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Le 8 mars 2010 sortait le nouveau Gorillaz... Chaque album du groupe est une petite révolution et ce Plastic Beach ne déroge pas à la règle. D'une part, le groupe change complètement son univers visuel et d'autre part, il révolutionne sa musique. Les refontes ou plutôt la refonte est nette, le groupe est bien plus hip-hop que sur le géantissime Demon Days. Le nouveau Gorillaz divise, d'un côté la musique est bien plus hermétique et bien plus squelettique que chez son grand frère et les ambiances sont encore plus sombres et étouffantes (le merveilleux Rhinestone Eyes en est le plus bel exemple). Mais ce n'est pas tout, les sons sont aussi bien plus ronds et fumants. Ceux qui ont déjà fumé une chicha comprendront, la fumée est opaque et épaisse une fois soufflée. On retrouve un peu de ça aussi et jusqu'à alors on ne retrouvait cette ambiance fumante que chez Cypress Hill. En tant qu'admirateur et de Gorillaz et de Cypress Hill, je ne pouvais qu'être aux anges devant ce changement d'orientation.

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Plastic Beach propose un florilège de guests ( Bruce Willis pour le clip du fumant et sombre Stylo, Lou Reed pour la décalé et amusante Some Kind Of Nature, Little Dragon pour la lunaire et faussement apaisante Empire Ants ou encore Mick Jones et Paul Simonon pour le fabuleux et torturé titre éponyme). Pas de la gnognotte tout ça, c'est la marque de fabrique de Gorillaz. Presque tous les titres possèdent son guest, ce qui n'est pas pour me déplaire.

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Le nouveau Gorillaz est hermétique, ça c'est clair. Son côté dépouillé le rend encore plus difficile, sans côté sur le côté sombre de la plupart des morceaux... Mais Plastic Beach regorge de grands moments qui ne se révèlent qu'au bout de plusieurs écoutes attentives comme l'hypnotisme d'un titre comme Sweepstakes ou encore la beauté d'un To Binge. Pourtant, c'est évident mais l'auditeur peut se sentir broyé par l'ennui au point d'oublier les choses simples comme la belle voix d'une femme. Puis, l'auditeur finit par apprécier le côté ultra-kitsch des mélodies orientalisantes d'un White Flag ou le début un brin kitsch lui aussi d'un On Melancholy Hill. Plastic Beach est sombre et glauque, il requiert plusieurs écoutes attentives avant d'être bien digéré... Il finira par apparaître comme une évidence, une nouvelle réussite pour Gorillaz qui a à son actif un triplé gagnant.

Chronique complémentaire de ClashDoherty

Ayant récemment (re)découvert Gorillaz après des années pendant lesquelles je ne voulais pas en entendre parler, j'ai abordé, le mois dernier, en seconde chronique, leur deuxième album, Demon Days, de 2005. C'est, comme je le disais dans ma chronique qui suivait celle de Kingstalker (tout comme pour cet article, où la chronique de cet ancien membre du blog est placée en premier, plus haut), grâce à la station RTL2 que j'ai redécouvert le groupe fictif imaginé par Damon Albarn (Blur) et Jamie Hewlett (concepteur graphique et dessinateur de BD). En mai dernier, ne me demandez pas quel jour, la station a passé Feel Good Inc., tube de l'album Demon Days, et, n'ayant pas entendu ce morceau pour une période de presque 10 ans, je me suis surpris à adorer ce que j'écoutais, au point d'avoir envie de me faire plus de Gorillaz. Comme je ne possédais alors strictement rien d'eux, c'était difficile, à moins d'aller sur Dix Heures (ah ah ah) ou Spotify, mais je n'aime pas les sites de streaming, j'aime avoir ma musique bien à moi, et pas être obligé d'aller sur un site pour l'écouter, et de devoir rester sur le site pour ça. Bref. Sur Internet, sur un fameux site de vente en ligne dont le nom est aussi celui d'une guerrière antique (ça va, vous avez deviné, où il faut que je balance le nom ?), le CD était, et est toujours à l'heure où je mets sous presse, vendu à moins de 10 €, même à moins de 7 €, même à 6,99 €. Bref, je l'ai acheté. Reçu le lendemain par la magie des services postaux. Ecouté. Et j'ai vraiment aimé ce que j'écoutais, et de plus en plus apprécié au fil des écoutes. 

