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On ne va pas se mentir, et d'ailleurs, il y à peu de temps, on en a un peu reparlé : les années 80 ont été difficiles pour Bob Dylan, qui les a démarrées avec une trilogie d'albums (même si le premier volet de la trilogie date de 1979 en fait) consacrés à sa fraîche reconversion religieuse, il avait redécouvert la foi en Jéééééhééésus et, devenu chrétien born again, a tenu à le faire savoir, sur la longueur, le temps de trois albums allant progressivement de plus en plus loin dans la gêne pour ses fans. Si Slow Train Coming est excellent, Saved (1980) était assez inégal (mais ça allait encore quand même), et Shot Of Love (1981), purement merdique, une chanson exceptée. Dylan redevient juif peu après, sort Infidels en 1983 (qui cite encore les Ecritures de temps en temps : Jokerman, Man Of Peace), album moyennement produit, mais franchement remarquable, sous-estimé. Une des rares bonnes choses que le Barde a fait durant une décennie qui, sinon, va s'avérer cataclysmique.

Pardonne, mais n'oublie jamais, toi qui, comme moi, est fan de Dylan : entre 1985 et 1988, le Barde a commis l'irréparable avec des albums tels qu'Empire Burlesque, Knocked Out Loaded (malgré l'époustouflant Brownsville Girl) et Down In The Groove (malgré Death Is Not The End, que Nick Cave transcendera en 1996), sans oublier un live que j'apprécie de temps en temps mais qui, je le sais, est tout sauf bon, Dylan & The Dead, fait avec le Grateful Dead. Et en 1990, rebelote avec un Under The Red Sky nullissime (Wiggle Wiggle, oh bordel de nouille chiasseuse...), suivi de deux albums de reprises de vieilles chansons, albums assez corrects mais parfois un peu ennuyeux, puis un live MTV Unplugged raté, il faudra attendre 1997 et Time Out Of Mind pour que le Zimmy revienne en forme (et quelle forme ! Droit comme un I !). 

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Et en 1989 ? On peut remercier le Très-Haut, lui dire oh, merci, parce qu'en cette année, Dylan va sortir un disque miraculeux : Oh Mercy. Produit par Daniel Lanois, qui joue sur tout le disque à l'exception de Disease Of Conceit, l'album, en 38 minutes, offre plus de grandeur que n'importe lequel album du Barde, depuis 10 ans (Infidels mis à part, mais Oh Mercy est quand même meilleur encore), ait offert. 26ème de ses albums studio, ce disque sera vraiment considéré comme un retour miraculeux, sous une pochette représentant un mural pris en photo après autorisation de l'artiste l'ayant dessiné, Dylan est tombé dessus en allant se balader à Hells' Kitchen, un quartier populaire de Manhattan. L'album offre quelques unes des plus importantes chansons de Dylan depuis les années 80 : Man In The Long Black Coat, qui file des frissons, et qui a été enregistrée en une seule prise vocale ; Ring Them Bells (deux chansons qui ne négligent pas les allusions, références à la Bible, au passage), Most Of The Time, Shooting Star, Political World...

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Oh Mercy est un disque que je ne ressors pas souvent, pour ne pas en briser le charme fragile. C'est assez ahurissant de se dire qu'entre deux de ses plus épouvantables merdes (Down In The Groove et Under The Red Sky, deux disques sur lesquels Dylan est fortement entouré de pointures, ce qui n'empêche pas le ratage absolu), le Barde ait réussi un tel exploit. A mon avis, la présence de Daniel Lanois (qui ne participe à aucun des deux albums qui sandwichent Oh Mercy, de plus) n'y est évidemment pas pour rien, et il est intéressant de signaler que bien que réussie, la chanson la moins grandiose de Oh Mercy, Disease Of Conceit, est comme par hasard celle sur laquelle Lanois ne joue pas (mais il l'a produite quand même). Mais je chipote en disant ça, parce que cet album, du début à la fin, est vraiment une totale réussite, un des albums majeurs de Bob Dylan, et avec Infidels, le seul à retenir d'une décennie vraiment douloureuse. Mais il n'a pas été le seul à morfler dans les années 80, on le sait. 

FACE A

Political World

Where Teardrops Fall

Everything Is Broken

Ring Them Bells

Man In The Long Black Coat

FACE B

Most Of The Time

What Good Am I ?

Disease Of Conceit

What Was It You Wanted

Shooting Star