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Je dois être totalement loufdingue, mais j'adore ce disque. Mais alors vraiment, hein, bien comme il faut. Il est pourtant mal-aimé, ce disque, et là aussi, bien comme il faut. De Neil Young lui-même, d'ailleurs, vu qu'il a toujours refusé de rééditer ce disque de 1972 en CD (une édition CD a existé, officieuse, ancienne, aujourd'hui épuisée, hors de prix si on parvient à la dénicher). Ce disque, double à sa sortie, dure 60 minutes, autrement dit, tout tiendrait sur un CD (tout l'album est proposé en un seul clip en bas d'article), et est la bande-son un peu particulière d'un film réalisé par le Loner lui-même (sous le pseudo de Bernard Shakey, je crois, mais personne ne fut dupe). L'album comme le film (qui est irregardable, un melting-pot surréaliste bien dans son époque) s'appellent Journey Through The Past. Neil Young signera une chanson de ce titre, qui ne se trouve pas ici, mais sera proposée, en version live, sur Time Fades Away, un live anthologique de 1973 qui, lui aussi, n'existe pas en CD, et le Loner, là aussi, ne semble pas pressé de rattraper cette grossière erreur (des pétitions existent sur le Net, je crois, pour exiger une sortie CD). Retour à Journey Through The Past. L'album est mal-aimé car, entre le fait d'être la bande-son d'un navet surréaliste, de posséder une qualité sonore le plus souvent moyenne, de ne posséder qu'un seul titre inédit de Neil, d'avoir une face D assez bizarre, et de ressembler à un best-of incomplet, il y à des raisons pour que les fans ne portent généralement pas ce disque dans leur coeur.

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Affiche du film

En plus, une pochette étrange (tirée du film), que, pourtant, j'adore, allez savoir pour kou wa. On y voit des cavaliers à capuche brandissant des croix, dans le flou (Inquisiteurs, ou membres du Ku Klux Klan ?), image trouble et troublante. Au dos, une épée cruciforme plantée dans le sol, de nuit. A l'intérieur, plusieurs photos de Neil, des divers groupes l'ayant accompagné, et du film et du tournage. Il existe apparemment plusieurs versions de la pochette ; je possède une édition avec double pochette ouvrante (on ouvre la pochette, et les deux rabats se déplient encore), mais la photo ci-dessous tend à prouver qu'il existe une autre édition, avec pochette intérieure découpée au centre et sous-pochettes (avec les photos visibles, dans mon édition, dans l'intérieur du double rabat). L'album, je vais commencer à en parler, est donc court, une heure. Pour un double vinyle, c'est remarquablement peu. Chacune des quatre faces est à part. La première est live, la seconde est à moitié live et à moitié constitué de chutes de studio, la troisième ne contient qu'un titre, et la dernière est...weird. Toutes sont excellentes dans leurs genres. La première face, live (le son est assez moyen, sur celle-ci), propose quatre morceaux enregistrés soit avec Buffalo Springfield, soit avec Crosby, Stills, Nash & Young (deux de chaque). Si le premier titre, un medley For What It's Worth (de Stephen Stills) et Mr. Soul (de Neil Young), est décevant, car ne proposant pour ainsi dire pas le magnifique premier titre (après le premier refrain, qui survient rapidement, boum, sans transition, un peu brutalement, on passe à Mr. Soul), le reste est sublime : Rock'N'Roll Woman (de Stills au chant) est, malgré le son faiblard, une splendeur, et les deux titres de CSN&Y sont à tomber, et mythiques : Find The Cost Of Freedom (a capella, quasiment) et Ohio, monstrueuse chanson sur la tuerie de Kent State (1969), des policiers ayant tiré à balles réelles sur des manifestants pacifiques à l'université de l'Etat d'Ohio.

