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Paul McCartney aura été le premier Beatles à se lancer en solo : en 1967, il sort un album du nom de The Family Way, bande originale d'un film datant de 1966, portant le même nom, réalisé par Roy Boulting. Un film peu connu, voir pas connu du tout, et un album encore moins réputé ; un disque court (25 minutes), assez mineur et même vraiment médiocre quand on y pense, et c'est, surtout, un disque de musique classique, essentiellement. Macca, par la suite, fera d'autres albums dans ce genre (Thrillington en 1977, qui offrira une version instrumentale et symphonique de son album Ram ; Ecce Cor Meum en 2006, aussi). The Family Way est si peu connu et estimé qu'on parle généralement de McCartney (1970) quand on veut parler du premier album de McCartney (et du Wonderwall Music d'Harrison, 1968, quand on parle du premier album solo d'un Beatles). Mais achevons ce préambule qui n'a aucun lien (mis à part qu'on va continuer à parler de Macca) avec le reste de l'article. Macca a donc commencé, réellement, sa carrière solo en 1970, année où chaque ex-Beatles a sorti au moins un disque solo, et année de la "mort" officielle du groupe. Par la suite, d'album en album, Macca a su prouver qu'il était là pour durer, aussi bien en pur solo (ses deux premiers disques, puis, dès 1980 et McCartney II) qu'avec le groupe qu'il a fondé en 1971 et qui durera jusqu'en 1979/80, les Wings. McCartney a sorti un grand paquet de classiques, durant sa carrière solo, McCartney, Ram, Band On The Run, Venus And Mars, London Town, Tug Of War, Flowers In The Dirt, Flaming Pie, le tout récent New, et on peut aussi citer des albums un chouia moins percutants, mais quand même remarquables, comme Red Rose Speedway, Wings At The Speed Of Sound, Off The Ground, Driving Rain et Memory Almost Full. N'importe que artiste (Bowie excepté, car la sienne aussi est une réussite dans le genre) adorerait avoir une discographie aussi étendue et réussie que celle-là.

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Il y à cependant un album que je n'ai pas cité (et si je l'avais fait, il aurait été dans la première énumération), et pour cause, car c'est de lui que jevais parler dès à présent (cette chronique, au fit, remplace une ancienne sur l'album, que j'avais faite en 2010) : Chaos And Creation In The Backyard. Ce disque occupe une place de choix dans la discographie de McCartney, et se situe entre le très réussi (mais un peu long : 68 minutes) Driving Rain de 2001 et le tout aussi réussi (mais plus sobre : 43 minutes, et plus rock) Memory Almost Full de 2007 (entre temps, Macca sortira aussi Ecce Cor Meum, disque de classique cité plus haut, et une compilation). Chaos And Creation In The Backyard aussi est un album sobre dans sa durée : il ne dure que 47 minutes en comptabilisant I've Only Got Two Hands, instrumental caché situé en bout de piste sur le dernier titre (Anyway, chanson finale dantesque à la Let It Be, de toute beauté). C'est, aussi, un disque sobre dans ses effets : quasi exclusivement constitué de ballades (dont une dédiée à George Harrison, Friends To Go), l'album a été quasi intégralement enregistré par Macca seul, qui joue de tous les instruments (ce n'est pas la première fois, loin de là, pour lui), même si certains musiciens ont aidé sur quelques rares titres. L'album est, surtout, produit par quelqu'un avec qui Macca n'avait jusque là pas travaillé (et depuis, plus rien, ce disque et c'est tout), Nigel Godrich, le producteur de Radiohead. Un producteur tellement associé à Radiohead quon en parle souvent comme d'un membre à part entière du groupe de Thom Yorke et Johnny Greenwood ! C'est George Martin, l'ami de toujours, producteur des Beatles (et de quelques albums solo de Macca), qui conseillera à Macca de bosser avec Godrich. La collaboration donnera lieu à un disque que l'on considère très souvent comme le sommet absolu de la carrière solo de Paul McCartney.

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Il faut dire que Nigel Godrich a su trouver les mots pour booster à fond le vieux briscard liverpuldien, n'hésitant pas à lui dire clairement ce qu'il pensait de sa manière de chanter sur telle ou telle prise, du côté guimauve de tel ou tel morceau tout juste écrit. Godrich a donné un bon coup de fouet à Macca, qui, ici, sonne très naturel ; comme il a été dit dans Rock'n'Folk (par Philippe Manoeuvre), ici, Macca n'essaie plus de sonner jeune, dans sa voix, mais de sonner tel qu'il est, un mec de 63 ans. Sa voix est toujours aussi belle, mais elle a légèrement pris un coup de voile, rien de grave, mais il aura quasiment fallu attendre cet album (dont le succès sera monumental, et totalement justifié) pour qu'on s'en rende vraiment compte, et pour que Macca l'admette vraiment. Chaos And Creation In The Backyard, de plus, est sorti sous une pochette magistrale, photo prise en 1962, dans l'arrière-cour de la maison familiale McCartney, par le frangin de Paul, et montrant Paul composant, ou tout simplement jouant, entre deux draps étendus sur une corde à linge et séchant au vent : le chaos (le bordel dans l'arrière-cour !) et la création (Paul à la guitare) réunis. De plus, on a un parallèle entre l'ancien Macca (le jeune de la photo) et le Macca mûr, âgé, des chansons de l'album, c'est touchant. D'autant plus que les chansons ici sont globalement du style de celles que Macca composaient à l'époque, elles auraient pu être enregistrées par lui en 1962, 1965, 1968, etc, elles semblent intemporelles et immortelles. Et belles : Jenny Wren, How Kind Of You, Too Much Rain, Riding To Vanity Fair, A Certain Softness, Friends To Go, Anyway et les plus mouvementés Fine Line et Promise To You Girl font clairement toutes partie des meilleures chansons du bonhomme. Elles sont tellement belles qu'en parler, les décortiquer, ne servirait qu'à les violer, quasiment, les trahir. Au final, que dire sur l'album ? Un chef d'oeuvre, comptant non seulement parmi les plus belles oeuvres solo de Macca (ma préférence ira toujours à Band On The Run, de 1973, mais artistiquement, c'est Chaos And Creation In The Backyard le summum total), lui qui a pourtant signé de grands albums (et au moins un disque de la trempe de Band On The Run par décennie), mais les plus beaux albums des années 2000. Voire même depuis les années 80. Tous genres et nationalités confondu(e)s. Production imparable, chansons immortelles, interprétation de haute classe, pochette classieuse (de jolis croquis de Paul dans le livret)... Indispensable.

Fine Line

How Kind Of You

Jenny Wren

At The Mercy

Friends To Go

English Tea

Too Much Rain

A Certain Softness

Riding To Vanity Fair

Follow Me

Promise To My Girl

This Never Happened Before

Anyway

I've Only Got Two Hands (caché en fin de piste)