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Bon. Parlons peu, mais parlons bien. J'aimerais savoir pourquoi cet album des Kinks est aussi difficile à trouver en vinyle à moins de dépenser 100 € pour un pressage d'époque. Pourquoi il n'a pas été réédité en vinyle au contraire des deux précédents albums du groupe (et d'une manière générale, leurs précédents opus). Mais ce coup de gueule de ma part ne servira à rien, alors autant continuer la chronique tout d'abord en parlant de l'album, et ensuite, en en parlant également. Voici un des meilleurs albums du groupe, et leur quatrième chef d'oeuvre consécutif après Something Else (1967), ...The Village Green Preservation Society (1968) et Arthur Or The Decline And Fall Of The British Empire (1969). Cet album-ci, sous sa pochette qui pastiche "l'Homme de Vitruve" de De Vinci, date de 1970 et il s'appelle Lola Versus Powerman And The Moneygoround, Part 1. Autant le dire, il n'y aura pas de ...Part 2. Soit que le groupe n'a pas réussi à amasser suffisamment de bonnes chansons pour ça, soit qu'ils ont fait le deuxième volume mais qu'ils décideront de ne pas le publier, soit qu'ils n'avaient, tout simplement, pas l'intention de faire une suite. Ray Davies, leader du groupe, parlera apparemment un jour de leur album suivant (enfin, le suivant su on pet de côté Percy, bande-originale du film homonyme), le remarquable Muswell Hillbillies de 1971, comme d'une sorte de suite à l'album, mais ce n'est, en fait, pas le cas du tout, et il semblerait qu'en fait, l'album était initialement prévu pour être double, mais on le leur refusera (gageons que l'album aurait été Lola Versus Powerman And The Moneygoround, Part 1 & 2 !). 

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Un des pans de le pochette intérieure (même chose de l'autre côté, avec la suite des paroles et du motif géométrique)

L'album marchera très bien à sa sortie et sera bien reçu par la presse ce qui fit qu'on en parlera comme de l'album du comeback pour les Kinks, dont les précédents opus, malgré leur réussite, n'avaient pas eu le succès escompté. Deux hits, Lola et Apeman, seront tirés de l'album, et concernant ces deux chansons, il y à des choses à dire. Lola est une des premières chansons à oser aborder le thème à l'époque encore assez tabou de la transsexualité, le personnage de Lola étant un homme déguisé en femme. Bien évidemment, malgré le succès de la chanson, la censure n'a pas manqué de tomber sur le groupe, surtout qu'en plus du sujet osé, les Kinks ont utilisé, sans autorisation au préalable, le nom de la marque Coca-Cola (cependant, la version sortie en single utilise les termes 'cherry cola' à la place, c'est la version de l'album qui utilise le nom de la marque). Et Apeman sera reprise, en français (et là aussi, ça sera un gros tube) par...Serge Lama, qui modifiera les paroles et les arrangements, et transformera le tout en Superman. Ceux qui connaissent bien la chanson de Lama sauront la reconnaitre en écoutant la version originelle, celle des Kinks. Notons que là aussi, avec Apeman, les Kinks seront emmerdés par la censure : la phrase the air pollution is a-foggin' my eyes sera mal entendue, a-foggin' sera entendue a-fuckin'... Aucune erreur n'est cependant possible, les paroles des chansons de l'album étant imprimées à l'intérieur de la pochette gatefold (et dans le livret de la réédition CD) !

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Verso de pochette

Pour ce qui est des autres chansons, parfois courtes (en tout, on a 14 titres, 13 pour le CD qui a lié l'Introduction dans la plage audio de The Contenders, et l'ensemble de l'album dure 40 minutes), on a franchement aucun rejet à faire, même les titres les plus courts (The Contenders, son intro excepté, ne dure que 2 minutes, The Moneygoround dure moins de 2 minutes) sont excellents, et en tout cas, ils sont tous indissociables de l'ensemble. Je ne l'avais pas encore dit dans ma chronique qui s'approche dangereuseusement de sa fin, mais Lola... est un album conceptuel, au même titre que les deux précédents opus, ce qui, de toute façon, est évident au vu de son titre, de la mention Part 1 et des titres des chansons. Autant ...The Village Green Preservation Society parlait d'un endroit idyllique, bien représentatif de l'Angleterre parfaite et ancestrale chérie par les Kinks (ils reviendront, en 1973/74, le temps de deux albums bien pourris, Preservation Act 1 et le double Preservation Act 2, dans ce Village Green idéal et fictif), et autant Arthur... était une biographie romancée et teintée de cours d'histoire de l'Angleterre du XXème siècle, d'un homme lambda, beau-frère de Ray Davies, ayant quitté son pays pour vivre en Australie, autant ce Lola... est plus une critique acerbe de notre société et des médias qu'un album racontant, en fait, une histoire. Le monde de la musique lui-même en prend pour son grade avec Top Of The Pops (Angus Young aurait-il écouté les Kinks, du moins ce morceau ? Le riff de Highway To Hell me semble en effet totalement repiqué à Top Of The Pops), Denmark Street (qui parle des maisons d'édition de chansons), les syndicats sont aussi visés dans Get Back In Line, les businessmen dans The Moneygoround, toutes les facettes de l'industrie musicale (même les tournées sans fin, avec This Time Tomorrow) est visée par les Kinks qui semblent, ici, sous couvert d'un album parfois très rock et parfois franchement pop (toujours cette admirable voix de Ray Davies, et ces textes de folie), régler quelques petits comptes.  L'ensemble sonne admirablement bien, tout percute comme il faut, et il est évident que ce Lola... est une des oeuvres-phares du groupe des frangins Ray et Dave (qui signe ici deux chansons, Strangers et Rats) Davies. Essentiel, quoi !

FACE A

Introduction

The Contenders

Strangers

Denmark Street

Get Back In Line

Lola

Top Of The Pops

The Moneygoround

FACE B

This Time Tomorrow

A Long Way From Home

Rats

Apeman

Powerman

Got To Be Free