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Malcolm John 'Mac' Rebennack est né en 1941 à la Nouvelle-Orléans, il y est mort en 2019. Quand on parle de musique issue de cette ville, on pense souvent au jazz, au zydeco, mais en terme de rock, ce mec était clairement un des piliers locaux. Même si réduire sa musique à du rock serait faire preuve de négligence, car la musique de Dr John, son nom de scène, c'est vraiment beaucoup plus que ça. D'ailleurs, cet album, son premier, est classé dans le rock psychédélique, mais c'est parce qu'il n'y à pas de catégorie blues-soul-rock psychédélico-vaudou, catégorie dans laquelle, si elle existait sur le blog, ce disque serait un des très peu nombreux représentants (avec les albums suivants de  Dr John). Cet album, sorti en janvier 1968, enregistré en 1967, et sorti sur le label ATCO (sous-label parfois quelque peu 'expérimental', du genre on ne sait pas trop où foutre ce bordel, d'Atlantic Records, mais sur lequel sont aussi sortis les albums d'Otis Redding, Aretha Franklin ou King Curtis, donc un sous-label assez fortement soul), est par ailleurs considéré comme étant un des premiers cartons de musique dite underground. Il paraît que le patron d'Atlantic Records, le très éclairé Ahmet Ertegun, aurait dit, en écoutant les bandes, mais comment est-ce qu'on va bien pouvoir commercialiser ce truc boogaloo ? Le mettre sur le sous-label semblera donc une bonne idée. Gris-Gris, tel est son titre, va cartonner, contre toute attente, et la carrière de Dr John, qui jusqu'en 1971 inclus s'appellera en fait Dr John, The Night Tripper, est lancée. 

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Court (33 minutes, mais pour seulement 7 titres), produit par Harold Battiste (un producteur/arrangeur de génie ayant notamment bossé avec Sam Cooke et Lee Dorsey) qui joue de la basse, de la clarinette et des percussions, Gris-Gris a été enregistré avec des musiciens du cru, pas mondialement connus (mais qui l'étaient sans doute dans la sphère néo-orléanaise), tels que Dr John Boudreaux (batterie), Dr Ernest McLean (guitare), et le plus connu Plas Johnson (saxophone). Dr John tient les claviers en plus du chant. Une voix étrange, un peu sussurrée, un peu étouffée par une production cheloue, qui transpire le vaudou, certains morceaux de l'album (Croker Courtbullion, Danse Kalinda Ba Doom, et le final, I Walk On Guilded Splinters, qui sera reprise par Humble Pie, Johnny Jenkins...) sonnent comme des bandes originales de cérémonies païennes et fouteraient presque les jetons, des fois (ou fouteraient en transe, aussi). Les notes de pochette du verso, je ne préfère même pas en parler, écrites dans une sorte de sabir néo-orléanais et riches en symboles et en délires en tous genre. La pochette donne le ton, avec Dr John fringué en grand sorcier vaudou, regard envapé au verso, illuminé d'un rouge claquant au recto. Pas la peine de se défoncer : l'écoute de cet album est amplement suffisante.

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Un album magistral, au demeurant. Les choristes parmi lesquel(le)s Tami Lynn, Ronnie Baron et Shirley Goodman) tissent d'ahurissants entrelacis de voix et semblent autant de prêtres et prêtresses vaudou à une cérémonie. Sur certains morceaux (Jump Sturdy, Mama Roux, Croker Courtbullion), les choristes sont la force motrice, l'atout principal, Dr John, tel un bon vieux Gainsbourg, n'intervenant, sur certains morceaux, que quand il le sent vraiment nécessaire. L'atmosphère de ce disque est vraiment unique, même les albums suivants (sous l'intitulé Dr John, The Night Tripper, donc jusqu'au génial The Sun, Moon & Herbs de 1971 ; dès 1972 et le tout aussi génial Dr John's Gumbo, Dr John réduira définitivement son nom de scène) ne sonnent pas aussi païens et insensés. Albums suivants qui, Babylon en 1969, Remedies en 1970, sont remarquables aussi. De toute façon, de ses débuts à, disons, In The Right Place (1973), que des merveilles. Après, c'est souvent assez bon, même si les abus de came feront qu'il sera parfois en belle perte de créativité. 

FACE A

Gris-Gris Gumbo Ya Ya

Danse Kalinda Ba Doom

Mama Roux

Danse Fambeaux

FACE B

Croker Courtbullion

Jump Sturdy

I Walk On Guilded Splinters