SM1

Aah, la Machine Molle... Quiconque s'intéresse ne serait-ce qu'un peu au rock progressif a au moins écouté un de leurs albums. Groupe britannique associé (comme Caravan, notamment) à la scène de Canterbury, Soft Machine, dont le nom provient d'un roman de William S. Burroughs (un écrivain de la Beat Generation, adepte du cut-up, technique d'écriture assez chaotique consistant à découper et mélanger des bouts de phrases afin d'en faire autre chose ; La Machine Molle, notamment, a été conçu de la sorte, et c'est pas de la tarte tropézienne à lire, je peux vous le certifier), a démarré sa carrière vers 1966. Le premier album date de 1968, il est éponyme, et le groupe est alors constitué de Kevin Ayers (chant, basse), Mike Ratledge (orgue, piano) et Robert Wyatt (batterie, chant, celui-là même qui, en 1973, après un accident l'ayant laissé paralysé des jambes et en fauteuil, se reconvertira en claviériste/chanteur et fera une carrière aussi atypique - Rock Bottom... - que formidable). Pas de guitare. Ayers, qui a vécu une grande partie de sa vie (et notamment sa fin de vie, il est mort en 2013) dans le sud de la France et parlait un français parfait, quitte le groupe après le premier opus. Il n'y reviendra jamais. Hugh Hopper (basse, guitare) déboule, le groupe reste donc un trio, et enregistre, début 1969, son deuxième album, qui sort en septembre de la même année sous le titre très logique de Volume Two. Au passage, le troisième album (sorti en 1970, un double album avec seulement 4 morceaux, un par face) s'appelle Third, et jusqu'au septième album inclus, les albums seront baptisés de la même manière. La pochette de ce deuxième opus de Soft Machine est curieuse : une sorte de pantin un peu désarticulé, avec un visage de jeune femme souriante, un truc difficilement descriptible, sur fond sable. La version française, chez Barclay, de l'album offre une autre pochette : toute noire, avec le groupe en contraste blanc. Cette version française (enfin, ce pressage français, parce que musicalement, rien ne change) est assez rare à dénicher. 

SM2

Court (33 minutes), Volume Two offre deux suites de morceaux, une par face, de respectivement 17 et 16 minutes, et offre, en tout, 17 morceaux (10 et 7 selon la suite). Pas la peine de préciser, donc, que les morceaux sont dans l'ensemble très courts. Le plus court fait 10 secondes, il y en à en fait deux de cette durée (enfin, un de 10 et un de 12 secondes, on ne va pas chipoter pour 2 secondes de différence), les deux parties de A Concise British Alphabet dans lesquelles Waytt annonne les lettres de l'alphabet. Le plus long morceau fait 5:58 minutes, Hibou, Anemone And Bear. 5 titres en tout font moins d'une minute, et en les comptant, 10 titres font moins de 2 minutes. Ce n'est pas le genre d'album à écouter en mode aléatoire, ou en prenant un titre comme ça, du genre tiens, j'ai bien envie de me réécouter As Long As He Lies Perfectly Still ou Dada Was Here, moi. Cet album est à écouter d'une traite, et il est même conseillé de considérer qu'en fait, il n'y à que deux morceaux, Rivmic Melodies et Esther's Nose Job (titres des deux parties ; la seconde partie tire son titre d'un chapitre du roman V de Thomas Pynchon ; roman paru en 1963 et qui n'a rien à voir avec la série TV de SF du même nom, je le précise, absolument rien à voir) plutôt que 17, et en cela, le vinyle est préférable (même si dégotter un vinyle de Volume Two n'est pas facile à moins d'y mettre le prix, je peux en témoigner, 45 euros pour un pressage ricain d'époque en état impeccable), parce qu'on ne se rend pas compte du changement de morceau, on a l'impression que tout coule d'une traite. Et comme il n'y à pas de pause entre les morceaux (sauf au changement de face, évidemment), c'est totalement le cas, en fait.

SM3

C'est un disque impossible à chroniquer en raison de ses 17 morceaux qui en fait n'en sont que deux, en raison de son bordel musical assumé, aussi. Le rock progressif dit de Canterbury a toujours été assez complexe, proche du Zappa des débuts, free-jazz. Volume Two aurait pu être un disque des Mothers Of Invention, il y à pas mal d'humour, même si ce n'est pas aussi frappadingue. Ce n'est pas facile d'accès (Third, avec ses longs morceaux de 17 à 19 minutes, est "pire" encore !), c'est de la musique pour l'esprit, pour le cerveau, comme il est indiqué sur l'intérieur de pochette (ci-dessus). Evidemment, aucun tube ici, ce n'est pas le genre de la maison. Un croisement hallucinant entre progressif, jazz et musique concrète, qui laisse stupéfait, pantois, sur le cul, et même un peu admiratif, à moins d'être totalement réfractaire à ce genre de rock progressif qui n'est vraiment pas le même que celui de Yes, Genesis ou Emerson, Lake & Palmer. Plus exigeant, moins accessible. Un des meilleurs albums du groupe avec le suivant, ensuite ça se gâte franchement. A noter que Wyatt quittera le groupe en 1971 après le quatrième opus, il fondera son propre groupe, Matching Mole (notez le jeu de mots sur Soft Machine : Matching Mole = Machine Molle) qui fera deux albums très réussis, puis il aura son accident en 1973 et après sa convalescence, se reconvertira et aura la carrière que l'on sait...

FACE A (Rivmic Melodies)

Pataphysical Introduction - Part 1

A Concise British Alphabet - Part 1

Hibou, Anemone And Bear

A Concise British Alphabet - Part 2

Hulloder

Dada Was Here

Thank You Pierrot Lunaire

Have You Ever Been Green ?

Pataphysical Introduction - Part 2

Out Of Tunes

FACE B

As Long As He Lies Perfectly Still

Dedicated To You But You Weren't Listening

Esther's Nose Job

a) Fire Engine Passing With Bells Clanging

b) Pig

c) Orange Skin Flood

d) A Door Opens And Closes

e) 10:30 Returns To The Bedroom