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 Après trois albums, ça y est, on peut le dire, Elton John a trouvé son style. Empty Sky (1968) était plus qu'hésitant, et pour tout dire vraiment médiocre. Elton John (1969), sous sa sobrissime pochette (la tête d'Elton de trois-quarts, sur fond noir), offrait, lui, quelques magnifiques chansons, comme Your Song, Take Me To The Pilot, The King Must Die ou First Episode At Hienton. Tumbleweed Connection (1970), sous sa pochette rustique/western/country, offrait lui aussi de pures petites balles : Amoreena, Burn Down The Mission, Ballad Of A Well-Known Gun, j'ai eu l'occasion, récemment, de reparler de cet album pas grandiose, pas un succès majeur à sa sortie en raison de l'absence de hits, mais un disque qui, vraiment, mérite l'écoute, et que j'apprécie bien mieux maintenant qu'autrefois. Un an après Tumbleweed Connection, Elton va offrir un autre album qui ne sera pas un gros succès commercial (en tout cas, dans son propre pays d'Angleterre : ça sera un de ses albums à le moins bien marcher au Royaume-Uni), à cause, là aussi, d'une carence en tubes (mais pas en classiques) : Madman Across The Water. Assez généreux en durée - 45 minutes, pour seulement 9 titres -, l'album sort donc en 1971, sous une pochette assez sobre (ce qui, chez Elton, n'est pas courant), représentant...le titre de l'album, et le nom d'Elton, en belles lettres, sur fond bleu un peu aquatique et textile (il suffit de regarder le dos de pochette, voir ci-dessous, pour piger que ledit fond bleu est un blue-jeans).

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Dos de pochette vinyle (et CD)

L'album tire son nom d'une chanson qui fut, à la base, enregistrée pendant les sessions de Tumbleweed Connection, mais ne sera pas utilisée alors. Elton la réenregistrera pendant les sessions de Madman Across The Water, avec un petit changement : Mick Ronson jouait de la guitare sur la version originale, et est remplacé, sur la nouvelle version, par Chris Spedding. Si vous voulez entendre la version originale, prenez la réédition CD de Tumbleweed Connection, sur laquelle elle se trouve en bonus-tracks ; aucun bonus-track, en revanche, n'est sur celle de Madman Across The Water, ce qui s'explique à la fois par le fait qu'Elton a peu enregistré durant les sessions, et que l'album original se termine sur un Goodbye tellement beau et efficace en tant que clôture d'album que mettre un titre supplémentaire à sa suite aurait été nuisible à son efficacité. Enfin, c'est ce qu'ils disent... mais je ne m'en plains pas, compte tenu que j'écoute des plus rarement les bonus-tracks, sauf s'ils sont vraiment-vraiment bons. L'album, comme je l'ai dit, ne contient aucun hit. Enfin, aucun... Si : il y en à quand même deux, dans un sens : Tiny Dancer et Levon. Ces deux chansons, les deux premières de l'album, sont les plus connues de l'ensemble. La première, surtout, fait partie des intouchables eltoniens, à ranger aux côtés de Someone Saved My Life Tonight, Song For Guy ou I've Seen That Movie Too (pour ne citer qu'elles). Une pure merveille pop qui prouve le talent du duo Elton (mélodie, interprétation vocale et pianistique) et Bernie Taupin (paroles) pour livrer des chansons indémodables. Madman Across The Water aussi est de la trempe des classiques, et d'ailleurs, toute la face A (qui offre aussi Razor Face ; à noter que l'édition cassette de l'album, autrefois, intervertissait Razor Face avec Rotten Peaches, située au même endroit qu'elle, mais sur l'autre face ; et qu'une édition CD SACD de l'album propose Razor Face avec deux minutes de plus que la version originale, soit 6,40 minutes au lieu de 4,45), toute la face A, donc, est immense.

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La face B est également d'un niveau excellent, mais, il faut le dire, à un degré moindre. Et encore : Rotten Peaches, le court (1, 50 minute avec seulement la voix et le piano d'Elton) Goodbye et Indian Sunset sont terribles, sublimes. D'ailleurs, je ne vois aucune chanson à jeter ici, même si certaines sont certes un peu longues (Rotten Peaches, All The Nasties, Levon font ou dépassent 5 minutes, Tiny Dancer, Indian Sunset et la chanson-titre dépassent les 6 - sans toutefois atteindre 7 minutes quoique, pour Indian Sunset, c'est de très peu...), la plus courte, excepté Goodbye, dure quand même 4,15 minutes. La production du fidèle Gus Dudgeon est parfaite, et les musiciens, nombreux (selon les titres), talentueux, citons-les : Dee Murray (basse), Nigel Olsson (batterie), Caleb Quaye (guitare), Davey Johnstone (guitare, mandoline), Roger Pope (batterie), David Glover (basse), Rick Wakeman (orgue), Chris Spedding (guitare sur un titre), Terry Cox (batterie), Paul Buckmaster (arrangements), Ray Cooper (percussions), Diana Lewis (synthétiseur ARP), Brian Dee (harmonium), Barry Morgan (batterie), Brian Odgers (basse), B.J. Cole (steel-guitar sur un titre), et divers choristes comme Lesley Duncan et certains musiciens. Et Elton au piano, évidemment ! L'album a été enregistré à Londres, aux studios Trident, et ce, pour la dernière fois : les trois albums suivants seront, eux, faits au Château d'Hérouville, dans le Val d'Oise (non loin de là où j'habite, d'ailleurs), en 1972/73, puis ça sera, notamment, aux USA (dès Caribou, en 1974), ou au Canada (Blue Moves, 1976). Pour en finir avec non pas le Jugement de Dieu mais Madman Across The Water (ah ah ah...euh...qui n'a pas compris ?), c'est un album selon moi essentiel, certes peu fourni en hits, mais ce n'est pas le cas pour ce qui est des classiques. 45 minutes vraiment remarquables, qui comptent parmi les réussites les plus éclatantes d'un artiste qui est, alors, dans son Âge d'Or (1969/1976). Plus que recommandé, donc, à moins d'être totalement réfractaire à Elton John (oubliez le mec perruqué qui chantait Don't Go Breaking My Heart, Blue Eyes ou Nikita) !

FACE A

Tiny Dancer

Levon

Razor Face

Madman Across The Water

FACE B

Indian Sunset

Holiday Inn

Rotten Peaches

All The Nasties

Goodbye