The Last Waltz de Scorsese (1978) connaît ce groupe, qui n'a pas été révélé par ce film, loin de là (ce film, tourné en 1976, proposait au contraire le dernier concert donné par le groupe, qui avait, pour la peine, invité moult personnalités du rock et de  la folk à partager la scène avec eux, comme Bob Dylan, Neil Young et Eric Clapton), car ça faisait plus de 10 ans qu'ils existaient, mais ont été révélés au plus grand nombre par le biais du film et de sa magistrale bande originale en triple vinyle. Mais le groupe, canadien excepté son batteur qui était américain, a démarré, en tant que The Hawks, avec le chanteur de rock'n'roll Ronnie Hawkins, au début des années 60. Puis ils ont joué (pas forcément tous, mais certains d'entre eux) sur des albums de Bob Dylan et, en tout cas, en 1966, l'ont accompagné sur scène. Dylan a eu, en 1966, peu après Blonde On Blonde, son accident de moto qui l'a un temps éloigné de la scène, il s'est ressourcé en compagnie du Band avec qui, en 1967, dans le sous-sol d'une maison de briques roses située à West Saugerties, non loin du futur site de Woodstock (Etat de New York), il a enregistré une pléthore de chansons, reprises de traditionnels ou originaux, qui sortiront en bootleg sous le nom de Great White Wonder avant de sortir, pour 24 d'entre elles, sous la forme d'un double album officiel de 1975, The Basement Tapes (l'intégralité sortira en gros coffret il y à quelques années). Déjà, rien qu'en tant que bootleg, ces enregistrement firent le bonheur d'autres artistes (Byds, Fairport Convention...) qui y puisèrent pour leurs albums et concerts.

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Pochette dépliée (vinyle) du double album que j'aborde

Le Band (Richard Manuel au chant et claviers, batterie occasionnelle ; Garth Hudson aux claviers, accordéon et saxo occasionnels ; Rick Danko à la basse et au chant ; Jaime Robbie Robertson à la guitare et au chant ; Leon Helm, le seul Américain de ce groupe de Canadiens, à la batterie, chant, et parfois, guitare ou mandoline) se lance en solo en 1968 avec Music From Big Pink, album à la pochette peinte par Dylan et constitué en partie de morceaux composés durant les Basement Tapes Sessions. Dylan ne joue pas sur le disque, qui est un régal de folk-rock, suivi l'année suivante d'un The Band tout aussi remarquable, d'un Stage Fright également superbe en 1970 (en dépit d'une pochette hideuse) et, en 1971, d'un Cahoots un peu moins percutant, mais quand même vraiment bien. Après ces quatre albums essentiels (surtout les trois premiers), il était temps de sortir un live. Sous sa pochette mauve (la réédition vinyle récente est marron), celui-ci sortira en 1972, un double album (qui tient sur un seul CD, et la réédition propose un second CD rempli de morceaux inédits, live aussi) à la pochette étrange (la photo d'une...idole ?)  intitulé Rock Of Ages, et dont la pochette est en triple volets, voir photo ci-dessus. Ce live a été enregistré à la New York Academy Of Music du 28 au 31 décembre 1971 et contient 17 titres (18 en comptant une Introduction parlée par Robbie Robertson, longue d'une minute) pour 78 minutes bien tassées et vraiment remarquables. Si The Last Waltz, ce triple live collectif (accompagné du film musical qui propose un peu moins de trucs que l'album, au passage, bye bye Bobby Charles) sorti en 1978, est immense et essentiel, je pense que ce double live de 1972, avec The Band seul, est un des meilleurs lives du genre. Ici, le Groupe est en forme olympique et nous offre de grands moments. Ce live fut réédité en 1980 en tant que deux albums simples et la première édition CD, de 1987, compte tenu qu'à l'époque les CD avaient une capacité de contenance de 74 minutes et que le live en dure 78, fut un massacre, des morceaux furent raccourcis. Ce n'est qu'en 1990 que l'album ne sortira en CD, en version complète, sur un seul disque. En 2013, un coffret de 4 CD et d'un DVD essentiellement audio intitulé Live At The Academy Of Music 1971 : The Rock Of Ages Concerts sortira, proposant l'intégralité (ou peu s'en faut) des quatre shows ayant donné ce double live. 