2939399815-2La face B est constituée d'une version live à tomber par terre de Southern Man. On a ensuite une version raccourcie, un peu différente de l'originale (et que je préfère de loin à l'originale, que je n'aime, elle, pas), de Are You Ready For The Country ?, un morceau de l'album Harvest de 1972. Le morceau suivant, Let Me Call You Sweetheart (Segue), est un titre très court (une minute et quelque), interprété par on ne sait qui, mais pas par le Loner, une sorte de bluette à l'ancienne qui ne vaut rien, et ne sert à rien. Ensuite, la face B se termine par un Alabama (morceau issu d'Harvest aussi) terrible, bien qu'étrangement entrecoupé de discussions de studio. Un magnifique passage permet d'entre quelques mesures de la chanson, au piano, très doux. Le final est assez bizarre, avec un choeur chantant God Bless America et des voix diverses venant parasiter l'ensemble. Etrange. La face C offre 16 minutes de Words, morceau qui, là aussi, dans une version plus courte de 10 minutes, est sur Harvest. 16 minutes (ce n'est pas un morceau live) de ce grand morceau, c'est clairement la raison majeure de l'écoute de Journey Through The Past. Anthologique. Il reste une dernière face, la D, la plus étrange : elle ne contient qu'un seul titre chanté, et ce titre est le seul, de cette face, à être signé Neil Young. Et c'est le seul titre inédit de l'album. Soldier, une pure merveille hantée. Juste avant, en ouverture de face, on a la minute et quelque de discussion (issue du film) de Relativity Invitation, une sorte de speech philosophique (sans intérêt) ; puis Handel's Messiah, un extrait du Messie d'Haendel, en choeur d'église, par la Tony & Susan Alamo Christian Choir & Orchestra (très bon passage biblique ; à noter que Tony Alamo, un précheur américain, a été aussi un prédateur sexuel, apparemment...). Puis King Of Kings, extrait de la bande-son du film du même nom (Le Roi Des Rois), bande-son de Miklos Rosza (aussi compositeur d'un autre film biblique, Ben-Hur), morceau très biblique et péplumesque dans sa forme, remarquable, mais c'est bizarre d'avoir un morceau pareil (le précédent aussi !) sur un album du Loner, non ? On a ensuite Soldier, puis, en final, Let's Go Away For Awhile, instrumental des Beach Boys originellement issu de Pet Sounds (1966), la même version. Une manière étrange et magnifique d'achever l'album.

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Dos de pochette

Je ne peux d'ailleurs m'empêcher de m'imaginer ces cavaliers capuchés cavalant au ralenti en écoutant Let's Go Away For Awhile, ou les imaginer cavalant à vitesse normale pendant King Of Kings... Dans l'ensemble, Journey Through The Past est un de mes albums préférés au monde, clairement, malgré ses défauts (le son est moyen ; deux ou trois morceaux sans intérêt ; un seul titre inédit de Neil Young dessus ; une face D qui ne plaira clairement pas à tout le monde ; être la bande-son d'un film oublié, ce qui signifie d'être tout aussi oublié que le film). J'aimerais beaucoup que l'album (res)sorte en CD, mais j'aimerais aussi beaucoup que Noël, l'an prochain, tombe en juin, autrement dit, il y à des choses, mes frères et soeurs, qui ne risquent pas d'arriver. Je suis en tout cas super heureux de posséder ce disque en vinyle, je le chéris comme mes deux bouboules, et je m'écoute ce disque assez souvent, avec, toujours, la joie d'entendre Find The Cost Of Freedom (hélas très court), Ohio, Southern Man, Are You Ready For The Country ?Soldier, Rock'N'Roll Woman, Words, mais aussi King Of Kings et Let's Go Away For Awhile. Un disque mal-aimé, mais surtout mésestimé, méconnu, un peu à part et bizarre, certes, qui peut sembler décousu, mais qui m'est extrêmement cher, et qui mérite bien mieux que sa réputation de merde (réputation qu'a aussi le film, à raison, là, en revanche). A quand le CD ?

FACE A

For What It's Worth/Mr Soul

Rock'N'Roll Woman

Find The Cost Of Freedom

Ohio

FACE B

Southern Man

Are You Ready For The Country ?

Let Me Call You Sweetheart (Segue)

Alabama

FACE C

Words

FACE D

Relativity Invitation

Handel's Messiah

King Of Kings

Soldier

Let's Go Away For Awhile