EC1

Après avoir écumé les Yardbirds, les Blues Breakers de John Mayall et Cream, après avoir fondé deux super-groupes (Blind Faith et Derek & The Dominoes), Eric Clapton se lance en solo en 1970 avec un premier album éponyme (Eric Clapton, donc) offrant déjà du remarquablement bon (Blues Power). Il participe activement aux albums des autres (de George Harrison, Delaney & Bonnie, Dr John...), tourne même avec eux parfois, et accessoirement, est un junkie de première. Il se libère de l'héroïne vers 1972 pour plonger un peu mieux dans l'alcool, sort 461 Ocean Boulevard en 1974 et There's One In Every Crowd en 1975, deux albums qui cartonneront et offrent encore une fois du lourd (en vrac, la reprise du I Shot The Sheriff de Marley, Motherless Children, Opposites, Swing Low, Sweet Chariot). Il tourne, évidemment, dans le mon dentier, aussi bien dans son Angleterre de pays qu'aux USA, et il ne faudra pas longtemps pour que God (le titre de son album de 1975 est une réponse à une remarque qu'un fan lui fera un jour, comme quoi il est un dieu de la guitare : il y en à un dans chaque foule) sorte un live. Son deuxième live solo après The Rainbow Concert en 1973. L'album, simple (comme l'autre), plus court en vinyle qu'en CD car un des morceaux, Driftin' Blues, a été rallongé de 7 ou 8 minutes en CD, l'album sort en 1975 sous une pochette criarde et sexy(ste) représentant, sur fond rouge, le dos nu d'une femme, sur lequel a été inscrit, au feutre, le titre de l'album : E.C. Was Here ('E.C. est passé par là'), allusion évidente aux fameuses inscriptions Killroy Was Here laissées par les soldats ricains pendant la Seconde Guerre Mondiale (accompagnées de petits dessins d'un bonhomme à gros nez se cachant à moitié derrière un muret), mais qui est aussi un sous-entendu sexuel, Clapton aurait laissé sa marque après avoir honoré la jeune femme de la couverture (dont on voit les fesses en gros plan au verso, elles prennent tout le verso d'ailleurs). 

EC2

Clapton est entouré de ses musiciens habituels de l'époque : George Terry à la seconde guitare, Dick Sims à l'orgue, Carl Radle à la basse, Jamie Oldaker à la batterie, Marcy Levy au tambourin et choeurs, Yvonne Elliman aux choeurs. Ce live a été enregistré au cours de plusieurs performances : es 19 et 20 juillet 1974 au Long Beach Arena, le 4 décembre 1974 à l'Hammersmith Odeon de Londres, et le 25 juin 1975 au Civic Center de Providence, Long Island. Il ne contient que 6 titres, pour un total de 46 minutes en CD, et de seulement 38 minutes en vinyle. Deux des titres sont issus de l'album éponyme de Blind Faith (1969), à savoir Can't Find My Way Home et Presence Of The Lord, un est de l'album de Derek & The Dominoes (1970) et est par ailleurs une reprise d'un standard (Have You Ever Loved A Woman), le reste est constitué de standards du blues que Clapton n'a jamais cessé de jouer : Driftin' Blues, Ramblin' On My Mind, Further On Up The Road. Aucun titre de ses albums les plus récents n'est donc présent ici. E.C. Was Here est censé être très mauvais, sorti à une mauvaise époque (alcool, drogues, déclarations polémiques et racistes d'un Clapton à côté de ses pompes qui s'était de plus temporairement brouillé avec son pote Harrison après lui avoir piqué sa femme Patti), capté au cours de concerts ne faisant apparemment pas partie des meilleurs moments scéniques de God... Mais à l'écoute de ce live, l'évidence se fait : le son est cristallin, les performances guitaristiques de Clapton sont absolument tuantes (Driftin' Blues, dans sa version longue de 11 minutes, sur le CD donc, est immense, Presence Of The Lord et Have You Ever Loved A Woman aussi, bref toute la face A, mais la B est belle également), il chante bien, le groupe derrière est solide, il y à juste les parties vocales d'Yvonne Elliman que je trouve un peu usantes parfois, mais ça passe encore.

EC3

Ce live n'a qu'un défaut, de taille, il est trop court. Sinon, entre lui et le Just One Night de 1980 (double), mon coeur balance. E.C. Was Here, sous sa pochette d'un goût douteux (il est vrai que pour avoir laissé ce disque sortir sous une pareille pochette, Clapton ne devait pas être dans la meilleure des formes), offre un régal de blues-rock, des parties de guitare sublimes, Clapton a rarement aussi bien joué qu'ici selon moi. Si ces morceaux sont issus de concerts inégaux et d'une période noire pour le guitariste, imaginez alors comment c'est quand il est en totale forme ! N'oublions pas que son meilleur album, le double Layla And Other Assorted Love Songs de Derek & The Dominoes (1970), a été enregistré par un Clapton totalement accro à l'héroïne et l'alcool, bref, dans un état déplorable, et pourtant, il y joue comme un titan et y chante pareil. Désormais totalement sobre (et depuis des années), le Clapper nous sort régulièrement des albums fadasses (Clapton, Old Sock, avant ça Pilgrim, Back Home...), écoutables une fois et ensuite à ranger dans un coin de son étagère où ils prendront la poussière. Alors que ses albums de l'époque 1969/1977, époque noire pour lui, époque camée et alcoolisée, sont tous remarquables, vieillissent bien (qu'ils soient des albums studio ou live), sont toujours géniaux à écouter. Et parmi eux, ce live de 1975 est vraiment un coup de coeur personnel. Ne croyez pas ceux qui disent que cet E.C. Was Here est médiocre. S'il est médiocre, alors je veux écouter du Clapton immense de cet époque, parce que si c'est vraiment médiocre, c'est du médiocre d'un niveau exceptionnel, meilleur que le meilleur de pas mal d'autres groupes ou artistes du même genre !

FACE A

Have You Ever Loved A Woman

Presence Of The Lord

Driftin' Blues

FACE B

Can't Find My Way Home

Ramblin' On  My Mind

Further On Up The Road