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vec un nom aussi générique que John Campbell, il peut sembler, des fois, difficile de trouver des informations sur le bon John Campbell, si on ne fait pas gaffe. Celui-ci est un chanteur et guitariste de blues, né en 1952 et mort en 1993. Hé oui, il est mort, mais bon, ça fait longtemps (pas tant que ça, mais quand même un peu, j'avais 11 ans à sa mort). C'est clairement le genre d'artiste qui ne suscite pas vraiment un entrain prodigieux du grand public, surtout chez nous : soit on est un fan de blues, et dans ce cas, il y à de bonnes chances pour qu'on le connaisse, soit on n'écoute pas de blues, et dans ce cas, si on peut connaître, au moins de nom, certains musiciens de blues (B.B. King, John Lee Hooker, Stevie Ray Vaughan pour en citer un de plus récent - mais de tout aussi mort que les deux autres). Mais John Campbell ? J'avoue, j'ai découvert ce mec, dont je ne connais qu'un seul album (et pas la peine de vous dire lequel, sur les quatre qu'il a sortis), par le plus grand des hasards, en feuilletant un hors-série de Rock'n'Folk dédié à 500 albums importants. Ou un hors-série de ce genre. One Believer, troisième album de Campbell, sorti en 1991, s'y trouvait donc. Je vois cette pochette, en petite vignette, cette photo de Campbell lançant un regard un peu froid et perçant, tout en tirant sur un collier porté autour de son cou, avec une dent de...de quoi ? De loup ? De lion ? De chien ? Ca fait très Willy De Ville, et à l'époque, j'écoutais un peu ce musicien.

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Rien à voir avec le soul/rock louisianais/gumbo créole/zuzu mama de Willy De Ville (ou de Dr John avant lui, ou Professor Longhair), au final. Même si Campbell est né à Shreveport, en Louisiane, comme de bien entendu. Dès le premier morceau, Devil In My Closet, on devine à quoi on a affaire : du blues. Du bon, du pur blues. Avec une production type blues des années 80, autrement dit, pas la meilleure qui soit, car je trouve que la batterie sonne un peu trop artificiellement sur ces albums de blues modernes. En fait, ça sonne trop clean, trop bien produit. Ca peut sembler curieux, de reprocher à un disque d'être trop bien produit, de trop bien sonner, mais quand on écoute du blues, on s'attend à un son un peu crade, genre ma musique vient de loin, genre pas de budget cinq étoiles, c'est pas la peine. One Believer n'est cependant pas niqué par cette production nickel. L'album est trop géantissime pour ça, et sa chanson-titre, qui achève le disque, est une splendeur que je ne peux écouter sans frissonner. La voix de Campbell... Profonde, un peu rauque, qui sent le vécu malgré que le mec n'avait que 41 ans à sa mort - et 39 au moment de ce disque -, une voix agréable, rien à voir avec Howlin' Wolf, mais une voix qui semble venir de loin, revenue de tout. Les chansons ne sont pas des modèles de gaieté : Tiny Coffin, World Of Trouble, Angel Of Sorrow, One Believer...

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En une cinquantaine de minutes, cet album imparable ne possédant aucune fiche Wikipédia (et celle de Campbell, anglophone ou française, est des plus succintes) est un vrai régal pour amateurs de blues. Ambiance parfois imprégnée de vaudou (les photos du livret n'y sont pas pour rien, en même temps), atmosphère poisseuse et sombre, et 10 morceaux remarquables font de cet album une réussite, un des meilleurs albums de blues de son époque, digne de figurer dans une liste des meilleurs albums du genre aux côté de ses glorieux aînés des années 50/60 (et même au-delà, je pense au mystérieux Robert Johnson, le premier des bluesmen maudits, qui aurait vendu son âme au diable à un carrefour, à Clarksdale, en échange du talent de musicien et du succès). John Campbell, malgré la réussite de cet album, malgré un talent indéniable, malgré une voix faite pour chanter le blues, n'a hélas pas eu le succès mérité. Il n'en a pas vraiment eu le temps, en même temps, décédé d'une crise cardiaque dans son sommeil à 41 ans, il ne devait, sans doute, pas boire que de l'eau, devait fumer, peut-être même de la came, je ne sais pas... C'est con. Mais cet album reste, lui, intouchable, et si vous ne connaissez pas, bon Dieu, foncez, c'est du lourd. 

Devil In My Closet

Angel Of Sorrow

Wild Streak

Couldn't Do Nothin'

Tiny Coffin

World Of Trouble

Voodoo Edge

Person To Person

Take Me Down

One Believer