B001C0U642

Personne n'aurait donc pu dire à Otis Redding, en décembre 1967, de ne pas prendre l'avion ? Ca lui aurait évité de mourir connement à l'âge pas du tout canonique de 26 ans, et de laisser en plan ses premiers fans. Peu de temps avant le terrible crash aérien ayant entraîné sa mort et celle de ses musiciens (et du pilote, copilote et radio, évidemment), Otis avait enregistré une foultitude de morceaux, dont pas mal se retrouveront, début 1968 (en février), sur un album qui, premier sorti après le crash, sera, donc, par la force des choses, le premier album posthume du chanteur. D'autres suivront, en 1968 (The Immortal Otis Redding), 1969 (Live At The Whiskey-A-Go-Go), etc, plus de nombreuses compilations. Quant à ce premier album posthume, le voici, il s'appelle The Dock Of The Bay, et son titre est aussi celui de la première de ses chansons, une chanson mythique, sans doute la plus connue (avec I've Been Loving You Too Long, issue de l'album Otis Blue de 1965), une des plus belles. Le titre de la chanson sera réutilisé par la suite pour une compilation du chanteur, je tiens donc à faire le point ici, l'album que j'aborde right now, avec cette pochette sur fond marron verdâtre (caca d'oie, comme on dit), est l'album original de 1968, et si vous voyez un autre album avec, sur fond noir, une photo noir & blanc d'Otis, et le même titre, c'est, là, un best-of. Nuance. Revenons à l'album. Il offre 11 titres, et est très court : une petite demi-heure toute pétée, rien de plus, les chansons sont courtes, ce qui, chez Otis Redding et pour les chansons de l'époque, n'est pas rare. Une des chansons, la dernière, Ole Man Trouble, se trouve aussi sur l'album Otis Blue, dans la même version, elle a été rajoutée là sans doute pour rajouter un peu de matos à un album déjà court. On ne s'en plaindra pas, la chanson étant grandiose.

DOTB2

L'album a été enregistré en plusieurs fois, les chansons datant de diverses sessions allant de 1965 pour la plus ancienne (je viens d'en parler, c'est cet Ole Man Trouble) à 1967 pour 8 titres. Les autres morceaux anciens sont Nobody Knows You (When You're Down And Out), un blues de Jimmie Cox qui sera repris par Derek & The Dominoes (supergroupe de Clapton) en 1970, et qui, ici, date de 1966, tout comme Don't Mess With Cupid. Le reste, donc, est de 1967, plusieurs sessions tout du long de l'année (on notera que le morceau-titre, qui ouvre magnifiquement l'album, est crédité à 1968, il est en effet sorti en single en janvier, mais a été forcément enregistré en 1967, Otis, en janvier 1968, était déjà mort). Parlons maintenant de cette sublime chanson, ce (Sittin' On) The Dock Of The Bay. Dès le départ (la voix chaude et douce d'Otis chantant Sittin' in the mornin' sun...), on sent que cette chanson a quelque chose. Ses 2,38 minutes passent trop vite, on en redemande, et l'envie de remettre la chanson au début plutôt que de continuer à écouter l'album est forte, quasi irrépréssible. Pourtant, la suite est tellement belle qu'elle se passe de commentaires, I Love You More That Words Can Say, Let Me Come On Home, Open The Door... Si, selon moi, Otis Blue (1965) est le meilleur album de Redding, celui-ci arrive juste derrière. Tramp (en duo avec Carla Thomas, avec qui il a fait un album entier, King & Queen), The Glory Of Love, Ole Man Trouble, Don't Mess With Cupid, autant de chansons qui forcent totalement le respect, et imposent Otis comme un des plus grands soulmen, non seulement de sa génération, mais de toutes les générations.

DOTB1

31 minutes au compteur pour ce premier testament d'Otis Redding, et sans doute son meilleur album posthume. Les autres seront bons (The Immortal Otis Redding vaut vraiment le coup), mais The Dock Of The Bay, en partie parce qu'il contient (Sittin' On) The Dock Of The Bay, s'impose comme un essentiel de l'artiste et de la soul. Une petite perfection (le son est grandiose pour un album de 1967/68), aucune mauvaise chanson, on regrettera juste une durée, comme toujours avec Otis (Otis Blue, The Soul Album, durent 33 minutes), vraiment courte, ce qui est frustrant. Mais au détriment de la quantité, on a, ici, une qualité ahurissante, totale, vraiment rien à jeter, un chef d'oeuvre absolu du genre. A peine surpassé par Otis Blue selon moi, mais à peine !

FACE A

(Sittin' On) The Dock Of The Bay

I Love You More Than Words Can Say

Let Me Come On Home

Open The Door

Don't Mess With Cupid

FACE B

The Glory Of Love

I'm Coming Home To See About You

Tramp

The Hucklebuck

Nobody Knows You When You're Down And Out

Ole Man Trouble