The_Howlin_27_Wolf_Album

Ce disque, je l'ai voulu rien que pour sa pochette, je ne vais pas vous mentir à ce sujet. J'ai découvert ce disque par le plus grand des hasards, d'ailleurs, en farfouillant sur le Net, sur un site dédié à la musique (Rate Your Music, sur lequel je suis inscrit sous quasiment le même pseudo que pour mon blog, DohertyClash). Un des (innombrables) membres de ce site gratuit et anglophone proposait, sur sa page (car on peut, en s'inscrivant sur ce site, chroniquer et noter des albums - ou films -, établir des listes personnelles, des wishlists aussi, etc, un site très sympa et complet), une liste des pochettes d'albums uniquement constituées d'inscriptions. Un peu comme le Brothers des Black Keys (qui s'inspire d'ailleurs de la pochette de cet album-ci) ou la réédition CD du Moondog Matinee du Band. Il avait (le membre du site) choisi cette pochette comme illustration principale de sa liste, histoire de dire que celle-ci, elle vaut vraiment le détour. J'ai vu ça, et je me suis dit non, c'est pas possible, c'est une publicité, un poster glissé dans une pochette, mais c'est pas une pochette pour de vrai ? Et en fait, si. L'album date de 1969 et est un disque du grand, de l'immense bluesman Howlin' Wolf, surnommé ainsi car sa voix, éraillée et hargneuse, souvent hululante, faisait penser à un hurlement de loup affamé avec la tête dressée en direction de la pleine lune. Un chanteur ayant fortement influencé, notamment, Captain Beefheart. Cet album a été réédité en CD, même s'il n'est pas évident à trouver désormais. C'est vers le vinyle (réédité aussi) que je m'étais tourné, d'abord parce que l'album était plus facile à trouver sous ce format à l'époque, et sans doute encore aujourd'hui, et aussi parce que ça a plus de gueule.

HWA1

Verso de pochette

Faut dire que la pochette est à part : sur fond blanc, trois phrases lapidaires en noir, sans fioritures. Je n'ai pas pu résister au plaisir un peu pervers de les mettre en guise de titre à l'article, alors qu'en fait l'album s'appelle officiellement The Howlin' Wolf Album. Ce texte, placé ici par la maison de disques du Wolf (Cadet Concept, un sous-label de Chess Records, label spécialisé dans le blues, administré tyranniquement, et sur lequel officiait, notamment, Muddy Waters), je le traduis ici : Voici le nouvel album de Howlin' Wolf. Il ne l'aime pas. Il n'aimait pas non plus sa guitare électrique au départ, d'ailleurs. Pourquoi une telle accroche ? Pour faire rire ? Pour faire de l'ironie ? Pour faire vendre (si c'est le cas, pari raté, l'album ne se vendra pas super bien) ? Non, tout simplement par...souci de vérité, de transparence. Howlin' Wolf, bluesman à l'ancienne, s'essayait, ici, comme Muddy Waters avec Electric Mud en 1968, à l'électricité. Il est entouré de musiciens bien plus jeunes que lui (parmi eux, Pete Cosey, guitariste qui, quelques années plus tard, rejoindra l'équipe d'un Miles Davis en pleine période fusion, on l'entend notamment sur Get Up With It et les lives Agharta, Pangaea, Dark Magus), qui vont apporter un indéniable vent de fraîcheur, de nouveauté à sa musique. Avec moult pédales wah-wah et autres effets de fuzz. The Howlin' Wolf Album est un disque de blues-rock psychédélique, un peu comme si le Wolf avait enregistré ses chansons (essentiellement, ici, de bons gros standards du beuhlouuuuze) avec The Jimi Hendrix Experience ou Cream en accompagnement. Le résultat est étonnant, souvent bluffant (Built For Comfort, Tail Dragger, Evil, Spoonful que Cream a aussi repris), parfois un peu too much aussi, il est vrai (Back Door Man, Smokestack Lightnin'), mais jamais raté. 42 minutes (pour 10 titres dont les durées sont indiquées en toutes lettres au verso de pochette) remarquables.

howlin-wolf

Mais le Wolf, assez vieux con sur les bords pour le coup, n'aimera pas du tout l'expérience, et estimera que l'album est de la merde. C'est limite s'il voulait le sortir, mais apparemment, il n'avait pas le choix. Devant le dégoût absolu de son artiste vis-à-vis de l'oeuvre enregistrée et prête à sortir, la maison de disque a joué la sincérité : comment, en effet, vendre, à grands renforts de placards publicitaires, un album que son principal auteur rejette en bloc ? Alors voilà le pourquoi de cette pochette anticommerciale à mort, et qui a, comme l'accroche du film de Baffie Les Clés De Bagnole (vous vous rappelez de ce qu'il avait fait mettre sur l'affiche de son film ? : N'y allez pas, ce film est une merde ! Les gens lui ont obéi, que voulez-vous), totalement desservi l'oeuvre (bon, pour le film cité, c'est totalement mérité, mais fin de la digression cinématographique). Pour l'album de Howlin' Wolf, c'est vraiment dommage, car c'est un des albums de blues les plus particuliers et attachants que je connaisse, sans doute pas le meilleur quand même (ni même, probablement, le meilleur du Wolf ; The London Howlin' Wolf Sessions est encore meilleur, et plus puriste), mais il est vraiment meilleur que sa réputation, qui a suivi l'avis du Wolf sur l'album. Et je terminerai ma chronique par une anecdote hilarante sur l'enregistrement de l'album. Wolf aurait dit à Pete Cosey, un jour, d'aller se faire couper les cheveux (il avait, en effet, un belle tignasse) et d'en profiter, sur le chemin du coiffeur, pour aller jeter dans le lac le plus proche sa putain de guitare électrique et la pédale wah-wah qui va avec. Ambiance !

FACE A

Spoonful

Tail Dragger

Smokestack Lightning

Moanin' At Midnight

Built For Comfort

FACE B

The Red Rooster

Evil

Down In The Bottom

Three Hundred Pounds Of Joy

Back Door Man