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Si vous aimez le rock, alors je pense que vous devez connaître Stevie Winwood...ou tout du moins avoir entendu parler de lui. Ah, ne me dites pas le contraire, ou je vais me fâcher très fort. Il me semble en effet imepossibeul que vous n'ayez jamais entendu parler des groupes suivants : 

- Spencer Davis Group

- Traffic

- Blind Faith

Ah ! Qu'est-ce que je vous disais ? Winwood a fait partie de tous ces groupes-là. Né à Birmingham en 1948, il a, très jeune, fait partie de la scène rhythm'n'blues locale. Il a joué live avec les plus grands bluesmen et rockeurs de l'époque à l'occasion de leurs concerts britanniques (Muddy Waters, John Lee Hooker, Sonny Boy Williamson, B.B. King, Bo Diddley, Chuck Berry, Otis Spann, Howlin' Wolf), et comme il était mineur et n'avait, donc, officiellement, pas le droit de bosser de nuit, il tournait le dos au public, sur scène, pour éviter que quelqu'un, le regardant, se dise hé mais il me semble tout jeunot, celui-là ! et n'en réfère à quelqu'un. Il a 15 ans quand, aux côtés de son grand frère Muff, il intègre, à plein temps, le Spencer Davis Group, comme chanteur et guitaiste rythmique. En 1967, il quitte le groupe et forme Traffic, qui va devenir très important (Mr Fantasy). Il joue de l'orgue, en 1968, sur le Voodoo Chile d'Hendrix. Il quitte cependant ce groupe en 1969 pour former, avec Eric Clapton et Ginger Baker qui, eux, en même temps, ont quitté Cream, un supergroupe, Blind Faith, qui ne durera que le temps d'un album et de concerts, mais le moins que l'on puisse dire, c'est que c'est du lourd. Winwood intègre l'Air Force de son pote Ginger Baker, groupe qui, en 1970, fait deux albums. Puis il reforme Traffic jusqu'en 1974. En 1977, il sort son premier opus solo, Steve Winwood. Un très bon premier album de pop/rock teintée de blue eyed soul, qui ne se vendra pas super bien, mais est musicalement intéressant.  

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Trois ans plus tard, 1980 donc, Winwood, désormais crédité Steve et non plus Stevie, sort son deuxième album studio solo, Arc Of A Diver, et là, les choses vont changer. Produit par Winwood lui-même qui joue encore une fois de tous les instruments (guitares, basse, claviers, mandoline, batterie, percussions, drum machine) et a lui-même mixé le truc, il était tout seul ou presque en studio (son propre studio dans le Gloucestershire, en Angleterre), cet album sorti sous une pochette assez moche représentant, en mode abstrait, dans un style proche de celui du Matisse fin de carrière, un plongeur en pleine action (symbolisant le titre de l'album : 'l'arc d'un plongeur') sera un beau succès commercial. Je ne vais pas dire que c'est l'album de Winwood que tout le monde a chez soi, car tout le monde n'a pas cet album, mais bien souvent, quand on n'a qu'un seul album solo de Winwood, c'est celui-là. C'est le best-seller, le breakthrough album, qui comporte seulement 7 titres (pour un total de 40 minutes) mais aucun rejet, et offre un vrai hit, qui se classera N°7 aux USA, While You See A Chance, qui ouvre efficacement l'album. Je n'ai pas encore parlé de la voix de Winwood, qui, en 1980, est la même qu'à l'époque de Traffic ou de Blind Faith : aigrelette, à la Peter Gabriel, parfaite pour chanter du blues ou de la pop. J'ai découvert cet album via un ami qui, il y à longtemps, quand j'ai eu ma première platine vinyle (bien des années après que la platine familiale ait été virée et remplacée par une chaîne hi-fi, quand les CD ont remplacé le vinyle dans les années 90), il y à bien 15 ans, m'avait prêté ses disques pour que je les écoute et les copie sur K7 audio. Il n'avait qu'un seul disque de Winwood, celui-ci. Je connaissais déjà le bonhomme, mais aucun de ses albums solo. Ne sachant pas trop à quoi m'attendre, un peu refroidi par la pochette et l'année (1980, sonorités new-wave, etc), je me suis dit que je n'allais sûrement pas aimer cet album. 40 minutes plus tard, j'ai été emballé. Je me suis d'ailleurs chopé le vinyle par la suite.

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Cet album est une pure merveille qui, comme le précédent opus de Winwood, entremêle agréablement pop/rock, soul et new-wave. On a des synthés, certes, mais pas envahissants du tout. Les morceaux, souvent longs (je rappelle qu'il n'y en à que 7), offrent des atmosphères très différentes, entre les très pop While You See A Chance et Arc Of A Diver (ce morceau est gigantesque), le trépidant Second-Hand Woman (qui est sans doute le morceau le moins grandiose ici, mais restons relatifs, c'est tout de même très bon), les mélancoliques, lents, contemplatifs Slowdown Sundown et Dust, l'incroyable Spanish Dancer (qui était mon préféré à l'époque, et je l'adore toujours), les quasi 8 minutes du fantastique Night Train et j'ai tout cité. Brillant chanteur, brillant multi-instrumentiste, brillant producteur, brillant auteur/compositeur (aucune des chansons n'est une reprise, toutes ont son nom dans les crédits), Steve Winwood livre ici sans doute son meilleur album solo, et un des meilleurs albums de sa carrière, toutes périodes confondues. C'est un remarquable album de pop/rock/soul, un peu new-wave mais pas trop, excellemment bien produit et interprété, des morceaux certes longs pour certains, mais jamais ennuyeux. Un disque qui, à l'époque, marchera très bien et lancera définitivement sa carrière...mais, malgré qu'il soit très connu, il faut dire que par la suite, aucun de ses albums n'arrivera à la cheville de cet Arc Of A Diver exemplaire. 

FACE A

While You See A Chance

Arc Of A Diver

Second-Hand Woman

Slowdown Sundown

FACE B

Spanish Dancer

Night Train

Dust