peter_gabriel_3

Je me suis posé la question : est-ce que je réaborde les albums de Peter Gabriel, du premier au dernier, en un beau cycle ? Mais comme j'ai abordé, ici, récemment (enfin, l'an dernier, mais c'est pas comme si ça avait été en 2012) ses albums les plus récents, des années 2000 (et même son album de 1992, Us, et le live qui a suivi), je me suis dit que ça ferait vraiment con de les réaborder aussi vite. Et les republier tel quel, sans rien toucher, ça ferait con, aussi. Donc on oublie le cycle complet. Réaborder les premiers albums, des années 70 et 80, alors ? Oui, mais je n'avais pas vraiment envie de reparler du premier opus, ni du deuxième, en fait. Pas envie de me forcer à reparler d'albums que j'aime bien, mais dont, pour le moment, je n'ai pas vraiment la motivation d'en reparler (on a vu ce que ça a donné, récemment, avec les trois dernières chroniques sur ZZ Top). C'est pour cette raison que voici le troisième album solo de Gabriel, lequel, comme les deux précédents dont je vais quand même un petit peu parler pour les résumer, ne porte pas de nom. Le premier opus était sorti en 1977, et on le surnomme Car, rapport à sa pochette (une voiture inondée de pluie, Gabriel dedans). Très bon album un peu arty, avec Solsbury Hill, Here Comes The Flood, Slowburn... Production de Bob Ezrin. Le deuxième album, lui, surnommé Scratch (Gabriel déchire la pochette avec ses ongles), sorti en 1978 et produit par Robert Fripp, est l'écrin de On The Air, D.I.Y., Exposure, Mother Of Violence. Un disque très réussi aussi, plus complexe, pas très commercial. Gabriel est exigeant. Le disque ne se vend pas immensément. 

PG2

Arrivé au stade du troisième opus, c'est un Gabriel crâne rasé qui entre en studio, il me semble (en tout cas, il s'était rasé le crâne peu avant, donc ça avait peut-être repoussé un peu, et à la rigueur, je crois qu'on s'en fout, de sa coupe de cheveux de l'époque), toujours entouré de ses musiciens habituels (bassiste Tony Levin, guitariste Robert Fripp, batteur Jerry Marotta... on a aussi Larry Fast aux claviers, David Rhodes aux guitares, John Giblin à la basse, Phil Collins à la batterie sur certains titres et notamment les deux premiers), sous la houlette d'un nouveau producteur, Steve Lilywhite. Encore une fois, aucun titre officiel, mals on surnomme l'album Melt (le visage de Gabriel qui fond sur la pochette). La pochette, avec ce noir & blanc cradingue et ce jaune, fait très industriel, très austère, on sent bien que l'album ne sera pas d'une folle gaieté (Montparnasse...pas compris celle-là ? Pas grave), on espère juste pour l'ex-Genesis qu'il en vendra mieux que le précédent. Bon, autant le dire, l'album marchera très très fort, et est considéré comme le breakthrough album de Gabriel, celui par lequel tout va vraiment démarrer. En plus, ça tombe bien, parce qu'il est vraiment génial, ce troisième album, il est rempli de classiques gabrieliens, il y en à tellement que c'est presque une compilation. On a Games Without Frontiers, sur lequel Kate Bush participe en répétant, en français, le titre de la chanson, chanson qui parle de la diplomatie internationale et des guerres, tout en faisant allusion à une fameuse émission de TV européenne, et à l'enfance et à leurs jeux. On a And Through The Wire, dont le riff de guitare est irrésistible. No Self Control, assez angoissante (et angoissée). 

PG3

On a surtout quatre morceaux absolument tétanisants, qui forcent l'admiration. I Don't Remember, d'une violence absolue (ce riff !! Il vous reste en mémoire longtemps après l'écoute de la chanson), trépidant et ultra efficace, surtout qu'il déboule sans prévenir après la minute instrumentale et très jazz cool de Start. On a l'ouverture de l'album, Intruder, avec ce son de batterie rempli d'écho (c'est Phil Collins qui en joue ; bluffé par le son de sa batterie sur ce morceau, il reprendra l'astuce de production pour son In The Air Tonight l'année suivante), chanson sur un cambrioleur évoluant calmement, discrètement, de nuit, dans une maison dans laquell il vient de s'introduire. Le chant est posé, Gabriel semble murmurer son texte pour ne pas réveiller les habitants. Glaçant. Prenant, aussi. On a Family Snapshot, ma préférée de l'album et sans doute de Gabriel au final, chanson un peu étrange car si on ne sait pas de quoi elle parle, difficile d'en comprendre le sens. La chanson se base sur les mémoires d'Arthur Bremer, qui a tenté d'assassiner l'homme politique George Wallace en 1972, fait divers qui a inspiré Taxi Driver. Wallace, blessé, était candidat à la Présidence, il a évidemment dû renoncer suite à l'attentat, Bremer a fini en taule, libéré en 2007, mais sous conditionnelle. La chanson est du point de vue de l'assassin (ni Bremer ni Wallace ne sont cités), qui voit sa cible dans son objectif, vise, tire, tout en se souvenant de moments difficiles de son enfance perturbée. La chanson est lente, hypnotique, mélancolique, déchirante, hormis un passage rythmé au centre (le tir du tueur). Et puis il y à le final de l'album, Biko, long de 7,30 minutes, s'ouvrant sur des chants zoulous, et relatant la mort, assassiné par la police en 1977, de Steve Biko, un des plus importants militants anti-Apartheid en Afrique du Sud avec Mandela (qui, emprisonné, a eu plus de chance). En 1987, Richard Attenborough a fait un film sur Biko, Cry Freedom. La chanson est considérée comme un chef d'oeuvre de world music et de chanson engagée, un monument hypnotique et sépulcral qui a été repris notamment par les Simple Minds, Robert Wyatt, Joan Baez, Manu Dibango, Sinéad O'Connor, LadySmith Black Mambazo, Paul Simon...

Rien que pour ces quatre chansons, il faut à tout prix écouter ce troisième opus. Mais comme les six autres morceaux sont remarquables aussi... Le sommet de Gabriel en solo, sans doute. 

FACE A

Intruder

No Self Control

Start

I Don't Remember

Family Snapshot

And Through The Wire

FACE B

Games Without Frontier

Not One Of Us

Lead A Normal Life

Biko