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Oooh, Rod Stewart...oubliez le crooner peroxydé braillant D'Ya Think I'm Sexy ? sur fond de musique disco/pop, ou beuglant son Baby Jane tout juste bon à faire trempoter les culottes des nénettes 80's... Oui, oubliez cette facette du personnage. Le Rod Stewart de base, le vrai, le pur et dur, on peut encore le trouver dans tous les bons magasins (sans parler d'Internet), livré avec tous ses accessoires d'époque (une voix de fou, des albums terribles), et un des meilleurs exemples à donner, quand on parle du Rod Stewart bluesy et originel, c'est de parler du Jeff Beck Group, et notamment du deuxième album du groupe cité, à savoir Beck-Ola, de 1969, avec sa pochette reprenant un tableau de Magritte représentant une grosse pomme verte dans un cachot. L'album est totalement heavy (à faire trembler Led Zeppelin II, pourtant férocement lourd dans ce registre aussi), et fut conçu comme un engin de destruction massive capable de renvoyer Led Zeppelin aux pâquerettes. Mais au final, le succès ne sera pas au rendez-vous, et Jeff Beck (un ancien des Yardbirds, comme Jimmy Page, de...Led Zeppelin) splittera son Group. Rod Stewart, de son côté, part vite rejoindre un groupe du nom de Faces, avec lesquels il va briller durant la première partie des années 70. Des albums comme Long Player (1971, avec une quintessentielle reprise du Maybe I'm Amazed de Paul McCartney) ou A Nod's As Good As A Wink...To A Blind Horse (1972) sont totalement essentiels. Mais Rod The Mod entend bien se lancer en solo aussi, et c'est chose faite dès 1970, année de son incorporation dans les Faces (dont Ron Wood, ancien du Jeff Beck Group, fera aussi partie en tant que guitariste ; il était bassiste chez Jeff Beck), avec un album au titre idiot : An Old Raincoat Won't Ever Let You Down ("un vieil imper ne vous laissera jamais tomber"), puis, la même année, Gasoline Alley. Et, en 1971, son troisième album solo sera son meilleur, Every Picture Tells A Story. Cet disque. Si. Enregistré en novembre 1970, le disque sortira en mai 1971 et sera un succès monstrueux, digne du record : il sera, aussi bien en Angleterre qu'aux USA, N°1, simultanément, et ça sera aussi le cas du single promotionnel ! Du jamais vu pour l'époque, un tel squattage !

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Autoproduit, l'album aligne soit 10, soit 8 titres, c'est selon le découpage, mais si vous avez une édition 8-titres (le CD propose 8 titres, quelle que soit l'édition, il me semble), sachez que vous avez tout l'album (qui dure 40 minutes), rien ne manque. Ca s'explique par le fait que deux courts titres (une reprise de l'air traditionnel Amazing Grace et le court instrumental O. Henry) ont été placés respectivement en final de That's All Right (reprise d'Arthur Crudup, chanson immortalisée par Elvis Presley) et en ouverture de Maggie May (le single cartonneur cité plus haut, et encore, c'était la face B du single, la A étant (Find A) Reason To Believe, reprise de Tim Hardin. La face B ayant été un tel succès, le single sera réédité, faces inversées. Sous sa pochette art-déco donnant un air vaguement rétro à l'ensemble (j'adore, personnellement, les vignettes du dos de pochette, représentant chacune un morceau, voir ci-dessous), l'album est de ceux qui ne prennent pas d'âge, ou alors se bonifient avec le temps. Beaucoup de reprises sur le disque, ce qui n'est pas rare chez Stewart, il reprendra souvent, comme c'est aussi le cas de Joe Cocker (un autre Briton à la voix incroyable), des chansons d'autres artistes. Ici, on a une reprise de Bob Dylan (Tomorrow Is A Long Time), chanson que le Barde enregistra en 1963 durant les sessions de The Freewheelin' Bob Dylan, mais ne commercialisera qu'en 1971 sur son Greatest Hits II (sans doute Rod en a-t-il entendu une version pirate, car ayant enregistré son album en fin 1970, et la chanson originale de Dylan étant sortie officiellement en 1971, il y à un souci de date), une d'un hit Motown : (I Know) I'm Losing You, une de Tim Hardin que j'ai citée plus haut, celle d'Amazing Grace, celle de That's All Right... On a aussi des originaux, hein. Quand même. Mandolin Wind, O. Henry (32 secondes instrumentales signées Martin Quittenton, guitariste jouant sur l'album et ayant co-écrit Maggie May), Maggie May donc, et la chanson-titre, co-écrite par Rod et Ron Wood.

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Oui, Every Picture Tells A Story est le sommet de Rod Stewart. Oui, le futur chanteur de Baby Jane et Sailing offre ici un régal absolu de rock typiquement briton (comment expliquer facilement et rapidement à quel point ce disque respire l'Angleterre ? On sait que cet album est britannique rien qu'à l'écouter, même sans connaître la nationalité de Rod Stewart), une collection de chansons qui, reprises ou originales, assurent à fond dans leurs registres respectifs, et s'écoutent et se réécoutent sans lassitude. Maggie May et Mandolin Wind, avec leurs mandolines, sont de pures merveilles, (Find A) Reason To Believe achève l'album sur une note touchante, That's All Right déchire tout, Rod y étant déchaîné, et Amazing Grace qui y est collé juste après, sur la même plage audio, est sublime, la chanson-titre est un classique... En ce qui me concerne, mention ultra spéciale à Maggie May (ce final à la mandoline... beau à chouiner) et Every Picture Tells A Story, suivies par Mandolin Wind, et vous avez le trio de tête pour l'album. Oublier Seems Like A Long Time, que je n'avais pas encore (la shuma ! comme on dit maintenant chez les djeun'z) cité, serait cependant impardonnable. Ca ne l'est pas, finalement, car je me suis souvenu de la citer, ah ah. Pour en revenir à l'album, en guise de conclusion, c'est vraiment une tuerie dans son genre, les musiciens (Ron Wood, Martin Quittenton, Micky Waller, Ian MacLagan, Pete Sears, Danny Thompson...) sont terribles, la production est sublime, les chansons sont d'un niveau remarquable (ou bien ce sont de parfaits choix de reprises), même la pochette et son artwork art-déco volontairement kitschouille est remarquable. Bref, highly recommandé !

FACE A

Every Picture Tells A Story

Seems Like A Long Time

That's All Right

Amazing Grace

Tomorrow Is A Long Time

FACE B

O. Henry

Maggie May

Mandolin Wind

(I Know) I'm Losing You

(Find A) Reason To Believe