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A L'heure actuelle, cet album est, avec l'album live Time Fades Away (1973), le seul album de Neil Young qui n'existe pas, officiellement, en CD (officiellement, parce que j'ai une édition CD non officielle).  Mais Time Fades Away est quand même mieux loti : on le trouve en téléchargement légal en MP3, et il a été réédité en vinyle, lui (on attend cependant avec une impatience de plus en plus insupportable que le Loner daigne enfin le proposer en CD, il en avait été question dans le volume 2 de son Archive, mais au final, non). Pour l'album qui nous intéresse ici, il n'a pas été réédité en vinyle, et je ne pense pas qu'on le trouve en téléchargement légal. Après, j'avoue ne pas avoir vérifié, n'ayant aucune intention de le télécharger en MP3 vu que, comme je viens de le dire, je l'ai en CD, bootleg certes, mais tout de même. Et j'ai le vinyle, aussi. Comme l'autre. Cet album, sorti en 1972, la même année que le best-seller Harvest (qui est sorti avant lui), c'est Journey Through The Past. C'est un des albums les plus particuliers du Loner, et ce n'est pas vraiment un album. Enfin, si, mais ce n'est pas comme, justement, Harvest, ou After The Gold Rush. Eux sont des albums studio. Lui, c'est un album de bande originale de film. Un film réalisé par Neil Young lui-même, et qui porte le même titre que l'album. Le film, assez court (78 minutes, il est indiqué sur Wikipedia), existe en DVD, comme partie intégrante du coffret Archive de 2009 (le volume 1), mais, je pense, pas séparément. J'avoue ne pas l'avoir vu, j'aimerais bien, même si je me doute bien que ça doit être un beau bordel psychédélique, expérimental et introspectif absolument irregardable à jeun. 

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L'album ? Calmes-toi, j'y viens. D'abord pour dire que c'est probablement un de mes albums préférés du Loner, ce qui va en calmer quelques uns, justement. Les connaisseurs ont sûrement grimacé pire qu'en mordant dans un citron, en lisant cette phrase, que j'assume totalement. Mais Journey Through The Past, vraiment, je l'aime énormément. C'est un double album, mais très court, il dure une heure, c'est tout. Il est sorti sous une pochette utilisant des photos tirées du film, et le moins que l'on puisse dire,  c'est que son atwork recto est pour le moins étrange, avec cette photo un peu granuleuse de cavaliers encagoulés (on dirait des intégristes du KKK) brandissant des croix. Une photo oppressante, mais une pochette que je trouve aussi énigmatique (on voi une pochette pareille, on a direct envie de savoir ce qui se cache dans les sillons des quatre faces, non ?) que réussie. Oui, oui, ça aussi, j'assume, t'en fais pas. Alors, que dire sur cet album ? Déjà, on va parler du son. Ce n'est pas épouvantable, mais la qualité sonore, parfois, est un peu moyenne. Voilà. Sinon, cet album est vraiment particulier, et pas seulement parce que c'est la bande-son d'un film apparemment bien cintré. On y trouve de tout : enregistrements live, studio. Parmi les enregistrements studio, certains ne sont pas du tout de Neil Young. Certains sont de lui, beaucoup même évidemment, et il s'agit soit de démos, soit d'un inédit studio. Les enregistrements live sont de plusieurs périodes de la carrière du bonhomme. L'album démarre par deux captations audio de prestations télévisuelles de Buffalo Springfield : For What It's Worth/Mr Soul (le premier morceau est coupé au bout d'une quarantaine de secondes, brutalement, pour passer au suivant) et Rock'n'Roll Woman (interprété par Stills). Puis on a deux extraits d'un concert de Crosby, Stills, Nash & Young au Fillmore East (le 5 juin 1970) : Find The Cost Of Freedom et un Ohio incendiaire. Voilà pour la face A, qui dure dans les 13 minutes, un petit peu moins en fait. La face B s'ouvre sur un troisième extrait du concert de CSN&Y, Southern Man, excellente version (mais très certainement rabotée de plein de minutes, vu que ce morceau en durait souvent plus de 10 en live et, ici, n'en dure que 6,45), avant de passer à une démo de Are You Ready For The Country ?, un morceau de Harvest. Puis Let Me Call You Sweetheart, long d'une petite minute, est un morceau interprété par on ne sait qui (pas par le Loner ; ce sont des choeurs qui semblent enfantins), et enregistré on ne sait où. La face B, longue de 16 minutes, s'achève sur une démo, entrecoupée d'extraits vocaux (le Loner, Crosby, Stills, Nash ; mais aussi un prédicateur et une allocution télévisuelle de Nixon !), d'un autre morceau de Harvest, Alabama

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Les 16,30 minutes de la face C sont intégralement occupées par une version démo, enregistrée dans les conditions du live, par le Loner et les Stray Gators, en 1971, durant les sessions de Harvest, de Words (Between The Lines Of Age), une version de 16,30 minutes (10 minutes de plus que la version studio définitive) absolument incroyable, la grosse viande de cet album étrange qu'est Journey Through The Past. Puis arrive la face D, longue de 14 minutes environ. Là, c'est vraiment à part. D'abord, Relativity Invitation, un morceau d'une minute, extrait vocal du film, sans aucune musique, une discussion entre Neil et un inconnu qui parle de relativité, un mec qui semble un peu perché et qui cherche à convaincre Neil avec sa théorie. On imagine le Loner sourire, un peu consterné... Ensuite, deux morceaux interprétés par le Tony & Susan Alamo Foundation Orchestra & Choir (Tony Alamo, mort en prison en 2017, était un prédicateur télévisuel qui fut accusé pour des actes de pédophilie ; le fait que cet album de Neil Young ne soit pas officiellement édité en CD ni réédité en vinyle vient peut-être en partie de ce que le Loner ne veut pas qu'un album sur lequel se trouve deux morceaux interprétés par la chorale d'un condamné pour pédophilie soit à nouveau commercialisé, qui sait). Le premier de ces morceaux est un extrait du Messie d'Haendel, une chorale. Puis un extrait de la bande-son du film biblique Le Roi Des Rois, bande-son signée Milkos Rosza, instrumentale, bien pompeuse. Puis on a un inédit studio de Neil, Soldier, sublime chanson au climat délicat, que le Loner placera, dans une version plus courte, en 1977, sur sa compilation Decade. Enfin, le tout s'achève sur le morceau Let's Go Away For Awhile des Beach Boys, sublime instrumental issu de Pet Sounds (1966), et qui achève aussi curieusement que parfaitement ce disque. Un album que j'assume pleinement adorer, malgré qu'il soit vraiment curieux (cette dernière face). Mais c'est mon côté iconoclaste, que voulez-vous. 

FACE A

For What It's Worth/Mr Soul

Rock'n'Roll Woman

Find The Cost Of Freedom

Ohio

FACE B

Southern Man

Are You Ready For The Country ?

Let Me Call You Sweetheart (Segue)

Alabama

FACE C

Words

FACE D

Relativity Invitation

Handel's Messiah

King Of Kings

Soldier

Let's Go Away For Awhile