S1

Pincez-moi, les mecs : Hitler est à la télé, et il joue du piano !! Selon la légende, c'est ce qu'aurait dit John Lennon en voyant, en avril 1974, l'émission britannique Top Of The Pops, au cours de laquelle passeront les Sparks, pour y interpréter (en play-back, ce qui, vu le bordel sonore de la chanson, était indéniablement la meilleure chose à faire pour laisser une bonne impression) leur hit This Town Ain't Big Enough For Both Of Us. Aaah, les Sparks... Ce groupe américain, constitué de deux frangins (Russell Mael au chant, Ron Mael, son aîné, aux claviers et à la composition), a démarré sa carrière au tout début des années 70 sous un autre nom, Halfnelson (leur premier album sortira sous ce nom). On leur conseillera de changer, Halfnelson n'étant pas un nom terrible (l'album, de plus, ne se vendra pas). On leur propose Sparks Brothers, en hommage aux Marx Brothers. Problo : les Mael n'aiment pas ce nom. Enfin, pas tout le nom. Ils décideront de virer le Brothers, gardent Sparks, estimant sans doute qu'avec un nom pareil, ils ne pourront que faire des étincelles ('sparks' en anglais). Le deuxième album sort, se vend aussi bien qu'un album de Loana. Les Sparks sentent bien que si ça continue comme ça, faudra que ça cesse. Ils décident de tout tenter, et se barrent en Angleterre. Là, sous la houlette du producteur Muff Winwood (frangin de Steve, et comme lui ancien du Spencer Davis Group), ils vont accoucher de leur troisième opus, un disque qui, par la grâce d'une chanson monumentale et d'une bonne conjonction right place, right time, va cartonner : Kimono My House

S2

Le titre de l'album est un jeu de mots sparksien sur Come On In My House, une vieille chanson que, pour faire raccord, ils ne reprennent pas. La pochette représente, sur fond vert pomme criard, deux geishas en kimono traditionnel. Au dos, sur le même fond vert, des photos des membres du groupe, les frangins Mael en gros, le reste (batteur Dinky Diamond, bassiste Martin Gordon, guitariste Adrian Fisher) en petits médaillons. En quelques 34 minutes bien tassées, Kimono My House, souvent qualifié de premier album du groupe (faudrait pas oublier les deux premiers, malgré qu'ils ne se soient pas bien vendus), est le premier volet d'une trilogie d'albums faits en Angleterre et qui vont envoyer le groupe tout en haut dans les cieux. La musique des Sparks est difficile à décrire : sorte de glam-pop décomplexée interprétée par l'équivalent masculin, déguingandé, de la Castafiore, accompagné de son directeur de banque de claviériste de frangin, au look improbable (petite moustache à la Charlot, chemise impeccable aux manches non retroussées, cravate, chevelure coiffée en arrière et laquée, expression sévère de pion de collège sur le visage, attitude de mannequin de vitrine qui ne bouge que rarement mais fait des fois des réactions aussi amusantes et bizarres qu'impromptues ; on imagine la tronche des (télé)spectateurs de Top Of The Pops quand les Spark y sont passés). 

S3

Les chansons se suivent sans se ressembler, toutes avec des paroles totalement dingues (penchez-vous sur celles de This Town Ain't Big Enough For Both Of Us), des titres assez chelous aussi, des ambiances alternant glam-rock, pop et cabaret (Falling In Love With Myself Again est à ce titre irrésistible). Equator, qui achève le disque, est d'une totale dinguerie vocale, le final où Russell répête, de sa voix de fausset, Equator, Equator, donne parfois envie de lui coller un coup de pied au cul tel qu'il l'enverrait en Equateur, justement, mais ça participe au charme déglingué de ce groupe vraiment à part (rien que visuellement, ce paradoxe entre un chanteur au look d'aguicheur à minettes et de ce claviériste au look de banquier coincé du derche et à la tronche de Hitler de poche est impayable). Talent Is An Asset, Amateur Hour, Hasta Mañana Monsieur (prononciation française nulle pour Monsieur, que l'on entend mossiouu), In My Family, autant de chansons géniales, qu'il faut écouter plusieurs fois car il est vrai que la première écoute (et, attendez, la seconde aussi ! Et parfois même aussi la troisième...) de l'album est difficile. Mais je vous rassure, à la cent-vingt-troisième, c'est dans la poche. Et à la huit-cent-cinquante-quatrième, c'est magnifique. J'exagère un peu (juste un peu), mais c'est vrai que Kimono My House mérite plusieurs écoutes, le côté tellement chabraque et exagéré de la musique et du chant (à côté, le Queen de la même époque, c'est de la folk unplugged) pouvant sembler très très dur aux oreilles non préparées. Mais si vous aimez le glam et les dingueries, ruez-vous dessus, ainsi que sur les trois albums suivants. J'aborderai les deux suivants, d'ailleurs, pour la peine, et dans peu de temps.

FACE A

This Town Ain't Big Enough For Both Of Us

Amateur Hour

Falling In Love With Myself Again

Here In Heaven

Thank God It's Not Christmas

FACE B

Hasta Mañana Monsieur

Talent Is An Asset

Complaints

In My Family

Equator