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Ici, on touche au sublime, au légendaire...à l'intouchable. Et ce n'est pas parce qu'il a été élu, en 2010, deuxième meilleur album pop de tous les temps par l'Osservatore Romano, journal officiel du...Vatican (et je vous jure que c'est vrai ; le grand gagnant fut Revolver des Beatles, et The Dark Side Of The Moon du Floyd est troisième). Non. Si cet album de David Crosby, son premier opus solo (sa carrière solo ne fut pas des plus fournies : il mettra 18 ans avant de refaire un disque, après celui-ci !), est aussi sublime et légendaire, c'est tout simplement parce que, tout du long de ses 37 minutes, on est pris d'un profond sentiment d'admiration totale, on est bluffé du début à la fin. If I Could Only Remember My Name, tel est le titre de ce disque sorti en début d'année (fin février) 1971, enregistré entre 1970 et 1971 (à San Francisco, studios de Wally Heider) avec une foultitude de musikos de grand talent et bon nombre d'amis du bonhomme Crosby. Citons-les, ils le méritent bien : Graham Nash (guitare, choeurs) son acolyte de Crosby, Stills & Nash (& Young !) ; Neil Young (guitare, choeurs) qu'on ne présente plus ; Jerry Garcia (guitare électrique) du Grateful Dead ; Phil Lesh (basse) du même groupe ; Bill Kreutzmann (batterie), Mickey Hart (batterie), tous deux aussi du Dead ; Jorma Kaukonen (guitare électrique), Jack Casady (basse), tous deux de Jefferson Airplane ; Michael Shrieve (batterie), de Santana ; Gregg Rolie (piano sur un titre), de Santana aussi ; Grace Slick (choeurs), qui fut chanteuse du Jefferson Airplane, groupe dont on retrouve encore un quatrième membre ici, Paul Kantner, aussi aux choeurs ; David Frieberg (choeurs), de Quicksilver Messenger Service ; Joni Mitchell (choeurs), qu'on ne présente plus. Un vrai who's who du rock acide, psychédélique et/ou folk californien de l'époque, tous des amis de Crosby. On notera juste l'absence remarquée, dès l'époque, du dernier larron de Crosby, Stills & Nash (& Young...) : Stephen Stills. Manque-t-il au projet ? Pas particulièrement, en fait. Non, en fait !

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Intérieur de pochette

A l'époque assez marqué par la mort de sa petite amie Christine Hinton, décédée dans un accident de la route. Les sessions (1970) de l'album Déjà-Vu de Crosby, Stills, Nash & Young furent parfois un peu difficiles pour un Crosby alternant entre états dépressifs et lentes remontées de moral. Enregistré dans la foulée, If I Could Only Remember My Name n'est pas à proprement parler un disque gai et ensoleillé, malgré le plutôt chaleureux Music Is Love (co-écrit avec Young et Nash) qui ouvre magnifiquement le bal. Mais l'ambiance générale est assez nostalgique, mélancolique, et quelque fois, franchement irréelle, voir les deux derniers titres, tous deux très courts (respectivement 1,55 et 1, 20 minute !). Le premier, Orléans, est une adaptation en canon vocal, d'un air traditionnel français, Le Carillon De Vendôme : Orléans, Beaugency, Notre Dame de Cléry, Vendôme, Vendôme... Magnifique. Le second, I'd Swear There Was Somebody There ("J'aurais juré qu'il y avait quelqu'un ici"), est constitué de vocalises sans paroles, et sans musique, de Crosby, des mélopées assez hantées, qui filent le frisson. Selon la légende, le jour de l'enregistrement de ce court final, Crosby aurait, dans le studio, entendu la voix de sa défunte amie Christine Hinton et, hanté par son souvenir, aurait couché sur bande ces vocalises en catharsis. Même sans cette anecdote explicative sur le pourquoi du comment de ce morceau, I'd Swear There Was Somebody There file le frisson. Le reste de l'album est plus classique, même s'il n'y à pas tout le temps des paroles (Song With No Words (Tree With No Leaves) est à ce titre sans équivoque, le morceau, superbe comme les autres, est constitué de vocalises sur fond musical). Incontestablement, Laughing, le long (8 minutes) Cowboy Song, Orléans et Tamalpais High (At About 3) en sont les sommets, mais ça me tue quand même de citer ces quatre morceaux et d'oublier les cinq autres, car aucun, aucun n'est moins réussi que les autres, en fait. Les quatre que je viens de citer sont juste les plus évidents et mes préférés, mais Traction In The Rain et Music Is Love, comment s'en passer ?

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Dos de pochette

Parfait de bout en bout, cet album parfois hanté, parfois au bord du gouffre et parfois plein de légèreté, comme Crosby à l'époque, est un chef d'oeuvre absolu. If I Could Only Remember My Name, produit par Crosby lui-même (et bien produit, le son est parfait pour l'époque, bien représentatif du Californian sound), fait partie des albums les plus rigoureusement essentiels des années 70 à maintenant. C'est, de plus, le genre d'album qui se révèle progressivement, d'écoute en écoute : la première fois que j'ai écouté ce disque, je l'ai trouvé excellent ; les fois suivantes, de plus en plus excellent, il m'est devenu de plus en plus indispensable, vital, crucial. Depuis de nombreuses années, c'est un album vers qui je me tourne assez souvent, toujours avec plaisir et excitation, passant toujours les 37 minutes de l'album dans un état de bonheur perpétuel, et ce, malgré le côté, parfois, lunaire, quasiment dépressif de certains morceaux (Laughing s'appelle certes ainsi, soit 'rire' en anglais, mais ce n'est pas un morceau hilarant, croyez-moi). En plus, on rajoute à cela une pochette magnifique, évocatrice, bien en raccord avec Crosby (amoureux de la mer, il a possédé ou possède encore un ou des bateaux, aime naviguer ; c'est sur un de ses bateaux que la photo de pochette de l'album CSN de Crosby, Stills & Nash, de 1977, fut prise), et un titre bien trouvé, et qui reflète bien aussi l'état de Crosby à l'époque. Non, vraiment, définitivement, on tient ici un album important, majeur.

FACE A

Music Is Love

Cowboy Movie

Tamalpais High (At About 3)

Laughing

FACE B

What Are Their Names

Traction In The Rain

Song With No Words (Tree With No Leaves)

Orléans

I'd Swear There Was Somebody Here