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J'ai logiquement eu envie de poursuivre, et c'est avec ce Plastic Beach de 2010, leur troisième opus, que j'ai orienté mon choix. La (très bonne) chronique que Kingstalker en avait fait, au moment de la sortie de l'opus, et qu'il avait classé dans le rap (j'ai personnellement pris sur moi de modifier ça et de ranger le disque dans le rock expérimental) ne m'avait, à l'époque, pas donné envie d'écouter le disque ; moi et le rap, hein, ça fait 14217. Et puis à l'époque, le rock bordélique à la Gorillaz, mélange de genres sur à peu près tous les morceaux (rock, pop, électro, punk, rap/hip-hop, world, reggae, dub...), ne me plaisait pas, je préférais des trucs plus charpentés (du rock brut à la Stones/Led Zep/Who, que j'adore toujours), de la pop classique (Beatles) ou du bon gros hard/heavy metal (Iron Maiden, AC/DC, Black Sabbath, ce genre). Gorillaz, à l'époque, je n'étais pas leur cible. Et le côté groupe virtuel derrière lequel se cachent des musiciens (et il faut voir les guests de ce Plastic Beach, j'y reviens plus bas, et Kingstalker les avait déjà cités d'ailleurs, c'est du lourd) m'avait semblé très hype, à l'époque. J'apprécie nettement mieux ce genre de fantaisies tant musicales qu'artistiques, désormais. Demon Days, avec sa pochette reprenant celle de Let It Be, m'a énormément plu. Plastic Beach m'a terrassé.

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Que dire ? Cet album est un chef d'oeuvre barré. S'ouvrant sur une Orchestral Intro très...orchestrale (tiens donc !), il se poursuit sur un Welcome To The World Of The Plastic Beach à moitié composé et interprété par le rappeur Snoop Dogg, se poursuit ensuite avec un White Flag associant rock, musique balinaise et rap, et la suite, qui fait intervenir, selon les morceaux, Mark E. Smith (récemment décédé, leader de The Fall), Bobby Womack (l'immense, le grandiose Stylo, au clip très violent, mais aussi très fun, avec Bruce Willis), Lou Reed (Some Kind Of Nature, rigolo), Mick Jones et Paul Simonon des Clash (Plastic Beach), Little Dragon, Mos Def ou De La Soul, est un régal hétéroclite de tous les instants. Claviers vaporeux (On Melancholy Hill), ambiance totalement techno/trance, rock barré, pop suave, reggae, rap, Plastic Beach touche à tout pire qu'un chiard face à un tableau de bord de BMW, et l'éclate est totale tout du long de la bonne cinquantaine de minutes (56 minutes pour 16 titres, precisely) de l'ensemble. Décidément, ce side-project de Damon Albarn est probablement une des meilleures choses arrivées à la musique dans les années 2000, avec Arcade Fire dans un autre registre (et Albarn est clairement un des meilleurs musiciens britanniques de sa génération). Plastic Beach est probablement le sommet de la carrière de Gorillaz, qui s'est apparemment un peu vautré dans la suite de sa carrière (The Fall, sorti plus tard dans la même année 2010). Un album complexe, riche, extrêmement varié, et que je trouve quasiment parfait, de bout en bout, un disque que je prends énormément de plaisir à écouter (plus que Demon Days) et que je conseille. Comme on dit, il n'y à que les cons qui ne changent pas d'avis ! Pour finir, on notera le génial artwork, avec notamment ce dessin d'un des membres du groupe (2D ?) assis dans une barque, entouré de divers objets tels qu'un mélodica, le roman de Hemingway Le Vieil Homme Et La Mer,  une bouteille de rhum, un tuba et masque de plongée et un cadre contenant la pochette du Hunky Dory de David Bowie ! Une référence d'Albarn, assurément, mais qui ne transpire cependant pas sur cet album. C'est sans doute pour dire que c'est un album de l'île déserte ?

Orchestral Intro
Welcome To The World Of The Plastic Beach
White Flag
Rhinestone Eyes
Stylo
Superfast Jellyfish
Empire Ants
Glitter Freeze
Some Kind Of Nature
On Melancholy Hill
Broken
Sweepstake
Plastic Beach
To Binge
Cloud Of Unknowing
Pirate Jet