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The Band a accompli le double exploit de sortir un deuxième album encore plus réussi que le déjà fantastique premier opus, et un troisième album qui, s'il n'est pas forcément supérieur encore, n'est pas, en tout cas, moins réussi (juste un petit peu différent, moins roots). Ce troisième album, c'était le remarquable Stage Fright en 1970, offrant notamment The Shape I'm In (un futur classique live), The Rumor ou le morceau-titre. Le groupe n'était pas super à l'aise en enregistrant, chez eux, ce disque, c'était la première fois qu'ils produisaient eux-mêmes un de leurs albums (même si, ici, Todd Rundgren était présent, en ingénieur du son). Au début de l'année 1971, ils récidivent : c'est dans les studios Bearsville (du label du même nom, fondé par Albert Grossman, qui fut manager de Bob Dylan ; le label Bearsville signa notamment Todd Rundgren, justement), situés dans la ville du même nom, située dans l'Etat de New York, qu'ils vont enregistrer et produire eux-mêmes leur quatrième album. Ce quatrième album est sorti sous une pochette signée de l'illustrateur Gilbert Stone, représentant le Band dans un décor un peu irréaliste, illustration me faisant un peu penser à celle qui orne l'intérieur de pochette du The Soft Parade des Doors (ce n'est pas le même illustrateur). Au verso de la pochette, une photo du groupe, très belle, signée du grand Richard Avedon, qui les représente tous les yeux fermés, comme bercés par une comptine. Les paroles des chansons apparaissent dans la pochette ouvrante.

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Cahoots ("cahots"), tel est le titre de ce quatrième opus, sorti en septembre 1971, et qui, personne ne pouvait s'en douter (etsurtout pas le Band) à l'époque, sera leur dernier album de chansons originales pour quatre ans. Pourtant, ils sortiront des albums pendant les années intermédiaires, mais j'y reviendrai en temps et en heure (demain, déjà). Cahoots est un disque plus généreux que le précédent, il dure 43 minutes. Je peux le dire tout de suite, ce n'est pas un album aussi exemplaire que les trois précédents opus (ce n'est cependant pas leur moins réussi non plus), et d'ailleurs, à sa sortie, un peu comme pour signifier que le groupe commençait son déclin, les critiques furent quelque peu mitigées. Stage Fright, déjà, n'a pas toujours été génialement accueilli, même si ce fut quand même positif. Sans se faire démonter, Cahoots a été la cible de quelques critiques acerbes. Un rock-critic (Jon Landau, dans Rolling Stone, pour ne pas le nommer ; le même Landau qui par la suite produira Springsteen) en parlera comme d'un album rempli du sentiment d'extinction. Comme si quelque chose, ici, prenait fin, inexorablement. Une fin de parcours ? Vu que le groupe a cessé sa carrière en 1977 (mais reviendra en 1983/86, jusqu'à ce que la mort, par suicide, de Richard Manuel, peu de temps après un de leurs concerts, ne marque leur fin définitive), non. Comme je l'ai dit, ils vont faire des albums les années suivantes, même s'il faudra attendre 1975 pour un disque de nouvelles chansons. Mais une sorte d'essoufflement, oui, on peut le dire.

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Cahoots semble tourner un peu en rond, en fait. Mais il offre quand même de très très beaux restes. Comme, notamment, les deux premières chansons de l'album, clairement les sommets ici (ce qui est un peu con, d'ailleurs, que l'album s'ouvre sur ses meilleures chansons, mais ce n'est pas un cas isolé dans l'histoire du rock, loin de là) : Life Is A Carnival, signée Helm, Robertson et Danko, et interprétée par Danko et Helm ; et When I Paint My Masterpiece, interprétée par Helm, et signée Bob Dylan, qui ne la mettra jamais sur un de ses albums, mais la chantera aussi, en live. Et il en a enregistré une version studio présente sur des best-ofs. Une chanson qui fait partie des sommets que le Barde a signé en ce début d'années 70 qui, pour lui (Self Portrait...), ne fut pas des plus transcendants. L'album offre aussi 4% Pantomime, qui achève efficacement la première face, morceau sur lequel Van Morrison, excusez du peu, pose des voix en invité, et The River Hymn, belle conclusion, sur laquelle on entend des choeurs féminins (une première pour le Band), signés Libby Titus, qui à l'époque était mariée avec Levon Helm (et avec qui il a eu une fille). Le reste de l'album n'est pas mauvais, mais pas aussi excellent que ces quatre titres. Citons tout de même Volcano ou Shoot Out In Chinatown. Mais bon, au final, l'album est un petit peu inégal. Rien de grave, encore une fois ce n'est pas le moins bon du Groupe, mais après une telle triplette d'albums, et malgré la présence ici d'au moins trois immenses chansons, c'est quand même une petite déception. Belle pochette, ceci dit. 

FACE A

Life Is A Carnival

When I Paint My Masterpiece

Last Of The Blacksmiths

Where Do We Go From Here ?

4% Pantomime

FACE B

Shoot Out In Chinatown

The Moon Struck One

Thinkin' Out Loud

Smoke Signal

Volcano

The River Hymn