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Ne seraient-ce pas les Mothers Of Invention qui enregistreraient sous un autre nom dans une dernière et désespérée tentative de voir leur musique dégueulasse enfin diffusée à la radio ? se demande le personnage principal de la pochette recto de cet album. Voilà qui donne direct le ton. Oui, ce disque est un album des Mothers Of Invention, et donc de Frank Zappa, mais il est en effet sorti officiellement sous le nom de Ruben & The Jets. Enfin, officiellement...si vous tournez la pochette du disque, vous avez une belle photo d'un Zappa jeunot mais totalement reconnaissable, et si vous ouvrez la pochette gatefold, vous avez les noms des musiciens, des vrais musiciens, Zappa, Jimmy Carl Black, etc... Mais Cruising With Ruben & The Jets n'en demeure pas moins un album totalement à part dans le corpus zappaïen. Un album maudit, aussi : en 1984, Zappa, se rendant compte que les masters de certains des albums des Mothers (ceux de la période 1968/1969, et cet album date de 1968) commencent sérieusement à souffrir, décide de refaire les rythmiques (basse, batterie), avec d'autres musiciens. Hérésie : cette version traficotée de l'album, mais aussi de Uncle Meat, a été celle qui fut commercialisée en CD, par Rykodisc, jusqu'à récemment (le catalogue de Zappa a été réédité, CD et vinyle). En 2010, un CD du nom de Greasy Love Songs est sorti, proposant le Cruising With Ruben & The Jets original de 1968. La réédition CD la plus récente, et le repressage vinyle, la proposent aussi, heureusement. Vous pouvez donc foutre votre ancienne édition CD au feu, à la déchetterie, dans un gros trou de six mètres de profondeur, dans la cuvette de vos chiottes (déconseillé ; faites-le plutot chez quelqu'un d'autre) ou dans la boîte aux lettres de votre pire ennemi. 

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Mais qu'est-ce donc que ce putain de truc ? Il y à longtemps (sur des guitaaaaareuus... hum.), j'avais abordé ce machin. Je ne lui avais pas attribué une mauvaise note car je n'attribue pas de notes, mais si ça avait été le cas, elle aurait été vachasse. J'avais classé ce disque dans les 'ratages'. Si. Je détestais ce disque, mais alors quelque chose de très bien. Faut dire que je déteste le doo-wop, et ce disque, c'est quoi, c'est quoi, c'est quoi ?, c'est du doo-wop. Parodique, zappaïen, mais du doo-wop. Zappa adorait ce genre musical désuet et franchement limité, ayant eu son heure de gloire dans les années 50, mais qui n'en demeure pas moins franchement con. Cretin Hop, comme le chanteront les Ramones. Il le revendique, d'ailleurs, dans les notes de pochette : Voici un album de chansons d'amour graisseuses et de stupide simplicité. Zappa précise aussi que son groupe et lui (mais en fait, surtout lui, je pense) aime vraiment ce genre de chansons. Mais il sent bien, aussi, que le doo-wop ne va pas vraiment coller avec la réputation de cadets de l'espace interplanétaire des Mothers Of Invention, alors il sort le disque sous un faux nom, tout en précisant que c'est bien lui, Zappa, faut pas prendre les gens pour des golios non plus. Le Ruben du titre, dont on a une biogaphie (qui s'achève par la férocement cruciale précision comme quoi il possède trois chiens du nom de Benny, Baby et Martha, comment vivre correctement et ne pas savoir ça ? Oui, c'est bien de l'humour) au dos de pochette, s'appellerait Ruben Sano, sa musique fleure bon les années 1955. Pourtant, quatre des morceaux sont des reprises...de chansons de Freak Out !, le premier (et double) album des Mères de l'Invention : Any Way The Wind Blows, I'm Not Satisfied, How Could I Be Such A Fool ? et You Didn't Try To Call Me.

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Le reste de cet album de 40 minutes et 13 titres est signé Zappa aussi, mais ce sont de nouvelles chansons. A la mode ancienne, ceci dit. Love Of My Life, No. No. No., Stuff Up The Cracks ou Deseri sont autant de parodies bien délirantes, bien connes, bien limitées, de doo-wop. Un genre que, comme je l'ai dit plus haut, je n'aime pas. Niais au possible, ce genre musical daté et aujourd'hui bien oublié (aucun album de doo-wwop n'est entré dans la légende, mis à part cet album-ci qui en est un pastiche, ça veut tout dire) est ici, donc, pastiché. Album que je détestais autrefois, cet opus de Zappa et ses Mères n'est pas devenu un de mes préférés, je l'ai certes viré de la très infâme catégorie des 'ratages', mais ce n'est pas pour l'encenser maintenant ; pour être honnête, j'ai bien failli le laisser dans la catégorie (dans laquelle autre du blog il aurait pu aller ? Rock ? Ce n'en est pas. Pop ? Non plus. Alors je l'ai mis là où sont les autres albums de Zappa : le free-jazz, ce que n'est pas non plus cet album, mais bon, c'est par défaut, je n'allais pas créer une catégorie 'doo-wop' rien que pour cet album). Non, je n'arrive toujours pas à aimer Cruising With Ruben & The Jets. Je comprends son délire, pourquoi Zappa l'a fait, et je comprends son statut culte. Au passage, avant que vous ne me le demandiez, oui, dans son récent bouquin sur 111 albums de rock (et affiliés) n'ayant pas eu de chance dans la vie et étant très sous-estimés, Manoeuvre a en effet inclus cet album de Zappa. C'est d'ailleurs ça qui m'a fait me dire qu'il fallait peut-être que je le réaborder d'une manière un peu plus professionnelle et objective (ma précédente chronique, c'était du genre j'aime pas/c'est de la merde/Vous ne passerez pas/fuyez, pauvres fous), mais je n'ai pas changé d'avis, j'aime pas cet album vraiment à part et ridicule. Un OVNI musical, certes ; un disque culte, certes aussi ; un grand disque ? Absolument pas. Ni pour Zappa, ni pour son époque, ni en général. Un disque à écouter ? Oui (dans sa version d'époque, pas le remix 1984), au moins une fois, voire deux. Mais pour découvrir Zappa, privilégiez Hot Rats ou One Size Fits All, quand même.

FACE A

Cheap Thrills

Love Of My Life

How Could I Be Such A Fool ?

Deseri

I'm Not Satisfied

Jelly Roll Gum Drop

Anything

FACE B

Later That Night

You Didn't Try To Call Me

Fountain Of Love

No. No. No.

Any Way The Wind Blows

Stuff Up The Cracks