Elton_John-1973_Don_t_Shoot_Me_I_m_Only_The_Piano_Player-Frontal

Celui-là, je me le suis procuré en vinyle très récemment, et j'en suis très content (enfin, j'aurais cependant aimé que le livret des paroles soient dans le vinyle, trouvé en brocante, mais bon, pas grave, il y à les paroles dans le livret CD qui reproduit celui du vinyle d'époque). Faut dire ce qui est, cet album est une réussite. Deuxième des trois opus qu'Elton John a enregistré en France, aux mythiques studios Strawberry du Château d'Hérouville de Michel Magne, ce n'est certes pas le meilleur de la trilogie hérouvillienne, et même, c'est en fait le moins abouti des trois albums enregistrés là, mais quand même, Don't Shoot Me, I'm Only The Piano Player assure à fond. Le titre de l'album vient d'une phrase qu'Elton aurait, au cours d'une soirée à Hollywood, lancé, en riant et en levant les bras en l'air, à Groucho Marx, qui lui aurait fait le geste 'haut les mains' avec son doigt. La phrase, prononcée de manière subite, a tellement plu à son auteur qu'il s'est juré de nommer ainsi un de ses albums, dont acte. Ce n'est pas pour rien que sur la pochette de l'album, qui représente une entrée de salle de cinéma affichant un film du nom de l'album, avec Elton John en star, on aperçoit une affiche d'un film des Marx Brothers, Go West. A l'intérieur (pochette ouvrante), une photo d'un très jeune Elton, souriant au piano, et des crédits (chansons, musiciens) très cinématographiques. On a aussi une belle photo d'Elton marchant sur une plage,  avec les paroles de la dernière chanson, High Flying Bird (pour les neuf autres chansons, voir le livret, évidemment). Le verso de pochette est similaire au recto, à part que le couple achetant les billets n'y apparaît plus, étant entré dans la salle (ou parti, la séance finie). Cet album fait suite à un carton plein, celui de Honky Château (enregistré en 1971, sorti en 1972), premier album fait à Hérouville (d'ailleurs, le titre de l'album y fait allusion), album dantesque offrant les magnifiques Mona Lisas And Mad Hatters, Mellow, Salvation, Honky Cat et, évidemment, Rocket Man (I Think It's Going To Be A Long, Long Time).

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Elton appréciera tellement les conditions d'enregistrement au Château, le personnel, les lieux eux-mêmes (c'est un peu paumé en pleine pampa, près d'Auvers-sur-Oise, mais quand même assez reculé, pas people du tout), qu'il reviendra, donc, courant 1972, pour cet album, qui sortira début 1973. Et à ce moment-là, il décidera de revenir encore une fois à Hérouville (après avoir tenté d'enregistrer en Jamaïque, mais des problèmes de sécurité l'en empêcheront) pour accoucher de son chef d'oeuvre absolu sorti plus tard dans la même année 1973, le double Goodbye Yellow Brick Road. Fort de ses 10 titres et 43 minutes (ce qui en fait un disque un peu plus court que tous les autres Elton John depuis Tumbleweed Connection), Don't Shoot Me, I'm Only The Piano Player est un disque parfois sous-estimé chez les fans. Certes, l'album offre moins de classiques qu'Honky Château et surtout que le suivant (le double déjà cité), mais il n'est vraiment pas à négliger. En guise de classiques, on peut en citer deux : Daniel et Crocodile Rock. Ces deux chansons assurent à fond dans deux registres différents : Daniel est tendre, calme, mélancolique, tandis que Crocodile Rock est des plus enlevées, enjouées. On les retrouve facilement dans divers best-ofs de l'artiste. Elles font sans doue un peu trop d'ombre à plusieurs chansons vraiment réussies, comme le long (6 minutes) et dantesque morceau ouvrant la seconde face, Have Mercy On The Criminal, ou la majestueuse ballade finale High Flying Bird, qui compte, selon moi, parmi les plus touchantes et belles (avec Harmony et Mona Lisas And Mad Hatters) chansons du mecton. Dans un autre registre, Elderberry Wine est une très bonne petite chanson. Et j'avoue bien aimer Blues For My Baby And Me (elle aussi un peu longue) et Teacher I Need You. Et moins apprécier I'm Gonna Be A Teenage Idol, que je trouve un peu poussive, mais rien de grave.

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Une vue du livret

On a ici un excellent album de pop à tendance un peu (mais pas trop : ça sera pour l'album suivant) glam, un disque encore une fois super bien écrit, composé, interprété, enregistré. Les musikos habituels sont là, Dee Murray, Davey Johnstone, Nigel Olsson, on a Gus Dudgeon à la production, Bernie Taupin à l'écriture des paroles, Paul Buckmaster aux arrangements, la clique qui claque, tout est là pour aider Elton dans son Grand Oeuvre : faire le disque pop ultime, le truc qui tue d'entrée de jeu et fera date. Don't Shoot Me, I'm Only The Piano Player n'y arrive pas totalement, mais ça sera, en revanche, complètement le cas de Goodbye Yellow Brick Road, l'album suivant. Mais avant le chef d'oeuvre, il faut bien un brouillon, et en guise de brouillon, cet album est vraiment épatant, beaucoup d'artistes de moindre qualité se contenteraient d'un tel album en guise de sommet de leur discographie. Encore une fois, donc, un album des plus essentiels, même si tout n'y est pas parfait à 100%. Mais au moins la moitié des 43 minutes est grandiose. Si ce n'est plus de la moitié !

FACE A

Daniel

Teacher I Need You

Elderberry Wine

Blues For Baby And Me

Midnight Creeper

FACE B

Have Mercy On The Criminal

I'm Gonna Be A Teenage Idol

Texan Love Song

Crocodile Rock

High Flying Bird