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1966, la culture hippie/flower power, le psychédélisme, font irruption, et ravagent tout. Tout le monde, à commencer par les Beatles, vont vouloir faire du rock psychédélique. Les Rolling Stones aussi vont s'y coller, en 1967, avec deux albums (mais en fait, surtout le deuxième qu'ils sortiront, Their Satanic Majesties' Request, totalement éloigné de ce que les Stones faisaient alors, tellement éloigné que le groupe le reniera quelque peu, en tout cas pendant des années). Mais avant de sortir ce disque bien lysergique (pochette en 3D, effets sonores, etc), les Cailloux ont, en début d'année 1967, publié un autre album, un disque bien plus pop, une sorte de disque beatleesque de la part de ceux que l'on pouvait, à l'époque, qualifier d'anti-Beatles (les deux groupes étaient amis, cependant, et s'arrangeaient le plus possible pour ne pas sortir de disques en même temps, pour ne pas se mettre en concurrence). Cet album, enregistré entre août et décembre 1966 en divers studios (IBC Studios, Pye Studios, Olympic Studios de Londres, et même, au début des sessions, à Hollywood, Studios RCA !), et qui sortira fin janvier 1967 en Angleterre et début février aux USA, c'est leur cinquième album (pour l'Angleterre) : Between The Buttons. De même que pour les Beatles, deux ans plus tôt, avec Rubber Soul (ils y apparaissaient déformés par la distorsion de l'image), la pochette donne le ton, avec cette photo en partie floue du groupe, posant dans un décor hivernal. Richards arbore ses shades noires, Jagger semble sur le point de traiter quelqu'un de connard, Watts savoure ce moment, Wyman semble, comme à on habitude, s'emmerdailler grave, et Jones, en arrière-plan, semble soit malade au point de devoir rester au chaud, mais ayant insisté pour venir, soit totalement ivre ou défoncé, un Puck (relisez Shakespeare si vous ne savez pas de quoi je parle) givré, son expression, sur la photo, fait limite froid dans le dos tellement il ne semble pas normal.

 

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Verso de pochette, les dessins sont signés Charlie Watts, oui, il joue mieux de la batterie que des crayons

 

Selon le photographe ayant fait cette pochette, Jones ressemble à un raton-laveur albinos maudit, et il aurait volontairement foiré sa pose au moment de la prise de photo. On ne reviendra pas sur le destin de Brian Jones, dont les dérives droguées feront qu'il sera progressivement, jusqu'à son renvoi en 1969 peu avant sa mort par noyade accidentelle dans sa piscine, écarté du processus créatif au sein du groupe qu'il a en parti fondé. Between The Buttons est un disque que j'ai mis du temps à aimer. Mon ancienne chronique, ici, remonte à une dizaine d'années, et sans défoncer ce disque, je n'étais pas particulièrement du genre dithyrambique. Il faut dire que je ne connaissais de ce disque que sa version américaine, laquelle, comme celle d'Aftermath (1966), mais tout de même à un degré moindre (la version ricaine d'Aftermath durant 12 minutes de moins que la britannique, et contient 11 titres au lieu de 14, un vrai bordel), diffère de la version britannique. En fait, le premier album du groupe sorti tel quel des deux côtés de l'Atlantique, c'est leur suivant,  Their Satanic Majesties' Request. Between The Buttons (le titre de l'album vient d'une réponse donnée à Watts par leur manager Andrew Loog Oldham sur quel sera le titre de l'album : il lui répondra que c'est, pour le moment, non défini encore, soit, en anglais, 'between the buttons', et Watts trouvera cette expression tellement bien qu'il titrera ainsi son petit cartoon de dos de pochette, et l'album se trouvera ainsi baptisé) contient 12 titres, pour 38 minutes, quelle que soit la version de l'album (de plus, la pochette est la même, contrairement à Aftermath). En bas d'article, vous avez les deux tracklistings, pour juger. La grosse différence, c'est que la version ricaine contient les deux singles sortis parallèlement à l'album en Angleterre, Ruby Tuesday et Let's Spend The Night Together, sortis ensemble sur un 45-tours à double face A (comme les Beatles avec Penny Lane/Strawberry Fields Forever à la même époque). La version anglaise, elle, à la place, contient Back Street Girl et Please Go Home

 

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Ca peut paraître étonnant qu'un album change du tout au tout par la présence ou l'absence de deux chansons seulement, et un ordre différent (même si l'ordre est tout de même à peu près le même, ce n'est pas totalement chamboulé), mais c'est bel et bien le cas. Et évidemment, la version british de l'album, la pure, est la meilleure. La présence des deux singles sur la version ricaine (qui est plus facile à trouver en CD que l'autre) tente, en forçant, de transfomer un disque baroque de pop-rock beatlesienne à la Stones en grosse machine à hits. Mais le problème, c'est le contraste, flagrant, entre ces deux hits et le reste de l'album. La version anglaise est, elle, totalement auto-cohérente. Between The Buttons, je l'ai vraiment aimé à partir du moment où j'ai pu le découvrir tel qu'il est sorti en Angleterre, même choe pour Aftermath d'ailleurs. L'album n'aligne pas les tubes, dans sa version originale, mais des grandes chansons, on en a : My Obsession, Miss Amanda Jones (sur Amanda Lear), She Smiled Sweetly, Connection, Who's Been Sleeping Here ?, Yesterday's Papers, All Sold Out... S'il fallait comparer ce disque à un autre, ça ne serait pas chez les Cailloux, mais chez leurs amis/rivaux, les Beatles. Between The Buttons, de sa pochette à son contenu, me fait en effet fortement penser à Rubber Soul, que j'ai déjà cité plus haut, et qui est son aîné de deux ans. Enfin, d'un an et demi. Il y à sur ces deux albums exigeants (généralement, il faut quelques écoutes pour s'imprégner des chansons) la même ambiance, le même aspect aventureux, mais pas trop, la volonté de sonner pop tout en tentant de sonner plus adulte, plus recherché que de coutume, l'air de dire nous, au moins, on tente  autre chose que les vulgaires petites chansonnettes sucrées de 2,30 minutes habituelles. Autre influence (mais comme ce disque est inspiré par Rubber Soul, on en revient au même au final), Pet Sounds des Beach Boys. Mais si le disque des Stones sonne un peu comme celui des Bitteuls et celui des Biche Bois, c'est en version cynique, méchante, cruelle, froide, bref, stonienne. Un disque étonnant, varié (on y entend notamment du kazoo, de la trompette, des marimbas, du trombone, essentiellement joué par Brian Jones), psychédélique, pop, à la Beatles de la même époque, mais éminemment stonien malgré tout. Pas étonnant que certains estiment sans doute, en leur for intérieur, que ce disque aurait pu s'appeler Between Two Chairs ! Pas un de mes préférés du groupe, il ne serait pas dans un Top 5 et probablement pas dans un Top 10 (ou alors si, mais la fin du classement), mais je l'aime beaucoup. 

Version originale anglaise

FACE A

Yesterday's Papers

My Obsession

Back Street Girl

Connection

She Smiled Sweetly

Cool, Calm And Collected

FACE B

All Sold Out

Please Go Home

Who's Been Sleeping Here ?

Complicated

Miss Amanda Jones

Something Happened To Me Yesterday

Version américaine

FACE A

Let's Spend The Night Together

Yesterday's Papers

Ruby Tuesday

Connection

She Smiled Sweetly

Cool, Calm And Collected

FACE B

All Sold Out

My Obsession

Who's Been Sleeping Here ?

Complicated

Miss Amanda Jones

Something Happened To Me Yesterday