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Sixième album de Radiohead, Hail To The Thief est sorti en 2003. Rempli de 14 chansons assez courtes (la plus long ne dure pas 5 minutes) pour un total de 56 minutes, c'est un disque dont le succès sera assez important, et qui sera considéré comme le vrai réveil de Radiohead après un Amnesiac (2001) assez froid et qui sera plus ou moins bien accueilli par les fans. Je dois dire, mais je me répète à longueur d'articles sur le groupe, que je ne suis pas fan du groupe de Thom Yorke. Je n'aime vraiment que The Bends, O.K. Computer et Kid A. Malgré cela, si je devais établir un Top 5 des albums du groupe, Hail To The Thief se situerait en quatrième position (et leur album suivant, In Rainbows, en cinquième). Bref, je ne suis pas fan, mais pour ce disque, ça peut apper, et il y à quelques morceaux que, vraiment, j'aime.

RadioheadS

Parmi les morceaux que j'aime vraiment, There There, A Wolf At The Door, Backdrifts, 2+2=5. Mais l'album, définitivement encore plus rock que le (que les) précédent(s), est un disque aussi bien plus accessible. Le titre de l'album est en allusion probable à l'expression que les démocrates, aux USA, détourneront pour se moquer de l'élection de George W. Bush : "Hail to the thief" ("vive le voleur") au lieu de "Hail to the chief" ("vive le chef"). Malgré cela, le groupe, anglais et non pas ricain, a toujours démenti cette hypothèse. En revanche, la première chanson de l'album (2+2=5)est une allusion au 1984 de Orwell, c'est évident, et l'album sonne assez orwellien, à savoir désenchanté.

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De grandes chansons, comme Where I End And You Begin, Backdrifts, There There ou We Suck Young Blood, pour un album plus long que de coutume (le plus long du groupe, devant O.K. Computer), assez réussi et rock, plus accessible que de coutume aussi (dans la lignée de The Bends), bref, un disque qui devrait plaire aux anti-Radiohead ! 

 

Seconde critique (Alice In Oliver) :

 

Comment expliquer la longévité de Radiohead ? Contrairement à Blur et à Oasis, le groupe de Thom Yorke éludera l’écueil de la redondance musicale. Pas question pour Radiohead de s’assoupir sur ses aptitudes intrinsèques ! Pourtant, pour Radiohead, le chemin paraissait escarpé, surtout pour nos cinq trublions (Thom Yorke, Jonny et Colin Greenwood, Ed O’Brien et Phil Selway), qui ont fait vœu d’obédience à la pop britannique. Pour souvenance, ce registre musical s’imbrique sur plusieurs sonorités disparates, des Beatles à David Bowie, en passant par les chants féériques de la « Reine » (donc, Queen, au cas où vous n’auriez pas compris…). En outre, Blur et Oasis paieront cher pour ces susdites allégeances. Même Supergrass s’étiolera à force de verser dans les mêmes couplets analogiques.
Après plusieurs envolées lyriques et fantasmagoriques, les quatre british d’Oxford perdront subrepticement de leur verve et de leur superbe. 
Heureusement, ce ne sera pas le cas de Radiohead.

Depuis ses tous premiers ânonnements et balbutiements, le groupe a toujours tancé et vitupéré ce tube stratosphérique, Creep (album Pablo Honey, 1993), qui les a propulsés sur les ondes radiophoniques. Pour Thom Yorke et les siens, il paraissait opportun d’expérimenter, de besogner et même de randomiser d’autres contrées et anfractuosités musicales. Tel sera, par ailleurs, le principal leitmotiv de Ok Computer (1997). Contre toute attente, cet essai clinique, presque chirurgical, se solde par un succès pharaonique dans les charts. Radiohead n’est plus seulement un groupe populaire. Aux yeux de certains thuriféraires, on tiendrait même le meilleur groupe du monde, juste après les Beatles et les Rolling Stones. Mais, Thom Yorke et ses sectateurs n’ont cure de tous ces concerts de louanges et de congratulations. Les expérimentations doivent se poursuivre sous de nouvelles exhalaisons rythmiques.
Ainsi, leurs deux albums suivants, Kid A (2000) et Amnesiac (2001) épousent d’autres rugosités musicales, entre jazz, électro et autres cris d’amertume. La musique de Radiohead s’imbrique sur de nouveaux artéfacts, quitte à perdre la majorité de leur audimat.

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Toutefois, Thom Yorke et ses ouailles peuvent couler des jours pérennes. Chaque nouveau disque se nimbe d’un ixième scandale ou d’une polémique adventice. Evidemment, la sortie de Hail To The Thief en 2003 ne déroge pas à ce didactisme. Comme le stipule notre ami Clashdoherty (« Clash » pour les intimes), l’intitulé du disque fait référence à la victoire de George W. Bush lors de l’élection présidentielle américaine de 2000. Par ailleurs, littéralement, Hail To The Thief signifie : « Salut au voleur ! ». Pourtant, en interview, Thom Yorke nie toute aspérité idéologique ou politique. Au fil de leurs pérégrinations, Radiohead a longtemps disserté, ergoté et louvoyé (ce sont les albums Amnesiac et Kid A) pour enfin scruter la surface cagneuse de notre monde. En soi, l’élection de George W. Bush doit amener notre société à s’interroger sur les notions de pouvoir, de liberté et d’émancipation.
C’est dans cette dialectique que sont conçues, pensées et ratiocinées les 14 chansons de Hail To The Thief. On discerne mieux l’allusion à 1984, le célèbre opuscule de George Orwell. C’est sans doute pour cette raison que Hail To The Thief s’enchevêtre sur des questions existentielles, à l’instar de 2+2 = 5, chanson dans laquelle Thom Yorke sonde les prismes individuels et identitaires.

Pour Radiohead, il n’est plus question de s’atermoyer ni de chinoiser à travers d’interminables circonlocutions musicales, mais plutôt de revenir à cette genèse primordiale (celle de The Bends), ainsi qu’à ces complaintes mélodiques (celles de Ok Computer et notamment de Kid A dans une moindre mesure) ; pour proposer une sorte de best-of idoine du groupe. Car oui, avec The Bends, Ok Computer et In Rainbows, Hail To The Thief reste sans doute le disque le moins ésotérique (comprenez le « plus accessible ») de Radiohead, ni plus ni moins. Contrairement à Kid A et Amnesiac, Hail To The Thief ne nécessitera que quelques écoutes pour susciter vos satisfécits et vos appétences.
La principale qualité de ce sixième effort repose sur son éclectisme, entre irascibilité assumée (Sit down, stand up), piano contristé (Go To Sleep) et autres fulgurations circonstanciées (le superbe Myxomatosis, curieusement peu cité par les fans… Et pourtant…). A mon sens, on tient sans doute le disque le plus probant de Radiohead… Juste après In Rainbows (perso, mon préféré) et Ok Computer.

 

2+2=5

Sit Down, Stand Up

Sail To The Moon

Backdrifts

Go To Sleep

Where I End And You Begin

We Suck Young Blood

The Gloaming

There There

I Will

A Punchup At A Wedding

Myxomatosis

Scatterbrain

A Wolf At The Door