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Intérieur de pochette (un des volets, une fois rabattu ; le verso de pochette est mauve sans rien dessus)

Tout ça pour dire que ce live est mythique. La setlist est remarquable (on notera que Cahoots, album très bon mais tout de même inférieur à ses glorieux trois prédécesseurs, n'est représenté que via le génial Life Is A Carnival) et fait la part belle aux deux premiers opus du groupe, via des version à tomber dans un buisson de sumac vénéneux de King Harvest (Has Surely Come), The Night They Drove Old Dixie Down (la plus belle chanson du groupe, probablement), The Weight, Across The Great Divide et Caledonia Mission. Ceci dit, Stage Fright n'est en fait pas ignoré du tout, car on trouve ici Stage Fright, The Shape I'm In, The W.S. Walcott Medicine Show, autant de grandes chansons. La face D, plus courte que les autres (17 minutes, seulement 3 titres ; mais la face C est un peu courte, aussi, avec 18 minutes et 4 titres, mais je radote, je radote), contient un assez long tunnel de claviers (de l'orgue), The Genetic Method, morceau alors inédit, joué en live et servant à introduire Chest Fever, un morceau du premier opus qui démarre par un solo de claviers de Garth Hudson. Je ne dirai pas que c'est le meilleur moment de Rock Of Ages, mais c'est un passage assurément étonnant pour un album du Band ! Après, ce solo d'orgue électrique n'est certes pas aussi épouvantable qu'une impro de Charlie Oleg sur le plateau de "Tournez Manège", mais reconnaissez qu'on part de loin avec cette comparaison foireuse, et que ce n'est cependant pas génial d'un point de vue musical, Garth Hudson fait son showcase et se fait plaisir, mais 7,48 minutes, c'est long, très long... On notera que la longue intro aux claviers, instrumentale, et Chest Fever ne datent pas du même concert. D'ailleurs, le groupe (pardon ! le Groupe) a bien puisé dans les quatre shows, même si seul Chest Fever date du 28 décembre, le reste  du live est issu des trois autres soirs. Sans doute que ce premier soir, celui du 28, était le moins bon (le groupe, pas encore rôdé à l'Academy Of Music), ou le moins bien enregistré par rapport aux trois suivants. Sans doute aussi que la version de Chest Fever datant du 28 était la meilleure ! L'ensemble du double live s'écoute avec un incommensurable plaisir et comme si tout datait du même soir, l'enchaînement étant bien foutu, et le son, parfait, de bout en bout. Rock Of Ages est clairement un immense live que tout fan du Band, de roots rock et de rock en général, se doit d'écouter ! On notera aussi un Before The Flood de 1974, fait avec Bob Dylan le temps d'une tournée conjointe, remarquable aussi.

FACE A

Introduction

Don't Do It

King Harvest (Has Surely Come)

Caledonia Mission

Get Up Jake

The W.S. Walcott Medicine Show

FACE B

Stage Fright

The Night They Drove Old Dixie Down

Across The Great Divide

This Wheel's On Fire

Rag Mama Rag

FACE C

The Weight

The Shape I'm In

The Unfaithful Servant

Life Is A Carnival

FACE D

The Genetic Method

Chest Fever

(I Don't Want To) Hang Up My Rock'n'Roll Shoes

CD 2 (bonus-tracks)

Loving You Is Sweeter Than Ever

I Shall Be Released

Up On Cripple Creek

The Rumor

Rockin' Chair

Time To Kill

Down In The Flood

When I Paint My Masterpiece

Don't Ya Tell Henry

Like A Rolling Stone